RMC Sport

Philippe Auclair - 2 Mai 2011

Le suspense ira bien jusqu’au bout...

Etablir le calendrier de la Premier League est un processus beaucoup moins simple qu’il y parait; les algorithmes utilisés par ses programmateurs sont, parait-il, d’une complexité effrayante. Tout doit être tenu en compte – les déplacements des supporters, l’impossibilité d’organiser plusieurs matches dans la même ville le même jour, les impératifs des services de sécurité, etc, etc. Force est d’admettre qu’ils ont fait de la belle ouvrage en 2010-11. Le scénario est –presque – parfait. Presque seulement. Car pour qu’ile le fût vraiment, il faudrait qu’Arsenal soit encore dans l’échappée de tête, alors que, même après un succès mérité contre Manchester United, ils ressemblent plutôt au troisième larron qui s’est réveillé trop tard dans l’ascension du dernier col. L’effort est louable, il a du panache, mais, sur la ligne d’arrivée, il ne signifiera qu’une place sur le podium (ce qui n’est pas rien), pas sur sa plus haute marche (ce qui est tout). Et tout cela parce que contre Liverpool, Tottenham et Bolton, les Gunners ont laissé s’évanouir des avantages qui, s’ils les avaient exploités, les placeraient aujourd’hui en pole-position. Mais cela, c’était hier, et les regrets n’y changeront rien. Ce n’est pas à Stoke, où Arsenal se déplace le week-end prochain, que se jouera le titre; c’est à Old Trafford – là où, il y a un an, Chelsea avait fait un pas décisif dans sa conquête, en s’y imposant 2-1. Mais que ce fut compliqué pour qu’on en arrive là...

J’ai eu le grand privilège de suivre les deux chocs de ce week-end aux premières loges. Pour beaucoup d’amoureux du football, où qu’il soit joué, je crois que ces deux matches (comme le Spurs-Arsenal de la semaine passée, qui a touché au sublime) auront permis de faire passer le goût plus qu’amer laissé par la bataille du Bernabeu. Et cela, malgré la controverse créée par un arbitrage à la limite du compréhensible dans les deux cas, et qui, j’en ai peur, a faussé la donne pour le dénouement de cette saison si imprévisible. La plus grande victime en a été Tottenham, hélas. Je dis ‘hélas’, non pas parce que j’aurais quoi que ce soit contre Chelsea, qui n’a ni truqué, ni triché, mais a, bien au contraire, montré beaucoup de caractère. Mais parce que s’il est bien une équipe qui mérite de jouer la Ligue des Champions de 2011-12, c’est bien celle de Harry Redknapp, pour tout ce qu’elle nous a donné, et nous donne encore; et pour l’élégance et le fair-play dont cet entraîneur a encore fait preuve à Stamford Bridge samedi après-midi. Tout comme Ancelotti, d’ailleurs, ce qui ne surprendra personne.

Bravo, ‘Arry, pour vous être refusé à fustiger des arbitres qui ont eu tout faux sur les deux décisions qui ont fait tourner le match à l’avantage des Blues. Redknapp a ses défauts (Dieu sait que je les ai souvent relevés), mais il demeure, fondamentalement, un homme attaché aux valeurs fondamentales du jeu. Il s’en est pris aux instances qui refusent d’aider le corps arbitral en acceptant le recours à la vidéo pour des raisons qui n’en sont pas, pas aux hommes qui tâchent de leur mieux, en toute honnêteté, d’appliquer les lois du football. Tottenham et son manager sont sortis grandis de cette défaite, et l’une des meilleures nouvelles de la saison est qu’on a retrouvé des Spurs dignes de leur magnifique passé, joueurs en diable, et sans cynisme. On aimerait les voir en Europe l’an prochain, mais ils est malheureusement probable que même un bon résultat contre Man City le 10 mai ne suffira plus.

Ne fustigeons pas Chelsea pour autant. Les joueurs de Chelsea, s’ils gagnent à Old Trafford, seront sans doute champions, et ne le devront qu’à eux-mêmes, pas à des faits de jeu, aussi cruels soient-ils. Ancelotti, toujours aussi digne, est parvenu à maintenir le cap. Neuf matches, huit victoires, un nul: les Blues, même hoquetants, demeurent l’équipe en forme de ce championnat. On dit que le courant ne passe plus entre l’entraîneur et certains de ses cadres, dont Didier Drogba. Cela se devine à certaines attitudes sur le terrain. Des bras ballants, des hochements de tête. Mais quand il faut être là, au pied du mur, pour l’escalader, les Blues répondent présent. A 15 points de United il n’y a pas si longtemps, ils passeront en tête de la Premiership s’ils gagnent à Manchester dimanche. Qui l’eût cru? Moi et quelques autres, un peu, mais du bout des lèvres, par politesse, dirais-je. Chelsea nous l’a rendue depuis plusieurs semaines, et de belle façon.

