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Pellerin, le faiseur de champions

Fabrice Pellerin

Fabrice Pellerin - -

Déjà récompensé par quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques (Muffat, Agnel x2, Lefert), le travail de Fabrice Pellerin à Nice porte ses fruits. Sa méthode, exigeante et dense, doit être supportée. Mais elle fonctionne.

Qu’a-t-il bien pu glisser à l’oreille de Camille Muffat, dimanche soir, après sa médaille d’or sur 400m nage libre aux Jeux Olympiques de Londres ? « Il est capable de lui avoir dit ‘‘mouais, c’est pas mal, t’aurais pu nager plus vite’’ », sourit l’ancienne nageuse Sophie Kamoun, qui gère aujourd’hui l’image de la Niçoise. Fabrice Pellerin, entraîneur de l’Olympic Nice Natation, cache dans un timbre de voix très doux, très calme, le secret d’une fabrique à champions olympiques extrêmement rigoureuse. Yannick Agnel et Clément Lefert le sont également devenus sur 4x100m, puis le prodige a récidivé ce lundi soir sur 200m. Avec la même méthode pour tous : nager, nager et encore nager.

« Ce sont des sacrifices tous les jours, explique Elisabeth Agnel, la maman du prodige français. Ils ont vécu une année olympique avec à peine trois ou quatre jours de vacances. Ils s’entrainaient le dimanche, deux fois par jour tous les jours, 16 kilomètres par jour. Il faut toujours aller plus loin, se surpasser à l’entraînement. » Fabrice Pellerin, qui programme des stages aux Etats-Unis pour habituer à la confrontation, c’est presque le Philippe Lucas des « Guignols de l’Info » sans l’extravagance. Un style personnel plus classique mais une incroyable foi dans le travail qu’il transmet à son groupe, sur la Côte d’Azur. 

« Je ne suis pas le tyran que Camille dépeint régulièrement », essayait de démentir le membre de la Dream Team RMC Sport début juillet. Son schéma d’entraînement demande un investissement énorme. « Un nageur allemand, Dimitri Colupaev, qui s’entraine toute l’année à l’USC, l’université de Los Angeles, qui a une dizaine de nageurs aux JO, est venu à Nice pour faire trois semaines de stage en mai, raconte Sophie Kamoun. Il a perdu sept kilos. Il a dit qu’il ne s’était jamais entrainé aussi dur de toute sa vie. Et pourtant, c’est une université qui en a sorti des champions ! » Le quotidien, avec Fabrice Pellerin, c’est boulot, boulot et un peu, dodo.

« Travailler pour la victoire et rien d’autre »

« Le réveil, c’est 6h33, décortique William, le petit ami de Camille Muffat. Ensuite, c’est deux heures et demie dans l’eau. Un jour sur deux, il y a musculation en suivant. Elle rentre sur les coups de 10h30-11h. Elle mange à 11h30. J’ai croisé Tex (l’animateur des Z’amours) d’ailleurs, je lui ai dit qu’on le regardait tous les jours ! C’est une idole pour nous ! Après, il y a les redifs de Friends. Elle a 40 minutes de battement, puis sieste de 13h à 15h. A 15h15, elle est au bord du bassin. A 15h30, elle plonge. Elle rentre à 18h. » Avec Camille Muffat, plus qu’avec Yannick Agnel, Fabrice Pellerin use aussi du ressort mental.

Il la pousse, la provoque, notamment quand à Budapest, aux championnats d’Europe 2010, elle rate le podium sur 200m 4 nages. Il lui fait alors comprendre qu’il ne la retient pas. Mais c’est un divorce feint, simplement destiné à la secouer. Camille Muffat replonge, abandonne le quatre nages pour la nage libre. Jusqu’au couronnement olympique. « Elle n’a jamais caché qu’elle avait travaillé pour ça, cette saison, confie-t-il. Pour la victoire et rien d’autre. Elle est récompensée de son investissement. Je suis assez fier d’elle. » Cette vie d’ascète qu’il impose à ses protégés a déjà payé quatre fois. Et si ce n'était qu'un début ? 

LP avec PT et JRi