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« Stravius a ce truc que la plupart n’ont pas »

Jérémy Stravius

Jérémy Stravius - -

Michel Chrétien, l’entraîneur du nageur picard, médaille d’or ex aequo du 100 m dos des Mondiaux de Shanghai avec Camille Lacourt, décrit la personnalité complexe de son protégé. Portrait d’un champion.

Il s’y est mis à 19 ans
« C’est un garçon qui a commencé la natation assez jeune. Il habitait en face de la piscine de Friville-Escarbotin. Il avait d’énormes qualités aquatiques au départ mais il aimait essentiellement jouer. Il a attendu d’avoir le Bac, à 19 ans, pour s’y mettre sérieusement. A ce moment, je me suis demandé ce qu’on allait faire avec lui. Je me suis même dit que c’était trop tard. Mais il s’est mis au boulot. C’est un garçon qui faisait deux à trois kilomètres par séance, deux fois par jour. Il a tenu le coup car il a d’énormes qualités physiques. Et puis c’est quelqu’un qui fait confiance aux gens qui s’intéressent à lui. Il est prêt alors à se livrer entièrement. Dans ces cas-là, il est très déterminé. »

Il a une grande force intérieure
« Il intériorise beaucoup. C’est un bloc, un solide. Même là, quand je suis allé le voir, il y avait la petite larme mais il reste très solide. C’est ce qui fait sa force car il est capable de libérer dans le sport toute l’énergie qu’il a en lui, toutes ces émotions. C’est pour ça qu’il ne lâche rien jusqu’à la fin. Il a ce truc que la plupart n’ont pas. Ça vient peut-être de son histoire perso (NDLR : il a été placé en famille d’accueil). Je crois qu’on se construit tous par rapport à une histoire. La sienne est particulière. Ça doit donner du sens à tout ce qu’il fait. C’est son parcours et si ça lui sert, tant mieux. »

Il n’aime pas être pris pour un fanfaron
« Quand il annonce quelque chose, il n’a pas envie de se planter et qu’on le prenne pour un fanfaron. Il a de l’ambition. Il faut juste lui faire prendre conscience de ça. Juste avant de partir, je lui ai dit que l’essentiel (la finale) était fait, que ce n’était que du bonheur et que tout pouvait arriver dans une finale. Je lui ai dit de rééditer son niveau de performance. On est revenus sur les points clés, je lui ai dit de se souvenir de ce qu’il avait fait et de le faire le mieux possible. C’est ce qu’il a fait et on voit le résultat. »

L’or ne change rien !
« Jérémy peut être un très grand champion et ça c’est une étape. On ne va rien changer, on va peut-être juste monter d’un cran pour l’année prochaine et on va continuer à se préparer comme on l’a fait. Avant de venir ici, on avait bien dit que ce n’était qu’une étape. Je rappelais à Denis Auguin tout à l’heure une anecdote. Il nous avait parlé de son expérience et nous avait dit : « Pour les Jeux, si on n’est pas dans les 10 aux Monde, c’est mal parti ». Alors moi je commençais à cogiter sur les 10, les 10, les 10. Bon, là, ça y est, c’est bon. Mais je me suis souvenu de ça. Pour moi, au départ, la réussite, elle était là. Figurer dans les 10 premiers mondiaux. »