RMC Sport

Yannick Agnel : un départ et des questions

Yannick Agnel

Yannick Agnel - -

Défi sportif, nouveau mode de vie, lassitude : plusieurs raisons peuvent expliquer la décision du double champion olympique de quitter Nice et Fabrice Pellerin pour s’exiler aux Etats-Unis, faisant ainsi une croix sur les épreuves individuelles des Mondiaux 2013.

On l’appelle le spleen post-olympique. Un concept psychologico-sportif où la sensation de vide rythme la vie des champions une fois les lumières uniques des Jeux éteintes. Laure Manaudou en avait souffert. Alain Bernard aussi. Tout comme Michael Phelps après Pékin. Nouveau membre du club dans les bassins ? Yannick Agnel. A 20 ans (21 le 9 juin), le double champion olympique 2012 –200 m nl et 4x100 m nl – quitte Nice et son entraîneur depuis sept saisons, Fabrice Pellerin, pour s’exiler aux Etats-Unis où il devrait intégrer une structure d’entraînement en septembre.

A deux mois des Mondiaux de Barcelone, où il ne disputera donc que les relais, la nouvelle star de la natation française fait (à court terme) une croix sur son ambition de titre mondial individuel. S’il avait déjà fait part de son envie de vivre un jour aux Etats-Unis, le timing de ce choix surprend. Il y a une semaine, après une absence de quelques jours, Agnel vient voir Pellerin pour annoncer sa volonté « de pratiquer ce sport de façon différente ». Le garçon, qui devrait s’exprimer mardi lors d’une conférence de presse, désire « prendre du recul et profiter ». Un break avant une nouvelle aventure qui pourrait prendre la forme d’une collaboration avec Bob Bowman, ancien mentor de Michael Phelps, avec lequel des contacts auraient déjà été établis.

Lucas : « Ces athlètes manquent de mémoire… »

« Yannick a démarré la saison avec le désir annoncé d’être champion du monde, a réagi Pellerin sur RMC. Ce n’était donc pas prévu qu’il tourne les talons à deux mois des Mondiaux. Être champion du monde, ce n’était pas la mer à boire… Mais il faut travailler un minimum pour réussir les choses. » Une phrase qui confirme l’idée d’une lassitude d’un rythme d’entraînement très poussé, jusqu’à Londres comme après. Souffler et lever le pied, donc. Découvrir un autre mode de vie, aussi, et privilégier cela à la mise en danger sportive. Tout à fait dans le style de ce garçon atypique, étudiant en école de commerce, très porté sur la littérature, qui pourrait se laisser tenter par la douceur de vivre et les structures optimales d’une université US. Mais cette décision ne fait pas que des heureux. A la Fédération, où son absence réduit l’ambition sur les Mondiaux. Chez les entraîneurs, également, avec un Philippe Lucas qui n’a jamais digéré l’épisode Manaudou et le revit à travers Agnel.

« Ces athlètes manquent d’éducation et de mémoire, a-t-il lancé sur RMC. Dans les autres pays, quand les gens réussissent, il y a un respect de l’entraîneur et du système qui les a portés. Phelps a travaillé dur pendant quatorze années, Yannick une et demie seulement ! En France, un titre change les hommes. Pellerin a construit Agnel. Un mec qui a du respect, il fait au moins un ou deux ans avec lui après les JO. Il peut faire des études après, on s’en fout… (sic). » Et Lucas d’enfoncer le clou avec des arguments ubuesques : « Le problème, c’est qu’Agnel est un intellectuel qui veut faire des études. Mais les études aux Etats-Unis, ce n’est que de la trompette. (…) Et même s’il est champion olympique à Rio, que va gagner son image aux Etats-Unis ? Il ne va pas avoir les mêmes retombées qu’en France. Il va vous dire : ‘‘ça ne m’intéresse pas’’. Mais quand vous arrêtez votre carrière, vous êtes content d’avoir des sous sur votre compte. » Agnel a préféré l’expérience de vie.

A lire aussi :

>> Pellerin : "Etre champion du monde, ce n'était pas la mer à boire..."

>> Agnel prend la direction des Etats-Unis

>> Philippe Lucas : "Yannick Agnel ? Un manque d'éducation"

Alexandre Herbinet