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Boudjellal : « Saint-André a amené un faux débat »

Mourad Boudjellal

Mourad Boudjellal - -

Invité du Moscato Show pendant une heure, mercredi sur RMC, Mourad Boudjellal, le truculent président toulonnais, a balayé l’actualité de son club et de l’équipe de France, assurant notamment que les Bleus ne doivent pas avoir la priorité absolue sur les clubs.

Avec la blessure à l’époque de Michalak contre l’Ecosse (6 semaines d’absence), vous avez lancé une polémique en soulevant le fait que la Fédération devrait contracter des assurances pour dédommager les clubs en cas de blessure. Pouvez-vous nous expliquer votre point de vue ?

Il faut savoir que dans le régime français, la sécurité sociale nous rembourse, sur les 28 premiers jours, au niveau d’un plafond d’environ 4000 euros. C’est nettement moins que le salaire de Michalak, en l’occurrence. Nous, on compense. C’est donc le club qui paie alors qu’il s’est blessé avec le maillot de l’équipe de France. Il faut que la Fédération comprenne qu’il s’est passé pas mal de choses dans le rugby depuis 20 ans. Ils ont maintenant à faire à des professionnels et nous, patrons, nous avons une économie à gérer. On est dans un système d’habitude. On a toujours fait comme ça et ils ne se sont pas rendu compte que tout a changé. Quand vous avez des gens ronds et des gens carrés, c’est dur de les faire cohabiter. En plus, je n’avais même pas de ticket pour aller au stade et voir sa blessure en direct.

Pour rester dans la polémique, vous avez également attaqué dans les médias l’avarice de Philippe Saint-André. N’est-ce pas un peu gratuit ?

(Rires) Ça fait partie d’un personnage humoristique qu’on a créé avec "PSA". On en rigolait entre nous, ce n’est pas méchant. A côté de ça, j’ai toujours dit qu’il n’avait jamais cherché la moindre embrouille avec le club. Il a été d’une honnêteté et d’une intégrité absolues. C’est juste qu’il a ce côté près de ses sous, sans méchanceté aucune de ma part.

Jonny Wilkinson devrait annoncer bientôt s’il met un terme ou non à sa carrière. Connaissez-vous sa décision ?

Je connais sa décision. Et vous verrez bien dans deux semaines…

Le Stade Français aurait fait une offre pour recruter Bernard Laporte la saison prochaine. Qu’en pensez-vous ?

Moi, je n’ai pas de problème avec ça. Si on veut que nos entraîneurs ne soient pas dragués par d’autres, on a qu’à prendre des mauvais. C’est même plutôt flatteur. Bernard, il a deux ans de contrat. On verra au bout des deux ans, si je ne l’ai pas viré avant bien sûr… (Rires) Mais il est bien à Toulon. Il est sur un projet. Je ne le vois pas laisser un chantier en route. Il veut se prouver quelque chose. Après, il prendra son cheval et ira vers d’autres aventures, mais pour l’instant, il est avec nous et il veut faire un coup.

« Philippe nous emmènera au titre mondial »

Quid de votre propre avenir ?

Je suis propriétaire du club, donc c’est un peu compliqué si je veux partir. Il faut que je vende ou que j’installe quelqu’un à ma place. Je l’aurais fait sûrement l’année dernière si on avait été champion. J’aurais pris du recul. Là, à cause des conventions, j’ai encore quatre ans devant moi. J’ai envie de partir aussi vers d’autres aventures, mais j’ai d’abord un chantier à terminer.

Même si vous faites le doublé Top 14-H Cup cette année ?

Ce serait une très mauvaise nouvelle pour mon foie. Si j’arrive à y survivre, je ne sais pas ce que je ferai. On se prépare aux mauvaises nouvelles. Pour les bonnes, on ne sait jamais

Il a beaucoup été question de salaires maquillés des joueurs toulonnais. D’où cela vient-il selon vous ?

Il y a des gens dans le rugby qui avaient une compétence et qui pensaient avoir le monopole de la compétence. Quand d’autres arrivent et essayent de prendre un peu de place, c’est forcément de la triche. Contrairement à ce qui a été dit, il n’y a pas de droits à l’image cachés ou de société offshore. Ce n’est pas le genre de la maison.

La Fédération et les clubs vont renégocier leur accord concernant la mise à disposition des internationaux. Que pensez-vous des doléances de Saint-André, qui souhaitent notamment une intersaison plus longue et avoir plus de temps avec les joueurs et voir le calendrier allégé ?

J’ai beaucoup de respect pour PSA, qui a fait du très bon travail avec nous pendant deux ans. Mais quand je l’entends parler, on ne dirait pas qu’il a récupéré une équipe vice-championne du monde. Il n’a pas récupéré le Burkina Faso quand même ! Il n’est pas arrivé sur un désert. Il critique le Top 14 alors qu’il a des bases énormes grâce au système en place. Malgré le nombre important d’étrangers dans notre championnat, notre sélectionneur a beaucoup plus de choix que ses homologues italiens, écossais, gallois, ou irlandais. C’est un faux débat qu’il a amené. Il a beaucoup de qualités, mais il est allé chercher des responsabilités là où il n’y en a pas. Si on prend les 30 meilleurs joueurs d’Europe, on va citer 15 Français. Rendez-vous compte : le système qu’il critique amène 15 des meilleurs joueurs d’Europe. Individuellement. Le problème de PSA, c’est qu’ils deviennent collectivement les meilleurs du monde. Ce n’est pas un problème de Top 14, c’est un pur problème d’entraîneur.

Ce qui pourrait légitimer ses demandes d’avoir plus ses joueurs à disposition…

Avec le système actuel, on est à un cheveu d’être champion du monde. Depuis 20 ans, la France, ce n’est pas des trompettes. Il faut arrêter de chercher des excuses ailleurs. Qu’il dise qu’il faut un temps d’adaptation à son travail, je suis d’accord, mais qu’il arrête de dire que c’est la faute du Top 14. En novembre, personne ne l’a mentionné, le Top 14. Quand on perd, on accuse, et quand on gagne, personne ne dit rien. Vous verrez qu’en 2015, Philippe nous emmènera au titre mondial, et personne ne dira que c’est grâce au Top 14.

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