RMC Sport

Judo : Fanny-Estelle Posvite, une non-sélection qui ne passe pas

Fanny-Estelle Posvite a été reçue par le CNOSF jeudi pour tenter une conciliation avec la Fédération française de judo. Médaillée mondiale 2015 en -70 kg puis médaillée européenne (3e) et 4e mondiale dans sa nouvelle catégorie des -78 kg , la judokate de l’Alliance Judo Limoges n’a pas été appelée pour les prochains Mondiaux du 6 au 13 juin à Budapest. Elle est la seule réserviste des JO privée de ce rendez-vous. Très touchée par cette décision, difficile à comprendre, de l’encadrement, la jeune femme de 28 ans, perdue mais soutenue par ses partenaires d’entraînement, raconte le quotidien de celles qui n’ont pas accès aux compétitions les plus prestigieuses. Coup d’arrêt sportif, mental et peut-être financier.

Fanny-Estelle Posvite, comment s’est passée la conciliation au CNOSF face à la Fédération française de judo?

Après la première vague de sélectionnées (8 sélectionnées sur 9 possibles) j’attendais de savoir pourquoi je n’étais pas choisie. J’espérais obtenir gain de cause avec la conciliation et pouvoir être ajoutée sur la sélection pour les championnats du monde. La Fédération n’a pas attendu la conciliation de ce jeudi et a complété la sélection lundi dernier. Hier, je n’attendais plus d’être rajoutée mais je voulais savoir pourquoi je n’étais pas sélectionnée. La rencontre ne m’a pas du tout aidée. On m’a sorti que c’était une stratégie sportive. Je ne comprends toujours pas pourquoi certaines font ces Mondiaux et pas moi. On m’a donné des explications qui ne m’apaisent pas.

Comment allez-vous?

Quand j’apprends que je ne suis pas sélectionnée lors de la première vague, je vais voir le sélectionneur. Je ne comprends pas mais j’ai espoir car il reste une place. Je me dis que si je fais une perf aux championnats d’Europe (3e), je peux espérer quelque chose. Je fais la médaille. Le moral tenait grâce à cet espoir d’être ajoutée. J’arrive à me relever, je fais le stage. Lundi, trois jours avant la conciliation, on complète la sélection (avec Shirine Boukli) et c’est là que je me dis que c’est complètement foutu. Moralement c’est très compliqué. Je suis dans l’incompréhension, je n’arrive pas à dormir. Dans ma tête, c’est compliqué de se dire que je ne ferai pas le championnat du monde avec tout ce que j’ai fait cette année (2e à Tel-Aviv et Budapest). On m’a souvent reproché mon irrégularité lorsque j’étais en moins de 70 kilos mais ici je ne vois pas ce qu’on peut me reprocher. OK, c’est leur stratégie mais un tas d’autres aurait pu être mises en place. Il y a des stratégies qui n’auraient lésé personne. Quand tu t’entraînes tous les jours avec ces résultats-là, tu ne t’attends pas à ce qu’on te trouve quelque chose pour ne pas te sélectionner. Même cette conciliation ne m’aide pas à comprendre.

Quels étaient vos arguments face à la Fédération française, représentée par Larbi Benboudaoud, le sélectionneur?

Mes arguments étaient purement sportifs. J’ai fait 12 médailles sur 14 compétitions. Je viens de passer numéro 4 mondiale, en seulement deux ans depuis mon changement de catégorie. Je m’entraîne bien, je pense que personne ne pourra pas dire que je n’ai pas un bon comportement. Je suis la seule remplaçante aux JO qui ne fait pas les championnats du monde. Je ne comprends pas pourquoi ils ne veulent pas envoyer 2 filles performantes en -78kg avec Madeleine Malonga (championne du monde) et moi. Ensemble, on peut ramener deux médailles d’un championnat du monde. Ce n’est pas négligeable. On m’a répondu que je méritais la sélection mais que je ne faisais pas partie de la stratégie mise en place.

Avez-vous l’impression de ne pas être "dans les petits papiers"?

Je prends cette décision contre moi. Je n’arrive pas à voir comment cette décision ne peut pas être dirigée contre moi et je n’arrive pas à me l’enlever de la tête. On me dit que c’est une logique de stratégie. Ca doit être la vérité. Je n’arrive pas à comprendre cette logique. Je ne sais pas si je ne suis pas dans les petits papiers mais j’ai l’impression que c’est contre moi. Tellement peu de gens comprennent cette logique que c’est dur à avaler. On me répond que je n’ai pas à comprendre cette logique, que c’est pour l’équipe de France.

Etes-vous soutenue par vos partenaires d’entraînement?

Ce qui me fait énormément de bien c’est que les filles de l’équipe me soutiennent beaucoup, je reçois aussi des messages sur les réseaux, d’autres personnes envoient des messages aux files de l’équipe. C’est ce qui m’a permis de me dire que je n’étais pas dans le faux, que je le méritais, que j’avais fait le travail pour. Ça m’aide beaucoup.

Sans Mondiaux, sans JO, il faudra patienter longtemps avant de retrouver une compétition, c’est le plus compliqué...

C’est vraiment dur de se dire qu’il n’y a rien, ça fait pas mal de mois sans compétition. La compétition, c’est ce qui m’anime. Je préfère la compétition à l’entrainement. Je vais essayer de suivre. Pour l’instant, je n’ai pas le moral. Je vais essayer de suivre les copains et copines à la télé pour les soutenir. J’ai du mal à me dire que je vais avoir l’énergie pour aller m’entraîner tous les jours pour rien d’immédiat.

Est-ce impossible de revenir vous entraîner dès aujourd’hui?


C’est sûr. J’ai l’impression que je vais aller dans un environnement un peu malsain. Je ne suis pas une fille qui a les épaules pour supporter ça. Je vais chercher une solution pour l’entraîner autrement. Je pense que c’est la solution que je vais envisager. Il faut que j’en discute avec Lucie Décosse, ma référente, et mon club. Je ne m’y vois pas y retourner tout de suite.

Quel est impact financier pour une non sélection?

Je suis dans des démarches de recherche de partenaires. Depuis décembre, je suis sans partenaire. J’étais soutenue par le PMU jusqu’à décembre. J’ai une piste que j’ai trouvée grâce à mon club. Peut-être que la sélection aux Mondiaux aurait activé les choses. Peut-être que les partenaires se disent que comme je n’ai pas les Mondiaux en juin, on peut patienter.

Morgan Maury