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Championnats France natation: le bilan de ce jeudi, avec Bonnet enfin à Tokyo

Charlotte Bonnet a été sacrée ce jeudi championne de France du 200m nage libre à Chartres, décrochant enfin son ticket pour les Jeux olympiques, après plusieurs tentatives infructueuses. Chez les hommes, le titre est revenu à Jordan Pothain.

200m nl dames: Bonnet : "tellement d’appréhension"

Elle a joint ses mains devant son visage et fixé longtemps le tableau d’affichage. Avant d’esquisser un sourire de soulagement. Charlotte Bonnet a décroché sa qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo, avec une victoire sur le 200m nage libre en 1'56''67, jeudi à l'occasion des championnats de France à Chartres. Un chrono loin des meilleurs standards mondiaux de la saison et seulement le vingtième de sa carrière. Mais après avoir manqué les minimas pour deux centièmes lors de la première phase de qualification et pris une grosse claque en finale des championnats d’Europe de Budapest en mai dernier (4e), c’était une vraie délivrance pour la triple championne d’Europe 2018 de valider son billet pour ses troisièmes Jeux Olympiques.

- Charlotte, on a ressenti tout votre soulagement à l’arrivée de votre course...

"Je suis soulagée et tellement contente, émue. Il a manqué deux centièmes la première fois, puis un dixième, puis deux ou trois dixièmes... Puis aux Championnats d'Europe, c'était encore une déception parce que je ne monte pas sur le podium. C’était vraiment compliqué toute l'année, de repartir au boulot la tête dans le guidon à chaque fois après un week-end difficile, une déception. A un moment, ça coince. Donc c’est un énorme soulagement de faire ça ce soir. Ça reste 1'56"6, ce n'est pas du tout le temps que je visais, mais je voulais juste mon ticket, tellement j'avais d'appréhension et de pression par rapport à ces Jeux olympiques. Ça reste un temps loin des meilleures, loin de mes attentes, mais je vais m'en contenter. Aujourd'hui, je suis tellement contente de faire ce temps-là..."

- Vous avez beaucoup douté?

"Il y a eu beaucoup de péripéties, d'énormes doutes, des moments difficiles où tu sors de l'eau et tu n'as pas grand-monde pour t'entourer, pour être là pour toi. Cette année, l'année des Jeux, j'ai 26 ans, j'approche de la fin de ma carrière car je n'ai plus 17 ans… Encore une fois, je suis contente de ce que j'ai fait ce soir. J'ai dû perdre plusieurs kilos de poids, de boulet que je traînais. Il y avait tellement d'enjeux que je n'ai pas pu mettre en place tout ce qu'on a travaillé comme je voulais, je ne fais pas une super course, je m'arrache à la fin pour toucher devant et faire ce putain de chrono. C’est ça qui me tenait le plus à cœur. J’avais l'impression de jouer une finale dans un des plus grands championnats tellement j'avais de stress. Quand je vois Léon (Marchand) ou Lucile (Tessariol) performer, je me dis qu'à leur âge je n'avais pas cette pression, ces attentes… A 17 ans, je me rappelle, je m'étais dit que si je me qualifiais aux Jeux c'était génial, mais que si je n'y allais pas, je repartirais au charbon, que ce n'était pas grave. Aujourd’hui, je ne peux pas dire ça. Si je loupe les Jeux à 26 ans, c'est pas pareil, on n'a pas les mêmes enjeux que quand on est plus jeune."

- Est-ce que ça a été dur d’assumer votre statut le leader de la natation française ?

"Je pense que ça joue. Depuis mes titres aux Championnats d'Europe (2018), j'ai changé de statut, le regard des gens a changé, et ce n'est pas forcément quelque chose de facile à assumer. Tu vois qu'il y a des attentes, qu'il y a du monde autour de la piscine pour te regarder. Et dans des meetings où tu fais 1'59", il y a des gens qui critiquent ton temps. Ca fait mal, parce que je ne suis pas à 100% de ma forme tout le temps. Cette année, je ne l'ai pas été une seule fois. Ça arrive. Quand je vois les sélections en ce moment dans les autres pays, il y a des champions olympiques qui passent à la trappe. Ça aurait pu ne pas passer ce soir, j'aurais fait la gueule et ça aurait été très dur à encaisser."

- Vous avez travaillé un peu plus d’aspect mental dernièrement ?

"Je travaille énormément le côté mental. Ce n'est pas que l'approche des compétitions, c'est aussi gérer les attentes autour qui ont été de plus en plus importantes ces trois dernières années. Et quand ça ne répond pas, tu te dis de suite que tu es nulle, alors que non. Aujourd’hui, je fais 1'56", il y a des centaines de filles qui l'ont fait cette année, mais je ne vais pas me focaliser là-dessus. Il me reste encore des courses, et je me dis que je suis qualifiée pour mes troisièmes Jeux. Tout le monde ne peut pas dire ça."

