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Philippe Auclair - 20 mars 2011

Et si Chelsea?...

Jusqu’à la 78ème minute du match Chelsea-Manchester City, une seule conclusion pouvait être tirée d’un week-end au cours duquel on avait eu une nouvelle démonstration du mal que les équipes engagées en Ligue des Champions avaient à négocier leur rendez-vous suivant en championnat. Cette conclusion? Manchester United avait trouvé les ressources pour battre un dangereux Bolton – et à 10 contre 11- , alors que Tottenham s’était cassé les dents sur un os nommé West Ham (le meilleur 0-0 de la saison?) et qu’Arsenal traînait toujours sa gueule de bois de Wembley et du Camp Nou. Blues et Citizens se tenaient en échec. Bref, United, même sans dieu sait combien de défenseurs, avait le know-how qu’on attend d’un champion.

Et puis David Luiz, d’une tête magnifique, donna un avantage mérité à Chelsea. Et puis Ramires, qui ne cesse de monter en puissance, nous offrit un slalom somptueux pour doubler la mise. Ayant eu la chance d’assister à ce match qui parut peut-être longtemps stérile à certains, mais d’un très haut niveau tactique et technique, avec quelques performances exceptionnelles dans les deux camps (outre les précités, Terry et Cole pour Chelsea, sans oublier Kalou pour sa première mi-temps, plus De Jong et Kompany pour City), je suis sorti de Stamford Bridge avec la conviction que Chelsea avait encore un coup à jouer, et un gros. Et pas seulement en Ligue des Champions.

Peut-être (c’est même le plus probable) les Blues se sont-ils réveillés trop tard, comme un Ancelotti en grande forme le dit lors de sa conférence de presse. Mais, mais, mais...Je regarde l’infirmerie de United, et je la vois pleine. Ferdinand, out pour la saison. Vidic, blessé au mollet. O’Shea, Brown, blessés. Jonny Evans, suspendu pour trois matches après son tacle plus bête que méchant sur Holden. La trêve internationale survient pile au bon moment pour Sir Alex, mais elle sera sans doute trop brève pour qu’il récupère un effectif suffisant pour aborder la dernière ligne droite en toute sérénité. Que je pressens agrémentée de quelques virages en épingle à cheveux. Ce déplacement à West Ham du 2 avril ne sera pas de tout repos, par exemple. Il y a encore Chelsea à Old Trafford, et Arsenal à l’Emirates. Entre autres.

Or Chelsea ressemble de plus en plus au Chelsea d’avant. Oui, Torres ne met toujours pas un pied devant l’autre. Malouda, toujours généreux, n’est plus aussi tranchant. De Drogba et d’Anelka, on est en peine de faire un jugement qui aille au delà de l’intuition, et celle-ci n’est pas flatteuse. Mais les autres? No problem, signor. La puissance physique que dégagea cette équipe en seconde période, et face à un City superbement organisé en défense, avait quelque chose d’irrésistible. Bonne chance à qui croisera leur chemin dans les deux mois à venir. Arsenal, incroyablement, est toujours dans le coup, c’est vrai. Tout juste. On doit reconnaître que ces Gunners, encore trahis par leur défense, et leur gardien (soupir...), ont montré beaucoup de cran pour revenir de 0-2 à West Brom. Ce n’était pas la première fois cette saison, d’ailleurs. Curieux, cela. Voilà des mois que les Gunners jouent par bribes; mais ils se battent comme des chiffoniers quand on s’y attend le moins. Ils ont encore de l’orgueil. A défaut d’avoir une défense digne d’un prétendant au titre (je parle en boucle...). Une défaite au Hawthorns aurait été le ‘dernier clou dans le cercueil’. Ils l’ont refusée, et cela mérite d’être salué – tout comme la détermination des Brummies, invaincus depuis l’arrivée de Roy Hodgson le 11 février.

Au passage, quelle bagarre homérique pour éviter la relégation...Quiconque voudrait une preuve de la densité de la Premier League n’a qu’à regarder le classement aujourd’hui. Je consacrerai un prochain billet à cette lutte dans laquelle Aston Villa peut encore ‘périr’, aussi m’en tiendrai-je là pour le moment, pour me concentrer sur ce qui se passe de l’autre côté du tableau. Et pour ajouter un mot sur une tête de turc des fans des Gunners, que je suis quasiment le seul à continuer de défendre. Je veux parler d’Andreï Archavine, qui en frustre beaucoup, je sais, mais est aussi décisif, bien plus souvent que quelques-uns de ses coéquipiers. Ne mentionnons pas Denilson, de grâce, l’un des plus gros échecs du wengerisme. Le Russe, par contre, possède une classe innée et – dans sa tête – joue souvent plus vite que les autres, d’où beaucoup de déchet dont il n’est pas toujours responsable. Peut-être qu’Arsenal n’est pas fait pour lui, et réciproquement. En attendant, lui marque, lui prodigue des passes décisives, et que Wenger ait pu lui préférer Rosicky au Camp Nou...mais ne grattons pas une plaie qui fait toujours mal.

Liverpool? Pas grandiose, malgré le but venu d’ailleurs de Luis Suarez. Je n’aime pas m’attarder sur l’arbitrage, mais je comprends que Steve Bruce ait eu sa tête des mauvais jours après ce qui s’est passé au Stadium of Light. La vidéo, vite. Même de manière informelle – un message relayé discrètement par le 4ème arbitre aurait tout de suite indiqué à l’arbitre de champ que sa décision initiale sur la faute de John Mensah, laquelle amena le pénalty du 1-0, était correcte: coup franc, pas coup de pied de réparation. Si un assistant peut le faire, pourquoi pas le patron? Parce qu’il voit mieux que les autres? Au fou! Au lieu de quoi, un officiel se fait et se fera tuer dans les gazettes, à tort, et un match a priori fascinant n’aura pas eu la chance de se développer normalement. Et pourquoi? Pour préserver la ‘dimension humaine’ du football? Si le ridicule tuait, l’Uefa et la Fifa ressembleraient à des cimetières. Pas seulement pour l’aide vidéo à l’arbitrage, c’est vrai.

Un mot pour finir sur le tirage au sort de la Ligue des Champions, qui a encouragé beaucoup de gens à tirer des plans sur la comète alors que pas un match des quarts n’a encore été joué. Ecoutez plutôt ce que disent José Mourinho et Pep Guardiola; eux se sont montrés humbles et prudents, et pas par politesse. Ils savent que ni Tottenham ni le Chaktior ne sont là par hasard. La suffisance (née du manque de familiarité et, hélas, de connaissance) de certains vis-à-vis des équipes de l’ex-URSS me confond. Il est probable que l’on assistera à une demi-finale Real Madrid-Barcelone; probable, mais pas certain. Devant leur public de braise, les Spurs, qui joueront le match-retour à la maison, sont capables de s’enflammer comme peu d’autres équipes en Europe. Donetsk fit souffrir le Barça lors de la Supercoupe de 2009, et les battit même lors de la phase de groupe un an plus tôt – et au Camp Nou. Je l’ai souvent dit: un peu plus de respect, que diable. Si Mourinho et Guardiola en font preuve, qui sommes-nous pour en manquer?