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Didier Mengo - 04/07: "La future équipe d'Italie...."

Ave Cesare ! Prandelli nous a expliqué comment sera sa squadra azzurra ...

Marcello Lippi est rentré (plus tôt que prévu) dans sa Versilia adorée, a largué les amarres et cherche dans le bleu de la méditerranée un réconfort que certains tifosi a priori ne souhaitent pas lui concéder, tout du moins pour le moment. Au détour d'une escale sur l'ile du Giglio, le désormais ex-entraineur de la squadra azzura a été pris à partie par des tifosi furieux après la piètre expédition sud-africaine. Certes les choix de Lippi font débat mais il me semble quand même que certains oublient un peu vite que ce même Marcello Lippi, il y a quatre ans, était le maestro incontesté d'un titre mondial.

Pendant ce temps à Rome, Cesare Prandelli était présenté officiellement aux médias dans une salle de presse du Stade Olympique remplie à bloc pour l'occasion. Et pendant une bonne heure, on a eu un avant goût assez précis de ce que devrait être le style Prandelli. Lors de l'été 2004, après un parcours brillant à Parme, il est nommé à la Roma. Mais fin Aout, il annonce sa démission en expliquant qu'il ne serait pas honnête de sa part de continuer à recevoir un salaire (très important) alors qu'il ne pourrait garantir un engagement psychologique total pour honorer son contrat (sa femme est très gravement malade et décèdera quelques mois plus tard). Depuis ce jour là, cet homme est, à juste titre, très respecté pour ses valeurs humaines (et pas seulement ses qualités d'entraineur). On en a eu la démonstration lors de la conférence de presse.

Le ton est modéré, les réponses aux demandes sont claires, le regard dans les yeux des journalistes est sincère. Prandelli explique la vision de sa mission:

1/ malgré l'aventure négative en Afrique du sud, tout n'est pas à jeter; l'Italie a été championne du Monde il y a 4 ans et il compte s'appuyer sur l'envie de jouer pour l'équipe d'Italie que Lippi a insufflé auprès des joueurs (un vrai changement)

2/ la base de réflexion pour sélectionner un joueur sera la méritocratie; on ne convoque pas quelqu'un pour le remercier de ce qu'il a fait par le passé (gros reproche fait à Lippi sur des joueurs du groupe 2006 qui ont été convoqué alors qu'ils étaient cramés !); on le convoque parce qu'il est performant avec son club.

3/ finie l'époque des blocs issus d'une équipe (la Juventus pour Lippi). La seule option qui lui semble intéressante serait par exemple d'associer une charnière en défense centrale qui joue ensemble en club car travailler les automatismes est difficile en équipe nationale. On peut donc penser que pour les premiers matchs, Bonucci qui vient de signer à la Juventus sera associé à Chiellini.

4/ avoir une attitude d'entraineur et pas seulement de sélectionneur pour renforcer sa main mise et sa crédibilité auprès des joueurs. Bref, si Cassano est performant en club, il le convoquera et prendra ses responsabilités dans la gestion du groupe en affirmant sa position de chef (Lippi refusait de devoir faire de la gestion de groupe et donc ne prenait pas le risque de convoquer certains joueurs).

5/ aucune objection de principe à convoquer des joueurs dits « Oriundi », c'est à dire des joueurs non italiens mais qui grâce à leurs origines obtiennent aussi un passeport italien. Après l'argentin Camoranesi, les « brésiliens » Amauri et Taddei, l' »argentin » Ledesma sont ainsi, entre autres, concernés. Là encore, Prandelli affirme la méritocratie comme unique paramètre de sélection.

6/ l'Equipe d'Italie doit être une « institution » où tout le monde travaille ensemble et se respecte mutuellement. Il affirme son envie d'être au contact permanent avec la fédération (il a d'ailleurs annoncé qu'il aura son bureau au siège de la Fédération ce qui n'était pas le cas de ses prédécesseurs). Il veut travailler avec les clubs pour concorder des périodes de mini-stages. Et surtout il s'est mis totalement à la disposition des tifosi et des médias pour créer les conditions d'un échange permanent et transparent.

7/ d'un point de vue des objectifs, il veut que le groupe qui naitra pendant les qualifications pour le championnat d'Europe 2012 soit de nature non seulement à se qualifier mais à trouver la maturité nécessaire pour affronter ensuite la compétition. Faire des résultats est la conséquence logique d'un processus de progression du groupe (NDLR: parole d'entraineur).

Voilà, toutes les conditions semblent donc réunies pour que Prandelli fasse du bon boulot, que ses interlocuteurs (fédération, clubs, médias, tifosi) le laissent travailler car ils lui font confiance. Ensuite on sait très bien que la culture du résultat est telle ici en Italie que des faux-pas ne lui seront pas pardonnés très longtemps. Mais aujourd'hui Prandelli n'est pas selon moi le nouvel entraineur de l'équipe d'Italie parce que les « grands noms » n'étaient pas disponibles. C'est un choix serein et astucieux.

Didier Mengo