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Polo 21/06

  • Polo vous donne son point de vue sur l'EDF et fait le parallèle avec la NM
  • A lire sans modération!

So ein Sch…!

C'est donc la CHIENLIT en Equipe de France version Raymond Domenech ! Quelle surprise après 6 années d'une gestion qui démontrait, jour après jour, ses limites ! Comme dit la pub : "open your eyes" ! 2006 c'est Zizou pas RD ! Mais quelle image lamentable donne le football français en Allemagne ! Les "Adieux les Bleus", l'unité mexicaine" contre le" destin commun français, "Mon Dieu", "Bonjour tristesse", …sont autant de titres qui ont fleuri outre Rhin. Et en français pour la plupart. Une façon très germanique de remettre à sa place la "Grande Nation" toujours prompte à donner des leçons à tout le monde et de rappeler, simplement, que ce n'est pas la vision napoléonienne qui gouverne en Europe mais bien celle de Metternich. L'EDF de Raymond Domenech est donc la risée de l'Allemagne ! Il y a bien entendu une autre lecture : les intellectuels allemands ont toujours aimé la langue de Molière et sa syntaxe. Ceux qui considéraient que le football français était parvenu à une forme d'art dans les dernières années du XXème siècle, ne peuvent comprendre la déliquescence actuelle, aussi bien sur le terrain que verbale. J'ai à ce titre une anecdote : lorsque JPP marqua un but en Bundesliga pour le Bayern München après des débuts très difficiles, le commentateur allemand, en direct, remercia très chaleureusement notre buteur en…français à l'antenne durant un long moment. Pourrait-on voir la même chose en France ? Tout simplement inconcevable !

Les apparatchiks de la FFF

Il y a du grain dehors alors les parapluies s'ouvrent ! C'est un classique qu'on n'est même pas surpris de découvrir à l'image d'un mauvais film de série B. La loi économique de Parkinson dans toute sa splendeur : ceux qui ont soutenu l'histrion en 2008 aujourd'hui le dézinguent tel le patron de la DTN, lequel aurait prévenu que "certaines choses" n'allaient pas, malgré son soutien effectif. "Oui mais" disait Giscard, au ralliement à 2 Goals. "On ne gouverne pas avec des mais" lui rétorqua l'homme grand. Gérard Houllier donc, le supposé penseur du foot français. Celui qui est le responsable de la philosophie de jeu d'un pays. Lequel déclarait en début de saison : " En Allemagne il n'y a pas de talent" au sein d'un grand hebdo français. "M… alors !" Rien que ça c'est grave lorsque l'on sait que l'Allemagne a fini première au classement UEFA 2009-2010. Merci pour la vision éclairée! Que dire d'un Président et son staff administratif dépassés par les événements…C'est l'honneur perdu de l'EDF ! A ce titre, j'ai un sourire narquois aux lèvres lorsque j'entends, de plus en plus, certains "professionnels de la com." vanter le modèle allemand, les mêmes qui bavaient sur ces vertus il y a trois mois. Ceux qui ne savent parler de la Nationalmannschaft qu'au travers du prisme de 1982. Comme s'il était possible de tenter un copié-collé aussi simplement d'un système sur un autre.

L'Histrion de l'EDF

Paradoxalement je ne vous ferai pas la même analyse que d'autres. L'Histrion joue là le rôle de sa vie. Il est Boris Karloff interprétant Frankenstein, lisant son communiqué. Dans 20 ans on se souviendra plus de son record de temps passé sur le banc en tant que sélectionneur plutôt que de ses incompétences footballistiques. Les mauvaises herbes sont les plus persistantes et il les a laissé se propager car l'Histrion est Malin. Oui avec un "M" majuscule, au sens diabolique, et on sent l'impact de son dédain du peuple, jour après jour, qui rejaillit sur des joueurs, déjà peu enclins au respect d'autrui et tellement envenimé par l'argent. Rôle pour rôle, cela paraît très crédible. Il aime les caméras, l'EDF et ce qu'elle représente ? Je vous laisse seul juge. Personne n'a le droit de "privatiser" une équipe nationale. Ce qu’ il dit, il s'en fout, il se moque d'être dans le texte, du texte lui-même. Un texte au passage trop impeccablement écrit pour nous laisser croire que les joueurs l'ont eux-mêmes rédigé.

