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25/05 Philippe Auclair

Qui croise-t-on sur la Croisette aujourd’hui? Les balayeurs. Dans les stades anglais aussi, à tel point que les journalistes attardés à L’Emirates ont dû emprunter l’entrée, ou plutôt la sortie des fournisseurs pour quitter l’enceinte à la clôture du festival. Mais nous n’avons encore attribué officiellement qu’un seul prix, celui du meilleur interprète, donné à Steven Gerrard, qui le recevra en personne vendredi prochain, lors du dîner de gala de la Football Writers Association. Un prix qui récompensait l’ensemble de son oeuvre plutôt qu’une saison, avouons-le, encore que personne ne criera au scandale. Mais pour le reste du palmarès? Voici un choix tout personnel.

La palme d’or: un seul candidat, écrasant. Sir Alex Ferguson, évidemment. 3 trophées au compteur, peut-être un 4ème dans deux jours. Comparez les photos de Fergie célébrant son 1er titre de champion d’Angleterre en 1993 avec celles prises aujourd’hui. Chaque ride en plus est comme une ligne ajoutée à la plus prodigieuse histoire contée dans le football anglais, et qu’il n’a pas fini d’écrire.

Prix spécial du jury: Roy Hodgson qui, après avoir sauvé Fulham de la descente le dernier jour de la saison passée, a, avec un budget de misère, mené le club si sympathique de l’ouest de Londres au meilleur résultat de son histoire (7ème du championnat), et à sa 1ère qualification directe pour la Coupe de l’UEFA/Europa League. J’ai eu la chance de passer une superbe après-midi avec Hodgson il y a quelques mois de cela, pour recevoir la confirmation de ce que je pressentais. Il n’est pas qu’un technicien exceptionnel, dix, cent fois plus apte à diriger un ‘grand’ club ou une sélection qu’un Allardyce ou un Redknapp. Il est aussi un homme intègre, chaleureux, cultivé (auteurs de prédilection: Roth, Updike, Kundera), un citoyen du monde qui parle 5 langues couramment (dont le Français), que ses joueurs admirent et respectent. Fulham joue bien, et parfois mieux que ça. Un conseil à ceux d’entre vous qui veulent faire l’expérience de la Premier League à Londres: allez à Craven Cottage, l’un des plus beaux stades du monde, les plus chaleureux aussi. Et où l’on trouve encore des tickets les jours de match!

Meilleur second rôle: Nicolas Anelka, et ce n’est pas diminuer son authentique exploit d’avoir fini meilleur goalscorer du championnat d’Angleterre grâce à un but venu d’ailleurs à Sunderland...et sans tirer les coups de pied arrêtés! Pourquoi ‘second rôle’, alors? Parce que Nico a fait dans la discrétion, et l’efficacité: presque un but sur trois de Chelsea porte sa griffe. Exceptionnel.

Meilleur rôle féminin: les Canonnières d’Arsenal qui, une fois de plus, ont tout emporté sur leur passage, Coupe, Championnat et le reste. Coup de chapeau à leur entraîneur Vic Akers, qui passe la main cet été. Et vous savez quoi? Il est bénévole.

Meilleure musique: ‘You’ll Never Walk Alone’, interprété par le Kop. Parce que Liverpool aurait fait un magnifique champion: meilleure attaque du championnat (77 buts), seulement 2 défaites (dont une contre Boro, grands dieux...), vainqueur écrasant de la mini-Ligue du Big Four (doublé sur MU, entre autres), et un jeu transformé, plus généreux, presque trop. Avec 86 points, les Reds auraient gagné le titre en bien d’autres saisons. Et si on donnait le prix du meilleur metteur en scène à Rafa Benitez? Des films comme les deux 4-4 (Chelsea et Arsenal), on voudrait en voir tous les jours.

Meilleur début: Andreï Archavine, un de ces footballeurs qui font rêver, et qui a réfuté la théorie selon laquelle les Russes sont ‘inadaptables’ en Angleterre. Le prochain Arsenal sera bâti autour de lui.

Meilleur monteur: David Moyes, capable de mener Everton à la 5ème place avec des bouts de scotch (il est écossais, non?). Tim Cahill avant-centre! Ca marche. Casser la tirelire pour Fellaini! Inspiration presque géniale. Et ce week-end, peut-être la Cup. Pardon aux supporters des autres Blues: à Wembley, je prierai pour qu’Everton la gagne, cette Coupe, et qu’on célèbre le travail de Moyes comme il a gagné le droit qu’on le fasse.

Le meilleur producteur: Steve Gibson, président de Middlesbrough. Malgré la relégation, il ne virera pas Gareth Southgate. Il s’inscrit dans la durée. Il aime son club, qui est vraiment ‘son’ club. Remontez vite, les gars, vous nous manquez déjà, comme West Brom. (Au fait, la D2 anglaise l’an prochain...ce sera énorme. Boro, Newcastle, West Brom, QPR, Forest, Wednesday, Derby, Coventry, Leicester...du très, très lourd).

Le navet de l’année: Newcastle. La descente des ‘code-barres’ (j’adore ce surnom) est une catastrophe, et pas seulement pour leurs supporters. La Premier League perd l’un de ses meilleurs stades, et l’un de ses publics les plus chauds. Cela dit, Newcastle l’a bien recherché. Shearer manager? Au fou!

Meilleur son: le Britannia Stadium de Stoke City. Il faut les entendre beugler le ‘Delilah’ de Tom Jones, leur chanson-fétiche. Grâce à cet ouragan de décibels (ok – et aux touches de Rory Delap), l’équipe la plus limitée (techniquement) de la Premiership a assourdi la pluparts des visiteurs.

Mais voilà – The End – le film est terminé. Vivement la prochaine séance.

Philippe