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Analyse du match de l'Italie par Didier Mengo

Retour à "froid" sur le match des hommes de Prandelli

La tension qui avait précédé ce début dans l'Euro de l'équipe d'Italie a, sans aucun doute, porté Cesare Prandelli à exprimer seulement partiellement son état d'esprit après le nul obtenu contre l'Espagne. Mais la satisfaction de l'entraineur italien était évidente, ce qui semble particulièrement justifié.

L'Italie a fait 70 minutes d'excellente facture. Les risques pris, souvent contraint par les circonstances (absences, blessures, …) ont payé. Passer en 3-5-2, contre l'Espagne, alors que pendant 2 ans Prandelli avait travaillé, insisté, peaufiné une mise en place tactique complétement différente, était un acte courageux de la part de Prandelli. Mais aussi un signal fort envers ses joueurs après la défaite 3-0 en amical face à la Russie. « Rien n'est figé, personne n'a une place garantie et moi aussi je n'hésite pas à me remettre en cause. Mais je vous fais confiance pour répondre, sur le terrain, aux critiques et inquiétudes légitimes des tifosi ».

Bien sur tout n'a pas été parfait dans ce match, mais l'Italie a réussi son entrée dans l'Euro, chose que pas grand monde pouvait envisager il y a encore quelques jours.

Le mieux est de faire une analyse joueur par joueur.

Buffon : 3 interventions miraculeuses sur Fabregas, Iniesta puis Torres. Pour ceux qui l'avaient oublié, Buffon reste un des meilleurs gardiens du monde, qui, en l'occurence, a démontré une nouvelle fois une sacrée force de caractère face à la pression.

La défense à 3

De Rossi: Monstrueux, tout simplement monstrueux. Avec la Roma, il avait déjà joué en défense mais là la pression était énorme. Il interprète son rôle d'une manière magistrale, dans la phase défensive version gladiateur et dans la relance digne d'un grand milieu de terrain qu'il est. Et pourtant, ce n'est pas un défenseur, pour preuve une mauvaise lecture (sans conséquence) d'un hors-jeu devant Torres.

Chiellini: heureusement qu'il ne pouvait pas être à 100% après 3 semaines d’arrêt ! Qu'est-ce que cela aurait été sinon ! A mon avis, dans un style la hargne à la Inzaghi, il était tellement concentré dans son match que dans les couloirs des vestiaires après le match il a continué à marquer Fabregas à « la culotte ». Dommage simplement que sur le but espagnol il ait perdu le contact.

Bonucci: Bon début de match, plus compliqué en seconde période. On sent, quoi que l'on veuille bien dire, qu'il ressent la pression due aux événements extra-footballistiques. Il s'en sort parce que l'adversaire au début n'a pas de vrai avant-centre, mais il ne rassure jamais vraiment. Si Barzagli était disponible, sa place serait remis en cause.

Les 2 latéraux

Maggio: pour l'avoir vu jouer très souvent avec Naples, c'était son cousin qui jouait contre la Russie, il n'y a pas d'autres explications. Il est vrai que Naples joue à 3 derrière et que dans ce rôle de latéral droit plus haut il trouve sa pleine plénitude. Il a beaucoup du batailler face à des espagnols qui poussaient énormément de son coté (l'expérience ne lui a pas manqué dans les moments chauds !!!) mais le match de la Russie est désormais un lointain souvenir. Par contre, cela impose à Prandelli d'insister sur la défense à 3 car ni lui ni Abate n'offrent de garanties suffisantes à droite dans une mise en place à 4 derrière.

Giaccherini: première titularisation en équipe d'Italie, dans un rôle qui n'est pas le sien, et même pas peur ! Ça était un peu du bricolage dans certains moments, mais globalement il a donné entière satisfaction. Prandelli, quand l'Italie souffrait vraiment en fin de match, aurait pu assurer ses arrières avec un vrai défenseur comme Balzaretti mais il a, à juste titre, maintenu sa confiance au jeune joueur de la Juventus.

Le milieu à 3

Marchisio: vous l'avez trouvé bon Xabi Alonso ? Moi non, et essayez de comprendre pourquoi. Ce joueur a une classe énorme, son action en fin de match en est la meilleure démonstration. Dommage qu'il soit « cramé » au moment de conclure.

Pirlo: un peu moins en vue que ce que l'on pouvait attendre, moins précis, moins influant dans le jeu. Mais il justifie billet du match + salaire + prime de matchs + abonnement pour la prochaine saison à Turin avec son ouverture en profondeur lumineuse sur l'ouverture du score. Face à la Croatie où il n'aura pas à supporter la comparaison avec Xavi, on attend un grand Pirlo.

Thiago Motta: match généreux, beaucoup de substance. Entre l'impression première qu'il n'a pas fait un grand match et la réalité d'une influence certes peu éclatante mais constante et fondamentale, il n'y a qu'un pas que je franchis bien volontiers.

Les 2 attaquants

Cassano: il est loin de son meilleur niveau du fait d'une condition physique encore insuffisante, mais on ne peut rien lui dire sur l'état d'esprit. Sur un simple coup de génie il peut faire basculer le match (voir l'assist à Thiago Motta). Son apport va être en constante augmentation, Prandelli peut compter sur lui.

Balotelli: Malchanceux sur un penalty non sifflé qu'il avait été chercher tout seul, lent et peu concentré sur une action de but incroyable, il accuse le coup en étant remplacé immédiatement. Son match est globalement décevant, son attitude collective loin d’être irréprochable. Mon impression est qu'il va cependant revenir encore plus motivé, d'autant plus qu'il a le soutien de Prandelli et de ses compagnons. La balle est dans son camp, cet Euro doit être l'occasion de son explosion définitive (sans mauvais jeu de mot!)

Les remplaçants

Di Natale: quand tu as déjà marqué 35 buts dans ta saison, je ne vois pas en quoi le numéro 36 puisse surprendre. Ce mec a un sens du but incroyable, avec lui la phase finale d'une action semble d'une simplicité déconcertante. Y compris donc avec la Nazionale. Je ne vois pas comment Prandelli va pouvoir le laisser sur le banc contre la Croatie.

Giovinco: sa vitesse d'exécution, sa capacité de faire sauter des verrous défensives adverses peuvent s'avérer décisives en fin de match. Indispensable comme réserve.

Nocerino a joué trop peu pour être jugé

Conclusion : l'Italie s'est rassurée, est bien dans son Euro, mais attention, il faudra rester concentré pendant 90 minutes face une redoutable équipe de Croatie et il reste à prouver que physiquement l'Italie soit en mesure de le faire avec « seulement » 3 jours de repos.