Arsenal. Voilà un pays dont nous avons déjà fait le tour, et pas qu'une seule fois. Le résultat de dimanche ne change absolument rien aux enseignements de nos visites. Samedi matin, dans les paris RMC, Rolland et moi nous sommes avancés pour prédire une victoire des Gunners, on ne peut plus typique dans ces circonstances. Après tout, des équipes du Top 10, quelles sont celles que United a battues à l’extérieur? Une seule, Stoke City. Ce match, qui plus est, était pris en sandwich entre deux manches d’une demi-finale de Ligue des Champions. OK, Schalke 04, c’est...pas grand-chose. Mais 90 minutes pèsent dans les crampons. Il faut faire tourner. Faire des paris. Songer aux matches à venir. Et contre des Gunners revanchards en diable, Ferguson n’a pu gérer comme à son habitude. Je dirais d’ailleurs qu’il s’en sort bien. Vidic méritait un rouge direct pour sa main, qui l’aurait privé du match contre Chelsea dans une semaine.

Côté Gunners, certains joueurs souvent discutés ont sorti leur performance la plus pleine de la saison: Clichy et Koscielny, par exemple. Szczesny a confirmé tout le bien qu’on pense de lui. Wilshere, pourtant fatigué, a été énorme, et van Persie a abattu un travail énorme dans un rôle ingrat de pivot qu’il n’est pas. Archavine a taclé comme un malade après la sortie sur contracture à la cuisse (bénigne) de Samir Nasri. Et Aaron Ramsey a fait chaud au coeur, tout simplement. Il offre à Arsenal tout ce que Diaby, tellement plus doué, ne sait pas donner: du sérieux, de l’application, du désir, surtout. Toujours prêt à recevoir le ballon, toujours prêt à le distribuer sans chichis, il sait aussi jaillir, comme il l’a fait sur son but. Arsenal a besoin de joueurs comme Ramsey et Wilshere. Ils étaient là dimanche, ils seront là demain, et pour longtemps encore. Cette équipe est névrosée, certes, mais convalescente, et se portera comme un charme si le Dr Wenger trouve enfin un remède.

Ailleurs? Mon coup de chapeau hebdomadaire à Roy Hodgson s’impose à nouveau. Qu’il ait été ‘the wrong man, at the wrong place, at the wrong time’ à Liverpool, où on lui a demandé de surfer sur une planche savonnée par d’autres, ne peut être questionné. Mais que tous ceux qui doutent de ses capacités examinent de plus près le parcours de West Brom. Nous parlerons ensuite. Et qu’on ne me parle pas de ‘petite équipe’. Qu’est-ce qu’un ‘grand’ joueur qui choisit d’ignorer les consignes de son entraîneur, et de se désolidariser par principe de son projet?

Liverpool, certes, va mieux. On applaudira Dirk Kuyt, le fidèle, qui en est à quinze buts désormais, et a ajouté une passe décisive à son capital. On se réjouira de revoir des reds qui y croient à nouveau. Mais pourquoi diable ont-ils cessé d’y croire? Après tout, Suarez excepté, tous étaient là l’automne dernier. Mais combien justifiaient-ils leur présence, leur salaire? Etonnant, tout de même. Liverpool tourne sans Gerrard, Arsenal fait sans Fabregas. Non, le football n’est pas un sport individuel. Il est des truismes qu’il fait bon rappeller.

Le dernier mot sera pour un couple, composé de Neil Warnock et d’Adel Taarabt. Plutôt improbable, celui-là, si ce n’est que tous les deux sont aussi dingos l’un que l’autre. Bien sûr, une ombre pèse toujours sur QPR, ‘champion’ de D2 après sa victoire 2-0 à Watford. Que la FA impose une déduction de points aux Hoops cette semaine, et leur magnifique parcours pourrait s’achever dans un cul de basse-fosse. C’est peu probable, dit-on. Mais si cela se produisait, cela ne retirerait rien à ce que ces deux hommes ont montré: un brin de génie, dans le management humain et avec un ballon au bout du pied. Ce Championship a été magnifique, et nous réserve encore, j’en suis sûr, quelques tours à sa façon. QPR, malgré ‘l’affaire Faurlin’, est un champion digne de cette compétition qui attire plus de spectateurs, toutes affluences confondues, que la Liga, la Serie A ou la Ligue 1, et qui en dit si long sur la vraie santé du football anglais, qui est éclatante, parce qu’elle plonge au plus profond des racines de la culture d’un peuple.

Comme conclusion, je ne peux pas trouver mieux.