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Jossinet : « Place aux jeunes ! »

Frédérique Jossinet

Frédérique Jossinet - -

Après avoir amassé médailles européennes, mondiales et olympique, Frédérique Jossinet a décidé de prendre sa retraite. A 37 ans, l'Orléanaise tire un trait sur 20 ans au plus haut niveau. Pratiquement sans regret, même celui de ne pas avoir décroché un grand titre planétaire en individuel.

Frédérique, pourquoi avoir pris cette décision ?

Je voulais aller aux Jeux Olympiques mais après ma non-sélection, je ne courais plus derrière rien. Ce titre était le seul qui me manquait. J'ai attendu avant d'officialiser ma décision car je pense qu'il ne fallait pas se précipiter. Pas mal de choses ont fait que ce n'était pas le bon moment. Janvier 2013, ce n'est pas mal comme date. A aucun moment, depuis l'annonce de ma non-sélection, cela ne m'a traversé l'esprit de continuer. Les JO, que j'ai commentés, m'ont permis de me rendre compte que j'étais allée au bout. Maintenant, place aux jeunes.

Quelles images retiendrez-vous de cette carrière ?

La première image que je garde, c'est l'équipe des cadors qui a disputé les JO de Barcelone en 92 avec Cécile Nowak, Cathy Fleury, Lætitia Meignan. Je me revois arriver, petit bout de chou de 42 kilos. Je n'osais pas rentrer dans les vestiaires car j'avais la trouille. J'ai plein d'images de tous les entraîneurs qui sont passés, des allers-retours le mercredi soir dans mon club d'Orléans. Je retiens que le judo est une école de la vie avec des joies, des tristesses, des colères, comme dans la vraie vie. Le sport de haut-niveau m'a préparé à cette entrée. Je me souviendrais des rencontres, ce sont elles qui font de vous un champion comme moi avec Cécile Nowak (championne olympique 1992).

Avez-vous des regrets sur la façon dont vous avez mené votre carrière ?

L'intensité, la rigueur, l'exemplarité, la justesse, j'ai souvent beaucoup donné, on m'a cité en exemple. Je n'ai aucun regret par rapport à ça et toutes les médailles que j'ai remportées. Ce n'était pas grâce à la chance. Le seul regret, c'est peut-être de ne pas avoir montré mon vrai visage. Je suis arrivée jeune dans le sport de haut-niveau et on m'a collé l'étiquette de la bosseuse, de la fille sûre d'elle et je crois que j'aurais dû passer au-delà de cette étiquette. Maintenant, je me rends compte que les gens du judo avec qui j'ai passé les ¾ de ma vie me connaissent moins bien que les personnes avec lesquelles je gravite maintenant.

Qu'est-ce qui vous a manqué dans l'obtention d'un titre planétaire ?

Ce qui a cloché, c'est qu'il y avait une fille qui s'appelait Tamura (2 fois championne olympique et 7 fois championne du monde) et qui est née la même année que moi. Le titre mondial m'a échappé en 2003 face à elle parce que le championnat s'est déroulé à Osaka. Partout ailleurs sur la planète, des athlètes étrangers me l'ont dit, j'aurais gagné. Je retiens qu'à chaque finale, chaque compétition, c'était une aventure humaine, un dépassement de soi. Dans le sport, on se souvient encore de Raymond Poulidor et il est aimé. Ca ne me gêne pas d'être comparée à lui.

Propos recueillis par Morgan Maury