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Martinet : « Une peine immense pour Bourgoin »

Pierre Martinet

Pierre Martinet - -

Président emblématique du CSBJ de 1996 à 2009, Pierre Martinet évoque pour RMC Sport la situation dramatique du club isérois, menacé de dépôt de bilan. Avec émotion mais sans concession pour ses successeurs.

Quelle est votre sentiment sur la tempête qui secoue actuellement le CSBJ ?

J’ai été pendant douze ans et demi président de ce club, actif pendant près de 15 ans, et c’est évidemment une peine immense de voir là où le CSBJ en est rendu aujourd’hui. Pour ne pas être mis en faillite, il doit présenter une possibilité de développement et je ne sais pas ce qui a été présenté. Je suis seulement dans le regret que ce club que j’ai emmené maintes fois en phase finale et pour lequel j’ai tant donné en soit arrivé là. Il y a des gens qui m’ont écarté, me demandant de céder toutes mes parts à l’association, et qui ont des responsabilités dans ce fiasco.

Comment a-t-on pu en arriver là ?

Quand j’ai cédé mes parts à l’association, avec un budget de 9 millions d’euros, le président de l’époque a annoncé vouloir passer à 11,5 millions. Je lui ai alors dit : « Je ne sais pas comment tu vas faire ! ». Il faut vivre avec ses moyens. J’ai souvent été au-delà mais j’ai toujours payé la différence. Quand on veut aller au-delà et qu’on n’a pas les moyens de compenser, voilà le résultat…

Ce passage de témoin entre vous et l’association du CSBJ serait donc le point de départ de la faillite du club…

Je dirais qu’à partir du moment où ils ont repris le club sans avoir les moyens d’assumer derrière, et qu’ils ont voulu augmenter le budget sans avoir de vision de résultats, cela était prévisible. Vous savez, à mon époque, le club n’a jamais été riche mais je bouclais le budget tous les ans.

« Je comprends la réaction des joueurs »

Donc vous ne vous sentez aucunement responsable du désastre qui frappe Bourgoin…

Que les choses soient claires : je n’ai aucune responsabilité dans la situation actuelle du club ! Je n’ai pas contraint l’association à acheter mes actions, et quand je voulais en vendre 51%, ils en ont pris plus de 70%. Personne ne leur a mis le couteau sous la gorge pour cela. Je le dis et je le répète, je ne suis absolument pas responsable de ce qui se passe aujourd’hui à Bourgoin.

La descente aux enfers du CSBJ doit tout de même vous affecter…

Évidemment. Je comprends d’ailleurs la réaction des joueurs, qui ont incendié (lundi, ndlr) des palettes devant le stade Pierre-Rajon. Ce sont des sportifs, mais avant tout des hommes, avec des familles, et qui ne savent pas si demain ils auront du travail.

Pourriez-vous vous réinvestir dans le club pour l’aider à se sauver ?

Aujourd’hui mon entreprise me prend beaucoup de temps. Lorsque j’étais au club, le groupe Martinet (spécialisé dans l’agro-alimentaire) avait une usine. Aujourd’hui, nous en avons six, avec une activité développée à l’international. Je n’ai donc pas du tout le temps de m’occuper d’un club. L’argent est une chose, mais on parle là de management et d’organisation. Je n’ai pas le temps pour cela.

Propos recueillis par A.T