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Philippe Auclair - 20/09

Le weekend de Premier league, bien sûr – mais aussi pourquoi Philippe nous envoie son billet de...Russie

Eh oui, c'est de Russie que vous dis bonjour, ou bonsoir...de St Pétersbourg, pour être précis, la Venise du nord. C’est vrai qu’un café dans l’un des hôtels de luxe de la perspective Nevski coûte aussi cher que sur une terrasse de la Place St Marc. Voire plus.

Mais je ne suis pas en Russie pour faire du tourisme – à moins que l’on parle de tourisme de football, au sens propre. J’ai été invité, en compagnie d’une grosse douzaine de journalistes venus du reste de l’Europe, mais aussi de Colombie, du Brésil ou du Nigéria, à évaluer la candidature de la Russie à l’organisation du Mondial de 2010. Vous devinez le programme – visite de stades, un bout de match, briefings, interviews et tutti quanti. Et tout au long de mon séjour, à partir de demain, je tiendrai un journal que vous pourrez retrouver chaque jour sur ce blog. Vous savez sans doute que c’est le 2 décembre que la FIFA décidera quels seront les pays-hôtes des Coupes du Monde de 2018 et 2022. Dans le cas de la première, un duel Angleterre-Russie, avec l’Espagne et le Portugal comme juge de paix. Et croyez-moi, il y a beaucoup à raconter déjà sur cette bataille...

Mais pour le moment, flashback sur le week-end de Premier League. Et à tout seigneur, tout honneur: un seigneur qui s’appelle Dimitar Berbatov, dont vous savez que je suis un admirateur de longue date, mais qu’il m’a parfois été difficile de défendre au cours des deux saisons précédentes. Berba n’a pas ‘fait’, il a ‘été’ la différence entre Manchester United et Liverpool hier. Saviez-vous que son hat-trick était le premier jamais marqué par un joueur des red devils dans ce derby depuis la création de la Premier League? Et quel hat-trick! On se sera extasié sur son retourné parfait; mais son troisième but avait peut-être encore plus de signification. D’une part, il a été décisif. Mais, de l’autre, il montrait à tout le monde que Berbatov était aussi un bagarreur, capable d’aller au combat face à Carragher, et de le gagner avec une tête digne d’un authentique numéro 9. Sept buts en six matchs...Bravo.

Mais retirez Berba de l’équation un instant, et vous avouerez que les performances de United et de Liverpool étaient inquiétantes. Du côté des hôtes, un Rooney toujours très court, un Nani truqueur comme il l’est toujours lorsque les choses se passent moins bien, une défense très fragile dès que Liverpool arrivait à aligner trois passes dans leurs 30 mètres...et un manque évident de créativité dans l’entrejeu. Ferguson a du pain sur la planche.

Hodgson, c’est vrai, a hérité d’une boulangerie, lui. Les 45 premières minutes des Reds ont consternantes, d’une pauvreté technique effarante. Que faisait Gerrard si bas, bon sang? Alors qu’il avait déjà Maxi, Meirelles et Poulsen (très, très décevant) pour faire le sale boulot. Mais Stevie G – malgré son doublé – est aujourd’hui un footballeur qui semble beaucoup plus à l’aise en sélection qu’avec son club de toujours. Un comble, non? Peut-être se demande-t-il pourquoi il est resté à bord de cette galère, entouré de joueurs dont la plupart lui sont si visiblement inférieurs. J’ai aussi été déçu par Joe Cole, de qui l’on attend peut-être trop trop vite; et que dire de Fernando Torres que nous n’ayions pas déjà dit cette saison? Il semble découragé, vidé...Il a simultanément besoin de repos et de temps de jeu. Et l’on ne voit pas qui peut se lever du banc pour secouer ce Liverpool, et, surtout, lui redonner la qualité technique qui lui fait défaut. Le problème des latéraux, déjà un casse-tête du temps de Benitez, n’a pas été réglé par l’arrivée de Konchesky, c’est le moins qu’on puisse dire. Les troits buts de Barbatov sont d’ailleurs tous venus de centres...Bonne chance, Roy, tu en auras besoin.