L'honneur perdu de Katharina Blum

Heinrich Böll est un des plus grands écrivains de sa génération, une sorte de François Mauriac allemand. Il fut attaqué notamment par le Bild Zeitung pour certaines de ses positions politiques. Au point d'écrire un livre en 1974 qui est le titre de ce paragraphe. Les mots, ou les maux, en une de l'Equipe ont répercuté une période peu glorieuse de la presse nationale.

Les tabloïds allemands, par comparaison, sont brutaux et familiaux. Un mélange des genres hétéroclite qui oblige à la crudité et au ton direct. Le Bild par exemple, le quotidien le plus prompt à la polémique douteuse, ne se gêne pas pour tutoyer en titre les personnes dont il parle. Placés à côté de la pin-up du jour, ils trouvent leur portrait éborgné par la concomitance du sexe. C’est un procédé plus que louche mais que les Allemands à près de 4 millions chaque jour acceptent les yeux grands ouverts. Cependant, lorsque Bild titre en une de manière ordurière, il le fait avec des points de suspension (comme mon titre) laissant à son lecteur le plaisir du décodage, épargnant dans le même temps la tranquillité des foyers où il se trouve en bonne place.

En France, la pire période qu’ait connue la presse se situe dans l’entre deux guerres, si je mets de côté l’étau de l’occupation allemande. Les historiens disent de manière récurrente leur surprise devant l’atmosphère de délation, injurieuse et raciste qui faisait le quotidien de cette presse des années 30, comme si la déflagration de 14-18 étendait aux mots sa violence et venait percuter la seconde guerre mondiale dans une longue litanie d’insultes, de scandales financiers et de chasse à l’homme.

Dans son titrage de samedi dernier, l’Equipe, le quotidien du sport et de l'automobile français, s’est lâché. S’il revendique aujourd’hui un ras-le-bol du mépris du sélectionneur, il a avant tout visé la "cover" record qui ferait vendre à tout prix et le vengerait des méventes à venir… une fois la France exclue. C’est un procédé de petit maquignon qui veut rentrer dans ses frais, de la part d’un partenaire de presse si longtemps associé aux états d’âme des bleus et de son sélectionneur. Je le dis clairement : j'aurais préféré que ce quotidien s'attache à dénoncer le capitaine Evra et ses mots vengeurs: "le traitre qu'il faut éliminer du groupe". Un bon vieil appel à la dénonciation et à la délation. Ou bien qu'il appelle plus clairement à l'exclusion d'Anelka lorsque ce dernier insulte tous les Français avec ses positions individualistes sur la fiscalité française…Lui qui a largement profité des subventions issues de l'imposition nationale pour progresser.

En Allemagne, de nombreux ouvrages se penchent aujourd’hui sur la période brûlante de la Bande à Baader et la manière dont ce pays a géré cette séquence extrêmement violente de terrorisme, laquelle correspondait aussi à une mise au point d’après guerre pour la génération succédant aux pater familias nazis ou par chance antinazis (la résistance en Allemagne a aussi existé, n'en déplaise à certains poncifs)…Une période sombre, non pas indemne, elle non plus de délation et de recours à l’ordre moral et militaire, pendant laquelle, cependant, l’opposition au gouvernement, notamment dans les universités s‘est faite entendre.

Ce que l’édition de l’Equipe désigne comme titre c’est la faillite de la France lexicale, c’est à dire la France historique, celle de Descartes et de Montaigne, celle qui lit et réfléchit, celle qui sait écrire. La lettre et l'esprit. Cette particularité de notre pays est adorée en Allemagne. Que le plus grand quotidien sportif se soit permis cela, que la réaction à ce titre soit si faible dans le monde des journalistes et des intellectuels, est plus qu’inquiétant pour notre démocratie. Ceux qui appellent à une Révolution dans le football français ne doivent pas oublier la période de la Terreur.

J'avais envie de vous parler de la Nationalmannschaft qui s'est mise toute seul un doigt dans l'œil contre la Serbie, de Podo et de Klose qui ont surjoué, des excuses de ce dernier auprès de ses coéquipiers (si, si…cela existe !). A la rigueur, j'aurais pu aussi m'arrêter sur Effenberg et sa CDM 94. Au lieu de cela je vais sûrement avoir droit aux balais des communautaristes de tout poil ou, à l'opposé, des réactionnaires les plus aboyant. Mais bon, avec un sélectionneur qui déclare qu'il "veut mettre des coups de fusil" et n'emmener que "des intelligents" (il faut traduire là pour le supporter lambda: RD ne voulait en fait emmener que les moins immatures en fait), on ne peut plus s'étonner d'une situation aussi paroxystique !

POLO