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Les judokas à suivre dans ces Mondiaux

Les championnats du monde de judo s’ouvrent ce jeudi à Tashkent. L’équipe de France rêve d’une razzia avec son équipe féminine dominante et sa nouvelle garde masculine. C’est sans compter l’opposition. Présentation de 6 judokas à ne pas manquer sur les tatamis de la route de la Soie.


Uta et Hifumi Abe (Japon)
L’un de va pas sans l’autre, le frère et la sœur dans leur destin commun. Déjà doubles champions du monde individuels et champions olympiques, Uta (22 ans) la moins de 52 kilos et Hifumi (25 ans) le moins de 66 kilos reprennent leurs aventures communes en Ouzbékistan. Les stars japonaises ce sont eux. En-dehors des tatamis, les magazines de mode les font poser régulièrement. Hifumi prototype du ‘ike men’ (beau gosse au Japon) et Uta sa petite sœur au sourire inamovible ont été sacrés tous les deux le même jour au Budokan de Tokyo aux JO l’an passé, entretenant l’histoire à succès de leur famille. Lors d’une interview cet été, Uta a répondu qu’elle ne voyait aucune rivale se détacher. Piquées dans leur orgueil, Amandine Buchard, la Kosovarde Krasniqi et l’Italienne Giuffrida n’ont pas aimé. Elles se sont envoyés des messages pour se motiver. Hifumi devra lui une nouvelle fois se sortir des uchi-mata (mouvements de jambe) de son plus grand rival, son compatriote Joshiro Maruyama, également double champion du monde.

Tatsuru Saito (Japon)
Le Japon a peut-être déjà choisi le lourd qu’il va envoyer face à Teddy Riner en 2024. Il y a de fortes chances pour que ce soit Tatsuru Saito, 1m91 et pas loin de 170 kilos sur la balance. Le garçon de 20 ans a de qui tenir. Il est le fils de Hitoshi Saito champion olympique des poids lourds en 1984 et 1988, décédé en 2015 à 54 ans. Le ‘petit Tatsuru’ a été entraîné à la dure par son père. Devant la maison, à répéter des séries techniques et enchaîner les préparations physiques qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. En l’absence de la figure tutélaire, Tatsuru est suivi comme son ombre par sa mère et son grand frère. Le visage encore poupon, il vient de remporter le Zen Nihon, le championnat du Japon toutes catégories, la compétition la plus prestigieuse de l’archipel. Classé 34e mondial des plus de 100 kilos, il a un judo engagé malgré son poids colossal. Plein d’autodérision, il n’hésite pas à se moquer de ses performances au restaurant. Il a déjà englouti 140 sushis en une soirée.

Diyora Keldiyorova (Ouzbékistan)
Attention danger ! Et si la plus grande force de l’Ouzbékistan ne venait de sa forte équipe masculine mais de sa moins de 52 kilos? Depuis que la fédération internationale de judo a mis en avant le tournoi par équipe mixte, les pays d’Asie centrale ont accéléré sur leurs équipes féminines. En 2015, à 15 ans, sacrée championne du monde cadette, elle était la première femme de son pays à se parer d’un or mondial. A 24 ans, Diyora Keldiyorova est un danger ambulant. Double championne d’Asie, elle a déjà un joli tableau de chasse avec des victoires sur la Hongroise Pupp, la Britannique Giles ou la Japonaise Shishime. Elle n’a encore jamais affronté Amandine Buchard. Avec ses mouvements d’épaule dynamiques, elle a développé un système efficace. Keldiyorova est déjà numéro 5 mondiale. Le pays hôte de ces championnats du monde a monté un système de haut-niveau cornaqué par le triple champion du monde et champion olympique 2004 Ilias Iliadis. Les fruits vont peut-être tomber dès le 2e jour.

Lasha Bekauri (Géorgie)
La comète des Jeux Olympiques 2020. Sacré champion du monde junior en 2019, Lasha Bekauri a enchaîné avec victoire au Masters, titre de champion d’Europe et le sacre olympique. Un peu à l’image de la performance de son aîné, Lasha Shavdatuashvili champion olympique 2012 des moins de 66 kilos au sortir des juniors. Bekauri a appartient à la prestigieuse lignée des 90kg du pays caucasien avec Zviaduri champion olympique 2004 et Tsirekidze champion olympique 2008. Accueilli en héros à l’aéroport de Tbilissi avec moult feux d’artifices à son retour de Tokyo, Bekauri a profité de sa nouvelle notoriété, enchaîné les séances photos avant de remettre le judogi sur le dos. Débarrassé de ses soucis d’épaule, Il s’est étalonné lors d’un tournoi en Autriche le mois dernier où il s’est imposé. Main droite sur le biceps ou dans le dos, il n’est jamais économe dans ses attaques, souvent en force mais tellement efficace. Avec ses collègues géorgiens, et en l’absence de leurs ennemis russes, ils peuvent ambitionner d’aller chercher le Japon au classement des médailles masculines.

Jorge Fonseca (Portugal)
Le spectateur peu habitué des compétitions de judo a beaucoup de chances de flasher sur le charismatique -100kg lusitanien. Avec sa cage thoracique monumentale, ses ippons qui claquent et sa petite danse de sortie, Jorge Fonseca a de quoi plaire au fan égaré. Un peu moins aux puristes qui ne goûtent pas ses célébrations ‘pas très judo’. Avec ses mouvements d’épaule déclenché en un dixième de seconde, et ses fauchages tonitruants, Fonseca, 29 ans, est un client des compilations de caramels. Déjà double champion du monde et médaillé de bronze olympique, il a longtemps plafonné. Avant son sacre planétaire de 2019, il n’avait jamais gagné sur le grand circuit : 27 compétitions classé sans jamais être en haut du podium. Ce monstre de densité a été diagnostiqué d’un lymphome à la jambe gauche en 2015. Après un an de radiothérapie, il était sur le tapis des JO 2016 (élimination au premier tour). Pour l’instant, c’est le concours de police qui résiste au leader de l’équipe portugaise.


Ai Tsunoda Roustant (Espagne)
Bon sang ne saurait mentir ! Un peu de Japon, un peu de France, un peu d’Espagne. Ai Tsunoda Roustant est au carrefour des influences. Fille de Go Tsunoda, Japonais, entraîneur recherché, et de la Française Céline Roustant, sa coach, la jeune femme de 20 ans aux cheveux coupés ras, gagne chaque saison dans sa catégorie d’âge. Championne du monde cadette en 2019 puis double championne du monde junior, elle s’est déjà souvent montrée chez les seniors avec 3 podiums sur le grand circuit dont une deuxième place à Tbilissi cette année. Le nez souvent protégé par un sparadrap, ce petit gabarit chez les moins de 70 kilos est plantée dans le tatami. Une qualité posturale cruciale à haut-niveau. Dixième mondiale, elle sera tête de série numéro 8 à Tashkent. Elle a déjà perdu une fois contre Margaux Pinot en 2020 et n’a jamais rencontré Marie-Eve Gahié. Attention à ses retournements au sol. Une fille qui peut créer la surprise dans une catégorie dense mais sans leader dominatrice.

par Morgan Maury