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Philippe Auclair 18/01

L’équipe de la seconde moitié de saison en Angleterre sera Everton. Curieux de dire cela alors que, une heure avant que Fellaini et les siens ne pénètrent sur la pelouse de Goodison, Chelsea avait quitté celle de Stamford Bridge sur un nuage, après avoir passé sept buts à Sunderland. Nicolas Anelka, plus serein que jamais, souriant, souverain, avait atteint 10 buts pour la saison. Didier qui? C’était à peine une exagération, tant Anelka avait su ‘mener la ligne’ avec cette fausse simplicité qui nait de l’harmonie entre contrôle et imagination. Malouda n’avait pas été mal non plus, Raymond. Ballack, superbe, et Ashley Cole avait frisé le génial.

Un week-end en bleu, donc; mais celui des Toffees était encore plus saisissant que celui des ‘Pensioners’ d’autrefois. Chelsea a tiré la queue à des Black Cats à qui on avait enlevé les griffes. Quatre défenseurs centraux indisponibles, ça fait beaucoup – sans parler de l’épatant Lee Cattermole. Manchester City, par contre, arrivait armé de mauvaises intentions. Mais les deux visiteurs sont repartis la queue entre les jambes.

Si vous êtes des habitués des Drôles de Dames (et de Larqué-Foot), vous savez peut-être que Roberto Mancini ne figure pas vraiment dans mon hit-parade des grands entraîneurs. Le personnage m’inspire une antipathie viscérale. Le noeud trop parfait de son écharpe. Ses mèches de playboy sur le retour. Et surtout, l’estime qu’il se porte si visiblement à lui-même. Quand c’est Mourinho, on pardonne; il y a les titres, pas gagnes sur le tapis vert ou avec l'equipe d'un autre, et le charme. Mancini, lui, est de ces faux charmeurs qui posent trop de questions à leur miroir, et s’entendent toujours répondre qu’ils sont les plus beaux. Il fut un joueur magnifique; il a été le plus chanceux des managers. Mais samedi soir, il est tombé sur plus costaud que lui. Everton, ce diesel, a atteint sa vitesse de croisière trop tard pour taquiner le Top 4, mais assez tôt pour jouer les juges de paix en Premiership – et, selon moi, figurer parmi les favoris de la Ligue Europa.

La bande à Moyes ne manque pas de vrais héros, de joueurs qui sont le pôle opposé du frauduleux Robinho, sorti du terrain (sorti d’Angleterre?) à l’heure de jeu, ce qui ressemblait à un acte d’euthanasie. Fellaini, Pienaar, Cahill – bravo. Et bravo Louis Saha. Raymond, comment peut-on être aveugle à ce point? Que faut-il que ‘Ti-Louis fasse pour que la France se souvienne de lui?

Et que faut-il pour que les commentateurs anglais prennent enfin Arsenal au sérieux? Bolton, revigoré par l’arrivée de l’excellent Owen Coyle, a secoué les Gunners, comme d’habitude. Les blessures – que de blessures à L’Emirates! – de Ramsey et de Nasri ne facilitaient pourtant pas les choses; mais Arsenal a tenu bon face au bombardement de sa surface, avec un Fabregas...mais vous le connaissez suffisamment, le Cesc, pour ajouter l’adjectif. Dans sa position, hybride de no.8 et de no.10, il est le meilleur du monde. Iniesta-Xavi, c’est un duo magique; Fabregas, c’est un soliste entouré d’accompagnateurs. Voilà la différence. Il est vrai qu’Arsenal n’arrive toujours pas à se débarrasser d’une certaine fragilité qu’on ne lui pardonnera que parce qu'elle est la conséquence d’une volonté irrépressible d’aller de l’avant, sur tous les ballons. On s’inquiétera aussi de certains relâchements individuels et collectifs: Diaby a énormémement progressé, au point d’être aujourd’hui une meilleure solution que le surcoté Lassana Diarra chez les Bleus – un avis que je ne suis plus le seul à partager, comme disait l’autre. Mais Abou a encore des moments d’amnésie dans son jeu, des prises de risque injustifiables dont il doit se débarrasser pour devenir ce que Wenger pense qu’il peut devenir depuis si longtemps. Pas un nouveau Vieira, non: Vieira était d’abord un défenseur; Diaby est plus créatif, mais n’a pas encore le coffre du grand Pat, ni son aura.

On sait en tous cas que ce championnat se jouera entre 3 équipes, pas plus. Les points perdus ce week-end par Tottenham, Villa et (ajoutons-les pour le forme) Liverpool ont grandement décanté la situation. Je n’ai jamais cru à City et n’y crois pas plus aujourd’hui. Rien de surprenant dans cela. L’énigme est ailleurs, et elle a pour nom Manchester United.

On m’a ri au nez quand j’ai commencé à parler des problèmes financiers de MU à l’automne. On a aujourd’hui la preuve qu’ils sont colossaux. Inviables, ingérables. Sir Alex est assez grand pour manoeuvrer le gouvernail de ce bateau ivre, mais pour combien de temps? Nous en parlerons tout à l’heure.

Pour finir, le XI du weekend (4-1-3-2):

Myhill – Ivanovic, Carvalho, Knight, A. Cole – Fellaini – Ballack, Fabregas, Pienaar – Anelka, Saha

Subs: Green, Baines, Vermaelen, Malouda, N’Zogbia, Eduardo, Berbatov.

Philippe