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Philippe Auclair - 30/08

Alors, pas compétitive, cette Premier League?

Pas compétitive, la Premier League, pas assez ‘homogène’?

Posez plutôt la question à Harry Redknapp, dont les Spurs sont tombés pour la première fois de leur histoire à domicile face à Wigan. Oui, Wigan, dix buts encaissés en deux matchs jusque là, et qui ont vaincu les tombeurs des Young Boys à la régulière. Et qui avaient pris 9-1 face aux Spurs l’an passé!

Posez la question à Roberto Mancini, tout frais sorti d’une impressionnante victoire 3-0 sur Liverpool. Sunderland? Peuh..facile! Mais non. Tevez n’était pas dans ses chaussures. Ses coéquipiers ne valaient pas mieux. Darren Bent a marqué, et ce n’était pas une injustice.

Le fait est: ce championnat est imprévisible, et c’est l’une de ses plus grandes gloires. Aussi imprévisible que Wigan, un spécialiste en la matière, qui a su exploiter au maximum la gueule de bois des Spurs, tellement ravis (et avec raison) d’avoir retrouvé la C1 après trente-neuf ans de traversée du désert. De plus, Crouch s’est blessé au dos (pas de fracture, heureusement), et, tôt ou tard, Defoe va devoir passer sur la table d’opération. Comme Frank Lampard, d’ailleurs, au passage, lequel, selon Ancelotti, pourra reprendre l’entraînement d’ici dix jours...Tant pis pour l’équipe d’Angleterre, qui jouera contre la Bulgarie vendredi prochain à Wembley (j’y serai), avant d’aller se frotter à la Suisse. Et sans Terry, blessé à la cuisse. Mais revenons à la Premier League. Je sais qu’il y a beaucoup de fans d’Arsenal sur ce blog, aussi commencerai-je par les Gunners.

J’ai suivi le match depuis le lounge de Stamford Bridge, et j’ai été plaisamment surpris par les Gunners, qui ont su répondre au bombardement des rugbymen de Blackburn avec beaucoup de lucidité et de courage. Chaque saison, c’est la même chose. Pour Sam Allardyce, se faire Wenger (passez-moi l’expression) est devenu une idée fixe. J’ajouterai: et réciproquement. Mais avec un excellent Almunia (Schwarzer aurait-il fait mieux?), un Diaby énorme, et qui a duré 90 minutes, pour une fois!, un Walcott en pleine bourre, un Sagna évoluant à son plus haut niveau, Arsenal a prévalu, comme il le méritait. Les Gunners ont encore beaucoup de travail à faire, notamment lorsqu’ils sont sous pression et qu’ils se retirent dans leurs trente mètres, sans trop savoir comment organiser les lignes sans se marcher sur les pieds. Clichy se fait piéger trop souvent, et semble avoir perdu de sa vitesse dans les interceptions (un élément-clé de son jeu); Koscielny est d’évidence un défenseur de grande qualité, mais qui va devoir se faire au tempo de la Premiership, et vite; Chamakh, de son côté, a fait un match sobre, plein et déterminé, déjà en phase avec le jeu en première intention de coéquipiers qui se connaissent, eux, par coeur pour avoir grandi ensemble. Pratiquement aucun déchet, de bons choix dans la transmission du ballon, un vrai impact sur le jeu: tout cela est prometteur. Comme l’est Arsenal, qui a passé ce test avec mention. Au fait: les dernières nouvelles de Robin van Persie sont plutôt rassurantes; selon le Telegraaf, il a rejoint la sélection des Pays-Bas pour être examiné par son staff médical. Si absence il y a, elle ne devrait être que d’une grosse semaine.

De Chelsea, rien à dire que je n’ai déjà dit. Rien de transcendant – mais les Blues demeurent les favoris pour le titre: je m’en tiens à mon pronostic de quinze points sur quinze pour les cinq premières journées. Un job bien fait, contre un Stoke qui n’a qu’un seul joueur de ballon dans ses rangs (Etherington, impeccable), et qui laisse un Tuncay sur le banc à 0-2. On pouvait espérer de Tony Pulis qu’il fasse grandir cette équipe. On avait tort. C’est la même chanson, sur une note, qui était fausse, en plus. J’étais à dix mètres de sa zone technique. Vous auriez dû entendre les ‘instructions’... Anelka a été bon dans son rôle de neuf-et-demi, même si ne sais que penser de lui. Je l’ai suivi aux jumelles pendant une dizaine de minutes en seconde mi-temps. C’était comme regarder une statue dans le jardin des Tuileries. Laquelle, de temps à autre, s’anime. Le démarrage est toujours là. Sa carrière est une énigme, lui-même en est une, et ce n’est pas a trente ans qu’il changera. Un mot sur Ashley Cole, une nouvelle fois énorme, et auteur du geste technique de la saison – une volée en plein vol qui s’est écrasée sur la transversale, mais dont la pureté m’a donné des frissons dans le dos. Après tout ce qu’il a dû encaisser de critiques, parfois méritées, mais le plus souvent scandaleuses, je dis bravo au footballeur le plus hué d’Angleterre, et qui est aujourd’hui l’un des meilleurs à son poste dans le monde.

