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F.Manaudou : "Peut-être mes derniers JO"

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Les championnats de France en grand bassin débutent ce mardi à Montpellier, avec en vedette Florent Manaudou (25 ans). Le champion olympique et quadruple champion du monde est archi favori mais craint quand même ces sélections pour les JO de Rio, qui pourraient être ses derniers.

Florent Manaudou, considérez-vous Montpellier comme des championnats de France ou des sélections olympiques ?

Je le vois plus comme des sélections. Ça a été un moment décisif dans ma carrière à Dunkerque (en 2012, pour les JO de Londres, ndlr), ça a changé beaucoup de choses dans ma vie. J’ai eu la chance de battre Fabien (Gilot) sur le 50m et derrière, ça a bien marché. Je me dis que ce sont des sélections, une compétition importante. Pas facile, même si je suis favori sur 50m et l’un des favoris sur le 100m. C’est hyper stressant parce qu’on n’a rien à gagner. A part un ticket pour les Jeux, ce qui parait normal pour 99% des spectateurs. Donc on a beaucoup à perdre et rien à gagner.

Fabien Gilot parlait de ces sélections comme d’une guillotine…

C’est sûr que si on loupe cette compétition, notre année, et pour certains notre carrière, s’achève. Donc c’est vraiment un couperet et on a de la mauvaise pression. On veut toujours trop bien faire. C’est une des compétitions les plus dures dans notre carrière.

Pensez-vous possible de passer à côté de cette compétition ?

C’est envisageable pour tout le monde. Regardez Fred (Bousquet), il est tombé malade l’an dernier la veille du 50m et a donc raté la qualification pour les Mondiaux de Kazan. On n’est pas à l’abri de tomber malade la veille ou de se blesser une semaine avant les championnats. On peut avoir un peu plus de marge que certains, mais il faut vraiment faire attention à tout sur ces sélections.

Il sera difficile d’aller vous chercher sur 50m à Montpellier. Avez-vous envie de marquer les esprits avant les Jeux ?

L’objectif numéro 1, c’est d’aller chercher le titre qui irait avec la sélection. Mais je n’ai pas envie de nager 21’’5 ou 21’’6 à cette période de l’année, c’est quelque chose que j’ai beaucoup trop fait. C’est une année olympique, ce sont peut-être mes derniers Jeux et ma dernière chance de me qualifier donc j’ai envie de me faire plaisir et de marquer un peu le coup. Tout le monde me voit déjà vainqueur à Rio cet été mais ce n’est pas si simple que ça. J’ai envie de me prouver à moi-même que je peux nager vite en avril et je sais que j’ai une grosse marge de progression entre avril et août. Si je fais 21’’2 ou 21’’3 en avril, on pourra dire que c’est bon signe. Mais la priorité, c’est de se qualifier aux Jeux. Pour être sportif de haut niveau et tenter d’être un champion, il faut être très mauvais perdant… Et je suis très mauvais perdant.

Le 100m est aussi un objectif et ce sera certainement la course la plus dense de ces championnats…

En 2008, on se disait qu’il n’y aurait jamais une finale de championnat de France aussi relevée, en 2012 on a redit la même chose. Et aujourd’hui, pareil. Au final, c’est bien pour la natation française d’avoir des finales aussi relevées. Mais il faudra faire très attention en séries parce qu’il peut se passer plein de choses. Ce sera une bonne répétition avant les Jeux. Je pense qu’il y aura beaucoup d’intox et ce sera le plus fort mentalement qui ira aux JO.

Arrivez-vous maintenant à prendre du plaisir sur le 100m ?

J’ai toujours pris du plaisir en fait… S’il n’y avait pas tous les médias, il y aurait toujours du plaisir sur 100m (rires) ! C’est la course reine, des gens comme Popov ou Matt Biondi ont fait le doublé 50-100m aux Jeux. On se dit qu’un nageur qui va vite sur 50m, ira vite sur 100m. Mais ça ne marche pas comme ça. Je nage très vite sur 50m dos par exemple mais pas du tout sur 100m dos. Ce n’est pas la même chose, c’est un apprentissage que j’effectue encore.

Qu’est-ce qui a changé pour que vous acceptiez finalement ce défi 50-100m ?

J’ai changé psychologiquement, je pense. J’avais peur au départ de bloquer ma nage de 50m en bossant la nage du 100m, de ne pas pouvoir progresser. Et je me suis prouvé au meeting d’Amiens que ce n’était pas du tout le cas et qu’au contraire, ça me servait pour le 50m. J’ai eu envie de le faire et je pense que ça me fait du bien de bosser sur ça. Ça me donne de la caisse. Je ne nage pas forcément plus, mais plus intelligemment et plus axé sur le 100m. J’ai plus confiance en moi.

Est-ce compliqué, à l’approche de ces sélections, d’être en confrontation quotidienne avec vos rivaux, même à l’entraînement ?

Moi, ça me motive parce que pas mal de nageurs avec lesquels je m’entraîne ont été mes modèles sur 100m et même sur 50m. On se tire vraiment vers le haut. Il y aura des sourires et des larmes à Montpellier et il faudra être présent pour ceux qui se qualifient, mais aussi pour ceux qui ne se qualifient pas. On devra en laisser sur le bord de la route. Le 100% n’existe malheureusement pas. J’aime bien nager à plusieurs, ça me motive plus et je préfère avoir une franche camaraderie avec mes adversaires plutôt qu’une haine.