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Coronavirus: Comment Jamie Roberts lutte à sa façon

Jamie Roberts

Jamie Roberts - ICON SPORT

A 33 ans, le trois-quarts centre international gallois aux 94 sélections est confiné à Londres à côté de chez ses parents depuis vendredi dernier et ne reste pas inactif dans la lutte contre le coronavirus. Mais à quelques minutes près, il serait resté bloqué en Afrique du Sud.

Jamie Roberts aime les voyages. L’ancien centre de Cardiff a connu le Racing 92, les Harlequins, Bath et c’est dans la province sud-africaine du Cap, les Stormers, qu’il disputait le Super Rugby. Mais l’extension de la pandémie a obligé à la suspension de la compétition. Depuis l’Afrique du Sud, Roberts n’est pas resté inactif lorsque l’épidémie s’est mise à toucher sévèrement son pays de Galles: "J’ai un appartement à Cardiff que je loue d’habitude en "Rent B and B" pour les vacances la plupart du temps. Evidemment à cause de la pandémie j’ai eu plein d’annulations, le laissant libre pour plusieurs mois. Alors je me suis dit que si j’avais un bel endroit libre, pourquoi ne pas le mettre à disposition des personnels soignants, explique-t-il à RMC Sport. Je me doutais qu’il y aurait un paquet de médecins et de personnels soignants qui ne voudraient aller au contact du virus et ensuite revenir dans leurs familles. Je pense que nombreux sont les soignants qui ont décidé ça et sont passés par AirBnb ou ont bénéficié de la générosité des gens ayant des logements vacants."

C’est lundi dernier que le président sud-africain a annoncé que le pays entrerait en confinement jeudi à minuit. Comme des milliers d’Européens, Roberts a cherché à rentrer chez lui. Avec succès, mais ce fut de justesse et au quart d’heure près… "Je suis allé sur le site de British Airways et le seul vol disponible était vendredi soir alors j’ai pensé que malgré le confinement ils laisseraient les touristes se rendre à l’aéroport pour partir. Mais l’annonce était ferme, jeudi soir on ferme. Je me suis dit "shit!", je n’ai un vol que vendredi, je vais être bloqué en Afrique du Sud. Heureusement, BA a avancé mon vol de 24 heures et donc on a décollé jeudi soir juste avant minuit. C’était un moment très étrange, on était à bord du dernier vol à quitter le sol sud-africain. Oui, très bizarre. Dommage parce que je venais de passer dix formidables semaines en Afrique du Sud mais comme vous le savez le championnat a été stoppé. Mais au regard de ce qui se passe dans le monde, ça remet pas mal de choses à leur place."

Depuis une semaine, Jamie reste confinés près des siens, à Londres. Roberts le médecin n’est pas au front pour lutter contre la pandémie ? la réponse du Gallois: "Non, non. Vous savez, certes j’ai un diplôme de médecin que j’ai obtenu il y a sept ans mais je n’ai jamais pratiqué. Pour ma spécialisation j’ai commencé des travaux de recherche à l’université de Cambridge mais je n’ai jamais pratiqué en hôpital. Mais quand le temps viendra, si le besoin s’en fait sentir, je retournerai au Pays de Galles pour aider. Donc comme je n’ai jamais pratiqué, voilà pourquoi je reste ici pour l’instant."

Une crise de santé publique comme celle-ci remet beaucoup de choses en perspective pour énormément de gens. Mercredi, au Royaume-Uni, 600 personnes sont mortes, en simplement en 24 heures. Comme tous les citoyens, Jamie Roberts se tient informé et connait les situations dans les autres pays. Le rugby reste malgré tout un vecteur d’espoir aujourd’hui, avec les mises à disposition de stades comme hôpitaux de campagne par exemple: "C’était imprévisible et du jamais vu dans l’histoire en matière de santé dans le monde. Je crois que ça montre le pouvoir de ce que nous pouvons faire lorsque que ce genre de catastrophe touche la population. Ce sont deux grands exemple, le Park Y Scarlets de Llanelli et le Principality Stadium qui se proposent comme hôpitaux de campagne. C’est incroyable de voir la réaction lorsque ça arrive. Jacky Lorenzetti a eu la même réaction en proposant l’Arena, c’est très beau geste."

Le rugby porteur d’espoir pour le "jour d’après", Jamie Roberts veut y croire, à condition de la jouer soudé… mais confiné: "On est engagé dans le même combat et on gagnera si on suit les recommandations de nos gouvernements. Et j’espère que lorsque tout cela sera derrière nous, quand on se retournera sur cette période, que nous serons en bonne santé après avoir fait tout ce que nous pouvions pour aider les autres, on pourra retrouver notre rugby, celui que les gens aiment suivre. Les gens seront restés très longtemps isolés, seuls, sans se rencontrer, je suis certains que quand tout cela fini et seulement pour nous les joueurs mais aussi pour vous, les supporters, le rugby prendra une grande part dans la reconstruction du tissu social. On ne réussira que si on la joue collectif, soudés en un seul groupe. Et surtout, restez chez vous."

Laurent Depret