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Philippe Auclair, 18 avril

City surprend United - et tout le monde...Arsenal decoit encore, mais, ca, ce n'est plus une surprise...

De retour de Wembley, tout à fait par hasard, je suis retombé sur le grand Brian Glanville, quitté une heure plus tôt à la sortie du stade. Le métro londonien les week-ends, merci bien. Au moins avais-je eu la chance de m’engouffrer de justesse dans un wagon, et de tomber ainsi sur mon mentor au milieu d’une rame bourrée de supporters en maillot bleu ciel. Ceux-là étaient bien calmes, d’ailleurs, épuisés sans doute par la ferveur qu’ils avaient montrée quelques heures plus tôt. L’un d’entre eux s’adressa à nous: ‘on attendait ça depuis tellement longtemps’, dit-il. Evidemment: 1976, la Coupe de la League, 1981, la finale perdue face aux Spurs de Ricky Villa. Pour un Citizen, la première vertu est la patience, la seconde, le sens de l’humour, la troisième, l’optimisme. Parlant aux joueurs – Vieira, Kompany, Touré – après le match, l’une des choses les plus frappantes était combien ils avaient conscience, ces multimillionaires, de ce que cette victoire signifiait pour leurs fans. City avait surpris United, et surpris tout le monde, à la régulière. Car ce n’est pas sur un fait de jeu ou sur une erreur d’arbitrage que les Citizens ont gagné leur ticket pour le paradis, qui reste à valider, d’ailleurs. En 1926, la dernière fois qu’ils avaient retrouvé United en demi-finale, ils avaient perdu le match qui compte plus que tous les autres face à Bolton. Ce sera un étonnant Stoke (étonnant par la qualité de son jeu, en particulier), et pas les Trotters qui seront face à eux cette fois-ci. Et ce ne sera pas de tout repos pour le groupe de Mancini, même s’il a prouvé qu’il pouvait gagner sans Tevez.

On cherche toujours des raisons, des explications, des ‘enseignements’. Pour les raisons, on pouvait commencer par interroger la feuille de match, sur laquelle Ryan Giggs ne figurait même pas parmi les remplaçants. Rooney était suspendu pour quelques ‘**** off’ adressés à toute l’Angleterre via un cameraman de Sky. Le Chicharito était sur le banc. Autant dire que les trois principaux architectes d’une victoire quasi-parfaite sur Chelsea en Ligue des Champions étaient absents, alors que Mancini, qui avait balancé le match de City à Liverpool cinq jours plus tôt, pouvait compter sur un régiment frais et – après un gros quart d’heure très difficile – à la hauteur de ce qu’il espérait. Enorme Yaya Touré, énorme Vincent Kompany, énorme Nigel de Jong. Et Joe Hart est revenu au top de sa forme; l’homme du match, ce fut lui. N’était sa parade extraordinaire face à Berbatov en tout début de match, City aurait sombré.

Pour ce qui est des ‘enseignements’, je n’en ai retiré aucun pour les semaines à venir, si ce n’est que les pronostics, thank you very much, et je n’en ferai plus, pas de ce type en tout cas. Personne n’avait lu ce match comme il convenait. Combien l’aurions-nous pu, quand le script n’était pas celui qu’on croyait? Sir Alex crut pouvoir faire la différence en faisant tourner, il se trompa. Ah, si Berbatov...mais Berbatov loupa ses deux occasions, et on pouvait effacer le tableau noir.

Pour la moitié bleue de Manchester, ce fut une journée de rêve; pour la rouge, un rappel que rien n’est écrit d’avance, une leçon d’humilité, qui sera retenue, j’en suis persuadé. Pour ceux qui doutent que la Cup compte encore, regardez à nouveau ce match, et surtout, ré-écoutez-le. Une ambiance pareille a quelque chose de miraculeux, et le nouveau Wembley, moitié rouge, moitié bleu, avait rarement paru aussi beau.

