RMC Sport

Pourquoi la justice s’intéresse au salaire de Riner

-

- - AFP

La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France s’interroge sur le salaire que perçoit Teddy Riner dans son club de Levallois. Un rapport pointant des irrégularités va être rendu public lundi prochain.

Combien touche Teddy Riner à Levallois ?

Jusqu’à 30 000 euros net par mois. Une somme qui comprend son salaire fixe (24 000 euros), le loyer de son appartement, les frais liés à sa voiture et des primes de résultats. En 2013, le Levallois Racing Club a versé 429 293 euros à Teddy Riner. Soit plus du double de ce qu’il touchait en 2010. Une augmentation conséquente liée notamment à « une part variable de rémunération de ses performances sportives ». Dans l’intervalle, le colosse antillais est notamment devenu champion olympique et 7 fois champion du monde.

Que prévoit le contrat de Riner ?

Licencié à Levallois depuis 2009, le champion français doit participer aux entraînements et aux compétitions, se soumettre aux contrôles antidopage, représenter son club et en faire la promotion. Riner doit même précisément « citer Levallois quand il fait référence à son club dans les médias ».

Pourquoi la justice s’intéresse-t-elle à son salaire ?

C’est la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France qui s’interroge sur les émoluments perçus par le judoka le plus titré de l’histoire. Dans un rapport daté du 3 mars, révélé par le Parisien-Aujourd’hui en France et France Bleu, les magistrats pointent de nombreuses irrégularités. Le document, qui doit être présenté lundi prochain au conseil municipal de Levallois-Perret, évoque la « charge significative » que représente « le recrutement d’un judoka professionnel de tout premier rang mondial ». En cause, notamment, le fait que Riner (nommé M.Y. dans le rapport) ne combat que très rarement sous les couleurs de Levallois et qu’il s’entraîne à l’INSEP (dans le 12e arrondissement de Paris), comme tous les membres de l’équipe de France de judo. Une situation qui fait un peu désordre, d’autant que le Levallois Sporting Club et ses 16 000 adhérents (dont 800 judokas), a bénéficié d’une subvention municipale de 6,1 millions d’euros en 2014. Et que le club rencontre régulièrement des difficultés de trésorerie.

L’ombre de Patrick Balkany

Patrick Balkany est maire de Levallois-Perret depuis 2001, après l’avoir déjà été de 1983 à 1995. Autant dire que la ville des Hauts-de-Seine est associée à son nom. C’est à nouveau le cas dans cette affaire Riner. Le Levallois Racing Club est géré par des proches de l’élu du parti des Républicains. Et ces derniers peinent à évaluer le retour sur investissement du salaire versé à la star du judo. « C’est difficilement quantifiable », admet la ville de Levallois, assurant tout de même que la présence de Teddy Riner permet d’attirer des sponsors privés. Sauf que ces derniers ne se bousculent pas et ne représentent que 10% du financement des sections de haut niveau du club. De quoi semer le trouble. Pour Jean-Michel Hautefort, l’ancien président du LSC, qui faisait encore récemment partie de son conseil d’administration, les chèques adressés à Riner servent surtout les intérêts de Balkany. Ce dernier chercherait à profiter de l’aura médiatique du judoka de 26 ans pour améliorer son image d’homme politique. « J'avais dans mon bureau une photo où l’on voit Teddy Riner entouré de Patrick Balkany et Jean-Pierre Aubry (ancien président du club de Levallois) aux JO de Londres. J’ai coutume de dire que cette photo a coûté très cher aux Levalloisiens », a confié Hautefort à France Bleu.

Le club de Levallois défend Riner

Bertrand Percie du Sert, le président du Levallois Sporting Club, ne comprend pas la polémique autour des fiches de paie de Teddy Riner. « Pour nous, il n’y a pas de souci, a-t-il assuré à RMC Sport. C’est un salaire qui est largement justifié. Ça parait important pour le public non averti, mais si vous leur donniez les salaires de certains footballeurs, ils pourraient être choqués ! Et puis, les Levalloisiens sont très fiers d’avoir Teddy Riner. Aujourd’hui, c’est LA star du monde sportif alors si on arrête avec lui, qu’est-ce qu’il se passe ? S’il s’en va en Russie parce qu’il a des offres, on va perdre un grand sportif. Nous avons une mission d’intérêt général en tant que grand club omnisport. » Une mission qui à ses yeux justifie les 30 000 euros mensuels encaissés par le champion olympique : « Un chiffre tout seul, ça ne veut pas dire grand-chose. En face, on a qui ? Monsieur Teddy Riner ! Son salaire ne représente pas uniquement son travail de sportif de haut niveau, il a des engagements vis-à-vis du club. Il en fait la promotion quand il est interviewé. Quand il est en compétition, il arbore le logo du Sporting Club. »

https://twitter.com/AlexJaquin Alexandre Jaquin Rédacteur