Man U? Trois buts, trois points, de la verve, Rooney qui marque (peu importe que ce soit un pénalty) pour la première fois depuis le printemps, Giggs et Scholes encore magnifiques, un très bon Nani, et – ce qui me ravit, car j’adore ce joueur – un Berbatov lumineux, enfin. Quel but. Quels gestes! Et avez-vous remarqué sa générosité dans les appels? On le dit paresseux – il n’est que languide. Les red devils vont en faire souffrir quelques-uns en Europe cette saison, et je ne serai pas loin de faire d’eux l’un de mes grands favoris en C1, où leur défense qui, Vidic excepté, manque un peu de densité physique, ne sera pas testée aussi brutalement qu’en Premier League.

A ceux qui dénigrent Blackpool – vous avez vu leur deuxième but contre Fulham? Un petit chef d’oeuvre. Voir des équipes étiquetées ‘losers’ avant d’entrer en magasin jouer de la sorte, voilà qui fait chaud au coeur. Ian Holloway parla ensuite de sa ‘fierté’ de diriger ce groupe de joueurs sous-payés (eh oui, ça existe), et avec raison. J’attends avec impatience ma découverte de Bloomfield Road en Premier League. Ambiance garantie. Et on y jouera au football aussi.

Everton: c’est à n’y rien comprendre. Villa, ejecté de la Ligue Europa, humilié à Newcastle, ne méritait pas les trois points. Mais le fait est que les Toffees, malgré un milieu de terrain énorme sur le papier (Arteta, Fellaini, Cahill, Pienaar et Rodwell), n’arrivent pas à marquer, que ce soit par Beckford ou par Saha, entré en jeu à la 56ème minute. Il s’agit du pire début de saison d’Everton depuis onze ans, alors que beaucoup croyaient (j’en étais) que ce pourrait enfin être leur saison. Mais, comme d’habitude, le diesel met un temps fou à chauffer – et voilà Chelsea à huit points, Arsenal et Man U à six!

Liverpool ne m’inspire pas beaucoup plus confiance. Il y a deux ans, les deux récupérateurs des Reds s’appellaient Alonso et Mascherano; aujourd’hui, Lucas et Poulsen. Cherchez l’erreur! Torres, sur une jambe, a fait la différence. Mais, franchement, face à un West Brom réduit à 10, ce 1-0 n’avait rien de glorieux.

Un mot sur Wolves-Newcastle: on peut ne pas aimer Joey Barton, mais de là à justifier les attentats répétés dont il a été la cible, pas question. Un scandale. Honte à Mick McCarthy, ses Wolves (le détestable Karl Henry en particulier), et leur ‘stratégie’ de faire fondre le fusible de l’ex-moustachu...Tant que le football anglais n’aura pas appris à se passer de ce genre de flashbacks vers les glorieuses années 1970 (quand les stades se vidaient), tant qu’on rira grassement de ‘tacles’ qui, presque tous, méritaient un rouge direct, l’équipe d’Angleterre n’aura pas une chance dans les grands tournois. Barton, qu’on dit ‘changé’ (attendons de voir) a réagi avec beaucoup de dignité, et s’est pris un avertissement pour la seule faute qu’il ait commise. Ce n’était pas l’heure la plus glorieuse de l’arbitrage ‘à l’anglaise’.

Pour finir, à l’intention de mes amis fanatiques de QPR (eh oui, j’en ai – deux, pour être précis), toujours leader du Championship; vous devez être rudement fiers d’une équipe qui, menée 2-0 à l’extérieur à la fin du temps réglementaire, trouve le moyen de redresser la barre en marquant aux 91ème et 93ème minutes. Au passage, J’adorerai ajouter un chapitre ‘D2’ aux DDD; cela n’aurait helas de sens qu’en Angleterre, où le football ne se limite pas qu’aux grosses cylindrées de GP, et où on se presse encore dans les stades pour regarder de la F3. J’ai dit!

A tout à l’heure au micro, my friends.