Quel contraste avec mon match du lendemain, à l’Emirates! L’ambiance est plus que morose du côté des Gunners. La mémoire de Danny Fiszman, célébrée avec une grande dignité par les deux groupes de supporters (qui se sont aussi souvenu des 96 victimes de Hillsborough, auxquelles justice n'a toujours pas ete rendue), méritait mieux que le piteux spectacle offert par l’équipe d’Arsène Wenger qui, après avoir fait illusion pendant une demie-heure, est vite retombée dans ses travers habituels. Imagination. Niet. Créativité. Zéro. Confiance. Au sous-sol. Désir du combat. A la limite du scandaleux. Arsenal n’a pas marqué un but sur une action de jeu à domicile depuis le 2-0 contre les Wolves, en février. On s’est à ce point fixé sur les boulettes d’Almunia, le retour de Lehmann, le quiproquo Szczesny-Koscielny à Wembley (sans parler du pétage de plombs d’Eboué hier, Eboué dont j’ai évidemment fait mon boulet du week-end) qu’on oublie que c’est de l’autre côté du terrain que rien ne va plus à Arsenal. Le champagne est éventé. On n’improvise plus, on répète les mêmes gestes mille fois, bref, Arsenal est devenu stéréotypé, et facile à contrer, comme Blackburn et Sunderland, pourtant en chute libre, l’ont fait ces dernières semaines.

Fabregas a visiblement la tête ailleurs, encore qu’on voit mal comment Barcelone (dont la relève est prête à la Masia) pourrait casser sa tirelire pour le faire venir au Camp Nou, vu sa forme actuelle. Robin van Persie a quelque chose d’exaspérant en ce moment, et est incapable de travailler avec Walcott, très vif en début de match, et dont les centres pourtant prévisibles n’ont jamais été anticipés par ses coéquipiers. Quelqu’un va-t-il enfin comprendre et s’arracher pour couper au premier poteau, comme Freddie Ljungberg le faisait, par exemple? Qu’en pensait Stan Kroenke, présent dans la tribune présidentielle?

Mais je ne veux pas encore m’appesantir sur des Gunners dont j’ai déjà beaucoup parlé ces dernières semaines, et dont il n’y a hélas rien de nouveau à dire, si ce n’est que le moment est venu d’opérer des changements majeurs dans ce groupe et dans la politique de recrutement du club. Le wengerball plafonne. Causons plutôt de Liverpool, qui fait un parcours étonnant contre les ‘grosses’ équipes du championnat, n’est-ce pas, Chelsea? N’est-ce pas, Manchester United? Ces reds, ne l’oublions pas, se présentaient à Londres sans Agger, Johnson et Kelly, et ont ensuite perdu Carragher (qui va beaucoup mieux, je vous rassure) et Aurelio sur blessure. Pour finir avec un back-four Flanagan-Skrtel-Kyrgiakos-Robinson...Age combiné des latéraux, 35 ans! J’ai adoré l’entrée en jeu de Robinson, qui, à 18 ans, faisait son début en Premiership, et face à Walcott. De quoi être terrifié pour un garçon qui n’avait joué jusque là qu’une rencontre de League Cup insignifiante, il y a presque deux ans de cela. Dalglish, au moment de le lancer dans le main, lui a adressé une blague avec un grand sourire, et Robinson a ri lui aussi. Ca, c’est du man-management! Du coup, complètement relax, le jeunot a disputé un match impeccable.

Liverpool était venu chercher le nul, et l’a mérité. Il n’y a aucune honte à cela. Pour les visiteurs, entendons-nous. Car pour les hôtes, il en allait tout autrement.

Ayant eu un week-end et un lundi hyper-chargés, vous me pardonnerez d’en rester là pour le moment; j’essaierai de répondre à vos questions en début de soirée. J’imagine que beaucoup auront trait à ce qui suit: Torres qui ne marque toujours pas, Drogba énorme, Bale élu joueur de l’année de la PFA, Everton qui se réveille au printemps, comme d’habitude, Blackpool qui sombre, Wigan qui y croit, Villa presque sauvé, sans oublier QPR, à 90 minutes de la Premier League ce soir...Enorme actualité, ce n’est pas un after qu’il nous faudrait, c’est l’antenne pendant toute une journée!

A très vite, donc.