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F. Manaudou : "Je me suis vraiment fait un prénom"

Florent Manaudou, un des tauliers du sport français en 2014

Florent Manaudou, un des tauliers du sport français en 2014 - DR

TAULIERS DE L'ANNEE. Patron de la natation française en 2014, avec quatre titres européens en grand bassin et deux records du monde en petit bassin, Florent Manaudou revient sur son année exceptionnelle et se projette sur l’avenir. Sans oublier de répondre aux questions difficiles.

Quatre titres aux championnats d’Europe en grand bassin, deux records du monde aux championnats du monde en petit bassin. Comment qualifiez-vous votre année 2014 ?

Une année quasi parfaite. J’ai presque réussi mes objectifs à 100 %.

Qu’est-ce qui vous reste de cette année ?

L’objectif, c’était d’abord les championnats d’Europe parce que le grand bassin est toujours plus important pour nous. C’était le point d’orgue de ma saison. Ensuite, j’ai décidé de préparer le petit bassin pour faire un peu de fun avant de partir dans la prépa olympique sur 18 mois. Donc les deux restent mais je me rappellerai plus de la moisson berlinoise.

Vous êtes désormais le patron de la natation française…

C’est un beau superlatif. Il y a pas mal de très bons nageurs français et je suis content d’avoir été celui qui a gagné le plus de titres cette année. Maintenant, il faut bosser pour le rester parce qu’il y a Yannick (Agnel, ndlr) qui va commencer à revenir, comme Camille (Lacourt, ndlr). On a vraiment une belle perspective pour Kazan (championnats du monde 2015, ndlr) et pour Rio (JO 2016, ndlr) On va essayer d’être plusieurs patrons et de gagner tous de très belles médailles.

Vous sentez-vous l’âme d’un patron ?

Un petit peu cette année parce qu’il y a eu des absents. Surtout aux « monde » en petit bassin. Donc je me sentais un petit peu l’âme d’un leader, pas tout seul parce qu’il y avait Fab (Gilot, ndlr) qui, pour moi, est un plus grand leader parce que ça fait plus longtemps qu’il est là. Mais ce n’est pas mon rôle premier, je ne suis pas venu en équipe de France pour être un leader. Moi, je nage. Après, si mes performances font que je donne l’exemple sur certains, tant mieux.

Avez-vous pris conscience cette année de votre notoriété grandissante ?

Oui parce que plus on gagne des titres, plus les gens nous suivent. Surtout là, après les championnats du monde en petit bassin, ça m’a impressionné parce que, pour moi, c’est beaucoup moins important que les championnats d’Europe en grand bassin mais pour l’instant ça a eu plus d’impact. Les gens m’en ont énormément parlé, ça fait plaisir. Et les records du monde ont fait que ça a donné quelque chose d’un petit peu plus grand aussi.

« Je pique un peu aux autres »

Les gens vous appellent-ils encore « le petit frère de Laure » ?

Non, ils ne me disent plus ça. Ça a un petit peu changé. Depuis deux ans, avant les « Europe » en grand bassin, je n’avais gagné que le titre olympique. Les gens me voyaient peut-être encore comme une surprise. Maintenant, je me suis vraiment fait un prénom et j’apprécie quand les gens me remercient dans la rue. Ça me touche beaucoup.

Diriez-vous que vous êtes aujourd’hui plus populaire que votre sœur ?

Non, je ne pense pas. Je commence peut-être à basculer dans le côté connu mais je reste un sportif. Ma sœur est devenue une star, comme Camille Lacourt. Ce sont gens qui touchent au-delà du sport. Moi, peut-être que je commence maintenant. Mais, pour l’instant, ce n’est que le sport.

Avez-vous envie de ça ou êtes-vous un peu effrayé par cette perspective ?

Je ne me pose pas vraiment la question. Si ça arrive, je pense que j’arriverai à le gérer en ayant une petite expérience avec ma sœur et mon parcours personnel. Mais si je ne le deviens pas, ce n’est pas grave parce que ce n’est pas mon but non plus. Mais quand on a eu une Laure Manaudou avant, ça aide beaucoup. Il y a des erreurs qu’on ne fait pas, des choses pour lesquelles on est préparé. Je suis très observateur de ce qu’a fait ma sœur. J’essaye de bien gérer ma personnalité et mon image.

Pour rester sur votre côté observateur, Camille Lacourt nous expliquait qu’il vous surnommait « La Fouine » parce que vous l’observez à l’entraînement pour lui piquer des trucs. C’est vrai ?

On progresse en regardant les meilleurs. Camille, sur le dos, il a une espèce de grâce. Quand il nage, c’est vraiment très beau. Il est beaucoup moins musclé que moi, pourtant il a une puissance impressionnante dans l’eau, donc j’essaye de prendre un petit peu des idées et je rajoute ma petite touche personnelle. Avec Fred (Bousquet, ndlr), j’avais fait pareil avant les Jeux, où j’avais commencé à nager bras tendus. Je ne suis peut-être pas un précurseur parce que je pique un peu aux autres mais c’est aussi comme ça qu’on apprend.

