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Match Point

Je ne sais pas si vous avez vu Match Point de Woody Allen. Mais c'est à ce film que je pense quand je vois le destin des sportifs de tous les pays se jouer sous mes yeux. L'image de Match Point, c'est une balle de tennis qui heurte la bande du filet. Elle monte au-dessus de ce filet. L'image s'arrête, et on ne sait pas de quel côté elle va retomber. C'est de ces secondes-là dont je veux vous parler. Ces secondes où le destin choisit son camp.

Christophe Lemaître a vécu ça hier soir sur la piste du stade olympique. Il est en demi-finales du 200m. Le starter se déclenche, les sprinteurs s'élancent, un demi-tour de piste à toute allure. Vingt secondes plus tard, les athlètes coupent la ligne. Christophe Lemaître est troisième. Seuls les deux premiers sont qualifiés directement pour la finale. Et pour compléter les huit couloirs, les deux meilleurs chronos seront repêchés. C'est le début d'une longue attente pour Lemaître. Il reste deux demi-finales, son destin olympique se joue maintenant, mais lui ne peut plus rien faire. On le voit sur le bord de la piste, le regard perdu. Il vient de courir contre le chrono, avec des secondes qui s'écoulent trop vite. Maintenant ces secondes ressemblent à des minutes, voire à des heures. Les deux autres demi-finales se courent. Le verdict tombe : elles ont été moins rapides que la sienne. C'est bon, il est en finale ! La balle de Woody Allen est tombée du bon côté du filet…

Ce moment où le destin d'un sportif bascule, c'est sans doute ce qu'on voit de plus cruel aux Jeux Olympiques. Même nous, simples spectateurs, ou observateurs olympiques, on a le cœur qui se serre au stade, devant notre télé ou derrière notre radio. Le Chinois Liu Xiang pourrait en parler. Il est recordman du monde du 110 mètres haies. En 2008, à Pékin, c'était le héros de toute une nation, mais il s'était blessé, et n'avait pas pu défendre ses chances. Avant-hier, revoilà Liu Xiang au départ des séries du 110 mètres haies. Les coureurs s'élancent, et le Chinois heurte une haie. Il tombe. Quatre ans de travail à terre pour une faute d'un millimètre. Un pied légèrement trop à droite ou à gauche, un appui qui se dérobe, et c'est la faute. Le mauvais côté du filet de Woody Allen...

Je pense aussi à Alexis Vastine, ce matin. Le boxeur sûr d'avoir gagné son quart de finale mardi soir. Le sourire aux lèvres, il attend la confirmation de l'arbitre. Et là, catastrophe, l'arbitre l'annonce perdant. Parfois la balle est prête à tomber du bon côté du filet, et il y a quelqu'un qui la repousse violemment de l'autre côté...

Et puis il y a ce moment où le sportif fait basculer lui-même son destin. Passer de zéro à héros et vice versa en une fraction de seconde, c'est aussi ça, la vie d'un athlète de haut niveau. William Accambray fait partie de l'équipe de France de handball. Mais depuis le début des Jeux Olympiques, il n'était jamais entré sur le terrain. Il a vécu chaque match de la phase de poules depuis les tribunes, la gorge serrée et le cœur lourd en voyant ses coéquipiers sur le terrain. Hier, le sélectionneur lui a demandé de jouer contre l'Espagne. Il a parfaitement tenu son rôle. Mais c'est à la dernière seconde de ce quart de finale qu'il est devenu un héros. Parce qu'il était au bon endroit, au bon moment. Nikola Karabatic tire, le gardien espagnol repousse, une partie de billard et le ballon atterrit dans les mains de William Accambray. But ! Victoire de l'équipe de France. Alors pourquoi il se trouvait à cet endroit précis à ce moment-là ? Il y a le sens du jeu, bien-sûr, mais il y a aussi cette part de chance, cette inspiration soudaine qui a fait basculer Wiliam Accambray du rôle de costard cravate en tribunes à celui de sauveur de l'équipe de France. La balle de Woody Allen, encore et toujours...

Cette balle de Woody Allen peut prendre la forme d'un ballon de basket qui tourne autour du cercle, et qui rentre dans le panier ou pas. Pour Ronny Turiaf, ce serait plutôt « ou pas ». Des lancers francs ratés hier contre l'Espagne en fin de match. Pendant des heures et des heures, toute l'année, ces joueurs-là s'entraînent aux lancers francs. C'est un automatisme pour eux. Mais là, le même geste que d'habitude, la main peut-être un peu plus tremblante, et le ballon refuse de rentrer. Alors que les lancers francs de l'Espagnol Rudy Fernandez, eux, rentrent eux dans le panier. La balle de Woody Allen a choisi son côté du filet. Au fait, Match Point, ça se passait à Londres...

Virginie Phulpin

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