200m nl messieurs: Pothain, le renouveau

C’est la fin d’une longue traversée du désert. Au (très) bon moment. Jordan Pothain a arraché sa qualification sur le 200m nage libre en remportant la finale des championnats de France en 1'46"93 (minimas demandés à 1'47"02). Depuis sa finale olympique sur le 400m à Rio en 2016, le Grenoblois s’était exilé à Nice et avait enchainé les désillusions. Il n’avait plus mis les pieds en équipe de France jusqu’aux derniers championnats d’Europe en mai, à Budapest.  

"Je l’ai fait. C’est dingue. Je ne réalise pas trop encore, lance-t-il des sanglots dans la voix. Je suis un peu sous le coup de l’émotion. C’est une belle récompense. Je savoure d’autant plus après tout ce qu’il s’est passé depuis Rio. Beaucoup de personnes pensaient que je n’y arriverai pas oui, mais j’ai surtout envie de penser à ceux qui ont cru en moi, et à moi parce que malgré les doutes pendant toutes ces années je n’ai pas lâché, je me suis battu. J’ai douté vraiment fort à certains moments. Plusieurs fois, j’ai pensé à arrêter, parce que j’allais droit dans le mur et je ne trouvais pas de solutions. Et finalement, à force d’abnégation, ça paie toujours."

Un modèle de "résilience", selon son entraîneur Fabrice Pellerin. L'athlète est allé chercher loin en lui la force de continuer malgré les claques. "Je ne sais pas si j’ai une solution, c’est intrinsèque, c’est en moi. C’est instinctif. J’ai ce besoin de travailler, de me prouver que je suis capable. Je ne suis pas parti avec des bases qui m’ont montré que j’allais réussir mais j’ai eu envie de me montrer que j’en étais capable, par cette notion de travail. C’est aussi une question d’éducation, de me montrer que je peux y arriver."

A 27 ans, le natif d’Echirolles débute peut être un nouveau chapitre. "Je ne sais pas si c’est une deuxième carrière, parce qu’il ne me reste pas grand-chose à tirer. En tous cas, c’est un moment et une période savoureuse…"

Il se tourne désormais vers le Japon, dans cinq semaines. "J’ai envie de réécrire ma propre histoire, de faire ma meilleure perf. Je suis sûr que je suis capable d’aller chercher une finale olympique. Le podium, j’y pensais avant. Mais il faut être réaliste, ça parait un peu short… Mais, vraiment, j’ai l’impression que j’ai les armes aujourd’hui et il me reste un mois pour bosser à fond et surfer sur cette vague. Il faut aussi en profiter, se dire "putain j’ai fait un truc énorme", en profiter. Je vais me servir de cette force pour nager plus vite là-bas…"

A Tokyo, il sera accompagné sur le 200m nl par le toulousain Jonathan Atsu, deuxième de la finale en 1'46"97, qui a lui aussi réalisé les minimas exigés par la fédération française de natation. Atsu, 24 ans et élève de Michel Chrétien à l’INSEP à Paris, disputera ses premiers jeux Olympiques

La finale a aussi désigné les deux autres nageurs qui accompagneront Pothain et Atsu sur le relais 4X200m à Tokyo. Hadrien Salvan, 23 ans et nageur de Vanves a pris la 3e place de la finale en 1'47"61 et Enzo Tesic d’Amiens la 4e place en 1'48"04.

200m papillon messieurs : Léon Marchand sur sa lancée

Léon Marchand a réalisé la troisième performance française de l’histoire sur le 200m papillon, en s’imposant en 1'55"40. Le Toulousain améliore son record personnel et réalise les minimas pour les Jeux Olympiques de Tokyo, mais ne se qualifie pas officiellement sur cette distance, car il n’avait pas réussi le temps exigé le matin en séries. Déjà qualifié sur le 400m 4 nages, Léon Marchand pourra ajouter tout de même ce 200m papillon en "épreuve complémentaire" à son programme olympique. Et peut être se rapprocher un peu plus encore du vieux record de France de Frank Esposito, qui date de 2002 !

Ce jeudi soir, 12 nageurs sont qualifiés en individuel pour les Jeux Olympiques de Tokyo (+ 6 en relais qui ne seront que validés définitivement à l’issue des championnats de France.)

7 nageurs ont réalisé les critères individuels de sélection olympique depuis le début des championnats de France :
DUHAMEL Cyrielle (BETHUNE NATATION) 200 4N
LESAFFRE Fantine (CN ANTIBES) 200 4N
MARCHAND Léon (DAUPHINS DE TOULOUSE) 400 4N
TOMAC Mewen (AMIENS METROPOLE NATATION) 100 DOS
POTHAIN Jordan (OLYMPIC NICE NATATION) 200 NL
ATSU Jonathan (DAUPHINS TOULOUSE OEC) 200 NL
BONNET Charlotte (OLYMPIC NICE NATATION) 200 NL

5 nageurs ont réalisé les temps de sélection olympique sur la première période de qualification :
AUBRY David (MONTPELLIER MN) 800 NL
HENIQUE Mélanie (CN MARSEILLE) 50 NL
MANAUDOU Florent (CN MARSEILLE) 50 NL
NDOYE BROUARD Yohann (DAUPHINS D'ANNECY) 100 DOS et 200 DOS
WATTEL Marie (CN MARSEILLE) 100 NL et 100 PAP

Par Julien Richard