« Dans notre sport, ça se sait quand on est dopé »

Revenons sur vos déclarations sur la créatine, qui ont beaucoup fait parler. Avez-vous été surpris ?

Ça a fait un petit buzz. Avec les réseaux sociaux, à chaque fois, ça parle beaucoup. Je suis très franc et je dis tout le temps ce que je pense. Des fois, peut-être qu’il ne faudrait pas. Pour la créatine, j’ai juste… je ne peux pas dire avoué, car avouer est quelque chose de négatif, donc j’ai juste dit comment je me préparais et que, pour moi, c’était un élément important comme de bien dormir ou de bien s’alimenter, même si je ne le fais pas bien.

Toujours pas ?

Non. J’essaie. Je pense que je vais passer un cap à partir du 29 décembre, où le mot d’ordre va devenir « préparation olympique ». Quand il y a « olympique » dedans, c’est un petit peu plus sérieux. En 2016, j’aurai quatre ans de plus qu’à Londres, donc mon corps ne va pas réagir pareil non plus. Je dois avoir une meilleure hygiène de vie. Mais là, c’est les fêtes donc je vais en profiter.

Concrètement, allez-vous mettre en place un plan diététique ?

Je vais déjà essayer de moins boire de Coca, ça va être une chose très importante. Et ensuite, essayer de me faire un petit peu plus à manger et un petit peu plus sainement.

Quand on réalise de grosses performances, des doutes peuvent arriver dans l’opinion. Comment réagissez-vous à ça ? Et pour être clair : est-ce que vous vous dopez ?

En France, tout de suite, on se dit : « Ah, peut-être qu’il est dopé ». C’est le sport et c’est l’attitude française. Aux Etats-Unis, ils ne sont pas du tout comme ça. On se pose beaucoup de questions. Malheureusement, c’est franco-français. On a l’habitude. J’ai encore fait cinq contrôles antidopage en quatre jours aux championnats du monde en petit bassin. Les gens ne le savent pas forcément mais on est un des sports les plus contrôlés. Pour ce qui est de Doha… L’époque des combinaisons, c’était il y a cinq ans, donc on commence à aller de plus en plus vite, à comprendre de nouvelles choses, à utiliser de nouveaux outils, le travail vidéo, la recherche, etc. On progresse comme dans tous sports et les records sont aussi là pour tomber. La natation reste un sport très jeune. On a énormément de boulot devant nous pour progresser et les futurs nageurs, dans 10-20 ans, vont exploser nos chronos.

Avez-vous, parfois, des doutes dans votre sport ?

Des fois, on se pose la question, forcément. Mais on ne sait pas ce que fait chacun à l’entraînement. Chacun a ses méthodes de travail. Il y a certaines personnes qu’on ne connaît pas donc on se dit « peut-être qu’il se dope » mais il y a énormément de contrôles et, généralement, dans notre sport, ça se sait quand on est dopé.

« Les Jeux priment d’abord »

Que peut-on vous souhaiter pour 2015 ? Qu’est-ce que vous vous espérez ?

Prendre des points de repère. Les championnats du monde sont importants mais ce ne sera peut-être pas préparé comme les Jeux. C’est un passage, une compétition de préparation. On commence le boulot vraiment sérieux. Ce sera une année différente parce que tout le monde se prépare pour les Jeux. Généralement, les podiums ne sont pas les mêmes et les champions du monde pas forcément les champions olympiques de l’année suivante parce qu’on ne travaille pas tous identiquement. Ça va être une année charnière. J’ai envie de gagner mais les Jeux priment d’abord.

2014 n’a pas été simple. Vous aviez failli « tout plaquer » et mettre un terme à votre saison...

C’était dans ma tête après les championnats de France, où ça avait bien marché sur les qualifs et les places mais les temps n’étaient pas forcément bons. Une année européenne, c’est dur d’être motivé parce qu’on sait qu’on en retrouvera pas les Américains, les Australiens, les Japonais… On est forcément un peu moins motivé. Deux ans après les JO de 2012 et à deux ans de ceux de 2016, on est un peu entre deux eaux. Tout le monde se relâche un petit peu. Jérem’ (Stravius, ndlr) a aussi eu envie d’arrêter. Ça fait du bien aussi de se poser les bonnes questions : « Pourquoi je nage ? Et j’ai envie de faire quoi maintenant ? »

Vous avez trouvé votre équilibre à Marseille…

C’est important. A Ambérieu, j’avais ma famille autour de moi, mes amis. J’ai besoin de me sentir à l’aise. A Marseille, c’est devenu la même chose. Mon frère est descendu depuis septembre. Avec ma sœur, ma copine et mes amis, c’est un cocon parfait. Sportivement comme sentimentalement, ça marche bien. J’ai une vie parfaite et ça ne peut être que bon pour la performance.

Vous pouponnez avec les neveux ?

J’essaie un peu. C’est compliqué de les voir parce que je pars souvent. Je vais en profiter pendant les fêtes. J’adore les enfants en plus.

Ça vous donne envie ?

Oui, mais on verra après 2016. Pour l’instant, c’est le sport qui prime.

La rédaction avec Julien Richard