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18/05 Philippe Auclair

Le coup de chapeau doit être, évidemment, pour le Manchester United de Sir Alex Ferguson, en passe d’accomplir l’une des plus grandes saisons de l’histoire du football mondial – rien de moins. Les stats sont phénoménales: MU aura disputé 64 matchs lorsque le rideau tombera sur la finale de Rome. Même avec un effectif aussi riche que celui des red devils, tenir la distance est un exploit, quand on songe à l’énorme pression que Liverpool aura maintenu sur le champion jusqu’au bout. Et au bout de ces 64 matchs, peut-être 4 titres, si la Ligue des Champions vient rejoindre la Coupe de la League, la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA et la Premiership dans la collection du manager écossais. Une certitude: cette finale de Rome opposera bien les 2 géants de la saison, même si Chelsea n’est pas près d’oublier le hold-up de Stamford Bridge. Un mot sur le héros de la saison à Old Trafford: pour moi – comme pour Sir Alex, d’ailleurs -, ce doit être l’immense Nemanja Vidic. Ce n’est pas parce que le Serbe a loupé son duel avec Torres lorsque Liverpool a battu MU 4-1 chez lui qu’on doit oublier ce qu’il a apporté à son équipe: lucidité, énergie, agressivité, intelligence (continuez la liste!), et quelques buts presque toujours décisifs. Et dire que la défense de Domenech devra faire avec lui et Ivanovic sur les coups de pied arrêtés à l’automne...brrrr.

Une observation: cette saison est peut-être, dieu soit loué, celle des anti-stars. Dans un temps de crise, ce n’est peut-être pas une coincidence qu’on retrouve des valeurs qui n’ont pas de prix, parce qu’on ne peut pas les acheter. Ces anti-stars, ce sont, à United, Vidic (et Park, Fletcher, Carrick); à Liverpool, Alonso et Mascherano; à Aston Villa, Petrov; en Premiership, le Fulham de Roy Hodgson et de Danny Murphy, et l’Everton de David Moyes, à qui on doit souhaiter qu’il dispose un jour du club qui ait les moyens de faire s’épanouir pleinement son talent. A Barcelone, Iniesta, bien plus que Messi. En Allemagne, Wolfsburg. Aux Pays-Bas, AZ Alkmaar. Dans ce contexte, le projet d’un Perez (pardon, mon Fred!) parait aberrant. Kaka-Ronaldo-Ribéry-Villa...ce n’est pas du football, c’est un caprice de gamin qui veut baffrer tout le chariot des desserts quand il va au restaurant. Je ne lui souhaite qu’une chose: une bonne indigestion.

Wilson Palacios n’est pas qu’un superbe milieu de terrain qui, après avoir conquis Wigan, est devenu un incontournable de Tottenham. C’est aussi un homme dont la dignité devrait servir d’exemple. Lors d’une récente mise au vert des Spurs, il a appris, à 1 heure du matin, que l’un de ses frères, kidnappé par des gangsters, avait été assassiné – bien que la rançon ait été payée. Palacios, dévoré par le chagrin, est demeuré seul dans le lobby de l’hôtel jusqu’à 7 heures, lorsqu’il a enfin appellé son entraîneur Harry Redknapp. Il ne voulait pas déranger le sommeil et la préparation de son équipe...Redknapp, très ému par la délicatesse de son joueur, n’aura pas manqué de mettre en rapport la noblesse du geste du Hondurien et l’imbécilité de son défenseur central Ledley King, envoyé au trou après une altercation à la sortie d’une boîte de nuit (que c’est barbant, ces dérapages de footeux...), bourré comme un coing, alors qu’une blessure chronique au genou devrait lui interdire tout abus d’alcool. Pas vraiment besoin de commentaire, non?

Et bye-bye, West Brom. Vous nous manquerez. Tony Mowbray est resté fidèle à sa vision du football. Les Baggies ne mettent pas la semelle, ne garent pas le bus devant le but, jouent leur jeu, jouent le jeu. Au bout, hélas, la descente pour Marc-Antoine Fortuné et ses coéquipiers. Les cyniques diront que Bolton et Blackburn, ces machines à détruire, ont sauvé leur peau. Mais il y aura toujours 28 000 fidèles à Hawthorns en D2 l’an prochain, tandis qu’on comptera les places vides au Reebok et à Ewood Park. West Brom remontera en Premier League, et vite, poussés par des fans qui préfèrent voir du spectacle dans leur stade, et font toujours bloc derrière leur manager. Alors, bravo, les Baggies, et bonne chance.

Philippe Auclair