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Bernard, la rédemption

Alain Bernard

Alain Bernard - -

A l’orgueil et après un duel terrible avec le Russe Lagunov, le nageur d’Antibes (48’’49) a conservé son titre européen du 100m nage libre ce vendredi à Budapest.

Sa propulsion après avoir touché le mur du bassin de l’Ile Marguerite est celle d’un champion olympique de saut en hauteur, sa première expiration celle d’un homme qui a échappé au feu. Comme à Pékin, Alain Bernard a su se relever pour foncer vers l’or. Bouffé par le dernier relais du fulgurant Jason Lezak dans le Cube d’eau pékinois alors qu’il était parti en tête avec l’étiquette de meilleur sprinteur du monde, Bernard avait dessiné l’or sur l’aller-retour quelques jours plus tard. « C’est dingue mais c’est le sport de haut-niveau, lâche-t-il. C’est d’autant plus beau quand ça marche et quand ce n’est pas linéaire. Je suis très content. Plus j’avance, plus il y a d’émotions. Le plus important c’était de réagir. Je vais vraiment apprécier ce100m et cette Marseillaise. Ce titre est très beau, il fait énormément plaisir. »

Meurtri par ce dernier relais du 4x100m nage libre lundi où il a nagé en 48’’70 lancé, il a mis Budapest à l’heure chinoise. Les Russes qui l’ont torpillé de son premier or en équipe ont été éclaboussés par cet homme redevenu hors-bord. Comme à Pékin, l’Antibois a longuement dialogué avec son entraîneur Denis Auguin pour parler de sa nage et du reste. Son puzzle aquatique s’est mis en place au fil de cette semaine hongroise. Après avoir nagé seulement 80m en demi-finale, il a terminé sa reconstruction lors de la finale.

Parti vite (22’’99), Bernard a viré en tête au virage. C’est là qu’il a gagné sa course. Son deuxième 50m il le fait au courage, à l’orgueil avec seulement le 5e temps (25’’50). C’est cependant suffisant pour résister à la meute emmenée par le Russe Evgeny Lagunov. « J’ai mis de la sérénité, de la rage et beaucoup d’espoir dans cette course. Au dernier coup de bras, je tourne la tête. Et je vois tout le monde balancer le bras en même temps que moi. » Evgeny Lagunov s’écrase à trois centièmes, William Meynard le Marseillais, auteur d’un gros retour, à sept pour sa première médaille individuelle.

Meynard en bronze

Bernard a vaincu ses démons en 48’’49. Surtout, il a remporté sa première finale internationale depuis celle de Pékin où il avait brisé l’Australien Eamon Sullivan. L’Antibois n’est pas fait du même bois que les autres squales de piscine. En se relevant après avoir été critiqué, il a montré de la moelle. « J’essayais de ne pas lire ce qui était dit dans les médias. Il fallait rester dans ma bulle même si ce n’était pas évident. C’est une grande victoire pour les Français. C’est égoïste, mais c’est une victoire pour moi avant tout », a lâché Bernard. Bernard est redevenu Bernard.

M.M. avec Julien Richard à Budapest