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Le miroir fêlé du judo français

Alain Schmitt (bleu)  lors du dernier tournoi de Chine

Alain Schmitt (bleu) lors du dernier tournoi de Chine - -

Derrière la vitrine dorée des chefs d’œuvre que sont Teddy Riner, Lucie Décosse, Gévrise Emane et Audrey Tcheuméo, le judo français montre un visage moins serein. Des luttes internes, des clubs qui montent au créneau et surtout, des résultats moins brillants constituent ce tableau inquiétant à moins de 200 jours des J.O.

Quinze engagés si l’on excepte Lucie Décosse, quatre petits combats gagnés. Le week-end dernier, lors du Masters, l’équipe de France de judo a prouvé que sans ses grands leaders (Riner, Emane, Tcheuméo), elle n’était que peu de choses dans les bras russes ou japonais. « C’est un peu vrai qu’on voit une équipe à deux vitesses », reconnait René Rambier, le directeur technique du haut-niveau alors que la lutte pour les quotas olympiques bat son plein. Certaines catégories (-90kg, -100kg chez les hommes) inquiètent dans la quête du sésame londonien. « Il y a des athlètes qui ne sont pas aussi forts que les meilleurs, avance, confiante, Décosse, triple championne du monde. Il faut travailler, il y a encore six mois avant les Jeux. Tout est possible ».

Jean-Luc Rougé, président de la Fédération française de judo, avance timidement deux titres et une troisième médaille à Londres. Le modèle français, tant vanté par le passé, est grippé. Pour Rambier, la France ne fait pas fausse route dans un monde impitoyable. « On est là pour guider les athlètes. Ceux qui ne comprennent pas, ils paient cash. Mais qu’ils ne soient pas aigris quand ils perdent en disant que c’est la faute de la Fédération… » Et qui va reprendre le flambeau des « Commandeurs » quand ils arrêteront ? Mystère. D’autant qu’en-dessous, certains seraient lésés.

Petite paroisse

Les clubs de première division s’interrogent. Montés dans un « Collectif pour la Défense des Intérêts des Judokas Français (CDIJF) », ils regrettent l’opacité des sélections pour les rendez-vous internationaux, qui écartent des athlètes expérimentés au profit d’autres bien plus « imberbes ». « Le comité de sélection se donne droit de vie et de mort symbolique sur certains athlètes pense Franck Bellard (Pontault-Combault), l’une des voix de ce groupe qui rassemble 12 grands clubs. Mais depuis 4 ans, on est en train de créer une fracture en soutenant les jeunes, l’équipe olympique, qui fonctionne très bien, mais au milieu, on ne leur donne pas grand-chose. Nous récupérons des athlètes démolis ».

« C’est le plus performant qui est pris », rétorque Roger Vachon, président du comité de sélection. Même s’il reconnait un manque de transparence de la part de ce comité de 9 membres, Vachon, figure tutélaire de Levallois (le club français numéro 1) n’est pas tendre avec ces clubs en colère : « Ils gesticulent. Ils pensent à leur petite paroisse. Moi, je pense au judo français. » Violent. « Il n’y a pas de querelle » pour Rougé, très consensuel à quelques mois des élections fédérales. Clubs et responsables de la fédération vont se rencontrer prochainement. Le tournoi de Paris amorcera peut-être le dégel à tous les niveaux.

Le titre de l'encadré ici

Agbegnenou paye ses kilos en trop|||

Mardi dernier, au moment où l’équipe de France de judo s’est envolée pour Almaty au Kazakhstan, Clarisse Agbegnenou avait 4 kilos de trop à la balance. Samedi matin, lors du passage obligatoire sur le pèse personne avant le tournoi, elle était encore au-dessus des 63 kilos fatidique. Impossible de transiger. Pas de compétition pour la judokate d’Argenteuil. Mardi soir, Jean-Claude Senaud, le DTN, et René Rambier, chef des équipes de France, lui ont annoncé qu’elle serait privée de Tournoi de Paris et qu’elle devrait certainement rembourser le voyage au Kazakhstan. Elle est partie de cette entrevue, en pleurs. «  Ça me fait vraiment mal au cœur», avait avoué Agbegnenou avant que les instances dirigeantes ne mettent le dossier entre parenthèses. Elle avoue son manque de sérieux mais plaide les circonstances atténuantes, « un problème de filles». « Elle le savait. On avait discuté avec elle. C’est un crime de ne pas être au poids », a lancé  Rambier avant  de modérer ses propos. Une dernière réunion se tient ce jeudi mais elle devrait entériner la première sanction.  Les précédents d’athlètes ayant manqué l’examen de la pesée sont rares (Dimitri Dragin, Morgane Ribout). Dans le cas d’Agbegnenou (19 ans), il faudra certainement accepter de passer dans la catégorie supérieure à moins de s’astreindre à une hygiène de vie stricte pour le restant de sa carrière. Un membre de l’équipe de France a lancé une pétition pour faire accepter Agbegnenou au rendez-vous parisien.

Morgan Maury et Camille Gelpi