Arsenal? un faux-bon, faux-mauvais résultat. Concéder à la 95ème minute après avoir contrôlé la seconde période comme l’avaient fait les Gunners a dix contre onze est rageant. J’ajouterai ce n’était en rien un scandale, et qu’Arsène Wenger n’avait aucune raison de s’en prendre au 4ème arbitre au coup de sifflet final. Le temps additionnel annoncé par ce dernier est un ‘minimum’; à l’arbitre qui est sur le terrain de décider quand mettre un terme au match. Certainement pas aux managers. Si Gaël Clichy avait un meilleur pied droit, il aurait pu dégager son camp, et Arsenal serait reparti du Stadium of Light avec 3 points. Il ne l’a pas fait, rideau!

Cela dit, Wenger aura été plus que satisfait par la performance de son équipe après une première demie-heure torride, de sa défense centrale en particulier: Squillaci a été remarquable, Koscielny tout simplement exceptionnel ('Man of the Match' pour tous les journaux anglais du dimanche, ce qui est rarissime), et face à un Sunderland remonté à bloc, qui a fait pleuvoir les ballons dans la surface des Gunners. Le duo français a tenu bon, et n’a rien à se reprocher sur l’égalisation des Black Cats. Après Blackburn, Bolton et Sunderland, on peut le dire: oui, Arsenal a mûri, est beaucoup plus dur au mal. Fabregas, au fait: un choc au genou, sans gravité. Il devrait être de retour pour la réception de West Brom le week-end à venir.

Mais cela suffira-t-il pour faire échec à Chelsea? Je ne le pense pas, et pas à cause des deux points laissés à Sunderland. Blackpool (dont le fair-play et l’appétit pour le jeu, quel que soit le score, méritent le respect) a pris les 4 buts qui sont devenus le minimum syndical pour les ‘petits’ qui viennent à Stamford Bridge. Pas de surprise que ce soit le cas, pas plus que de voir les Blues trôner en tête avec 15 points sur 15: je vous l’avais annoncé dès la publication du calendrier de la Premiership, et je n’avais pas grand mérite à cela...;-) Des matchs autrement plus difficiles attendent Chelsea – un déplacement à Manchester City dès samedi prochain, pour commencer. Mais vu la forme époustouflante de Drogba (capitaine en l’absence de Lampard, convalescent et de Terry, légèrement touché à la cuisse) et de Malouda, encore auteur de deux buts, dont l'un lumineux, on voit mal qui inquiétera des Blues qui montent en puissance au fil des matchs.

Saluons le caractère des Spurs, qui devaient réagir trois jours après leur grosse déception de jeudi soir au Werder. Ils ont redressé une situation difficile contre West Brom, et en toute fin de match, alors que bien d’autres clubs qui, eux, ont l’habitude de l’Europe, peinent à digérer leur présence simultanée sur deux fronts. J’avais mes doutes sur leur capacité à le faire; ils ne se sont pas complètement dissipés, mais je suis désormais un peu moins inquiet. Quant à van der Vaart, il pourrait bien être LA recrue de la saison, au vu de ses premières prestations avec Tottenham.

Pour Ben Arfa, je serai bref – j’ai déjà parlé de lui à deux reprises ce week-end. Je résumerai en un mot: prudence. Il a mis une frappe magnifique dans la lucarne de Tim Howard, et il aussi mis les supporters des Magpies dans sa poche, eux qui ne demandaient que ça. C’est formidable pour lui. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est qu’un début. Et c’était face à un Everton auquel on ne comprend plus rien. Superbes contre United il y a une semaine, les Toffees ont disparu corps et bien devant Newcastle. David Moyes lui-même ne peut fournir aucune explication. OK – il manque d’un buteur en pleine possession de ses moyens, ce qui n’est hélas pas le cas de Louis Saha. Mais regardez à nouveau les défenseurs d’Everton sur le but de HBA: des statues. Everton pas assez combatif - un comble! Adieu le titre (of course), mais aussi, probablement, adieu l’Europe, au bout de cinq journées. Quelle déception...

A très vite au micro, et cette fois, de Moscou!