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Racing: "On ne prend personne pour des cons", lance Gaël Fickou qui défend Teddy Thomas

Evidemment déçu de la défaite contre l’Union Bordeaux-Bègles (14-37), Gaël Fickou n’a que très peu goûté les critiques contre son partenaire et ami Teddy Thomas auteur d’un petit chambrage sur Santiago Cordero. Le centre international et co-capitaine du club francilien s’explique pour RMC Sport.

Gaël Fickou, avec un peu de recul, comment analysez-vous cette défaite à domicile contre l’UBB (14-37) ?

Il y a eu un peu de tout. En première mi-temps, on fait un bon match, on met de l’intensité, de l’envie, on marque de beaux essais, on est appliqué et on tient le ballon. En début de seconde mi-temps, on a une occasion de marquer. On aurait pu les distancer et je pense que ça aurait été dur de nous rattraper. Mais ça a été tout le contraire. On fait un en-avant, mêlée puis on enchaîne des temps de jeu dans notre camp et on se fait pénaliser, et ils marquent rapidement derrière. Ça les remet dans le bain et à partir de là, la machine s’est enclenchée. Ils ont marqué trois essais en sept minutes et on se fait percer toutes les deux secondes. Le résultat est lourd mais il n’y a pas tout à jeter.

Quel a été le discours lors de la séance vidéo ?

Dur, avec une grosse remise en question. Perdre à la maison c’est toujours frustrant. Le match aurait pu tourner en notre faveur, mais malheureusement cela a été l’inverse. Nous n’avons pas mis les ingrédients suffisants en deuxième mi-temps. On n’est pas assez monté en défense et on a beaucoup subi. Nous avons aussi été beaucoup pénalisés. Mais sincèrement on voit qu’un match de rugby ne tient à rien. A un moment donné, soit on les tue, soit on les laisse revenir. Et malheureusement, on les a laissés revenir.

Cette deuxième défaite à la maison est-elle inquiétante ?

Oui et non. Quand on porte ce maillot, on se doit de gagner tous nos matchs vu l’exigence de ce club. C’est grave sans l’être. Mais je suis sûr qu’on va revenir sur le droit chemin. On va à Castres samedi et on sait que ce sera un gros match, un match dur dans des conditions pas idylliques pour jouer au rugby. On doit tous se remettre en question pour que le club relève la tête. Mais nous sommes tout de même sixièmes. Certaines choses ne fonctionnent pas et il faut aller de l’avant. Il n’y a pas de grosses inquiétudes mais il faut réagir. Je suis sûr qu’on va relever la tête.

Le manager de l’UBB Christophe Urios a déclaré dimanche : 'Ils (les joueurs du Racing) nous prenaient pour des cons'. Comment avez-vous accueilli ces déclarations ?

Il dit ce qu’il veut. On ne prend personne pour des cons. On joue au rugby à fond. Je ne sais pas du tout pourquoi il a dit ça. Souvent, il dit des choses comme ça pour remonter son équipe. Il a eu raison de le faire, la preuve, ils ont gagné. Mais je ne pense pas du tout qu’on les ait pris pour des cons. On n’a jamais manqué de respect à qui que ce soit. Je trouve ça dommage de dire ça tout simplement.


Cela vous blesse ?

Non, car chacun dit ce qu’il veut. En sport, il y a beaucoup d’enjeux, de la rivalité, de la concurrence. Parfois, on se sert de ce que l’adversaire a pu dire, de son attitude et de ce qu’il peut faire. Mais on sait très bien que nous sommes une équipe humble et travailleuse. On fera les comptes à la fin.

Avez-vous le sentiment que votre équipe a été suffisante ?

Non, je ne pense pas. On fait la fixette sur nous mais plein d’autres d’équipes perdent en deuxième mi-temps. Parfois, il y a un peu moins de réussite avec certes un peu moins d’agressivité. Mais ce n’est pas de la suffisance.

Depuis dimanche, on parle beaucoup du geste sur Santiago Cordero de Teddy Thomas qui s’est d’ailleurs excusé sur les réseaux sociaux depuis. En avez-vous discuté avec lui ?

Oui. On connaît tous les qualités de Teddy. Sincèrement, je ne pense pas qu’il ait voulu manquer de respect aux Bordelais. C’est un geste comme il peut le faire. C’est son caractère. J’ai vu dans la presse que tout le monde s’enflamme sur lui. Je peux donner l’exemple de d’autres joueurs qui ont fait ça et il n’y a pas eu le quart de ce qui s’est passé. Par exemple la finale de Coupe d’Europe entre Toulon et Clermont (ndlr : en 2013 Delon Armitage avait chambré Brock James). Personne n’en a parlé alors que le geste était dix fois pire. C’est Teddy. Il attire beaucoup de lumière et beaucoup de gens rêvent de le voir tomber. Mais je sais qu’il ne tombera pas car il est fort mentalement. Je trouve qu’on en fait un peu trop. Plein d’autres mecs l’ont fait et des trucs bien pires. Je trouve ça dommage. J’ai vu d’autres entraîneurs et des journalistes en parler. Il faut se calmer par rapport à ça.

Les excuses de Teddy Thomas sur Instagram
Les excuses de Teddy Thomas sur Instagram © @Capture


"Teddy s’est excusé et je pense qu’il regrette d’avoir chambré"

Vous pensez que les critiques sont plus virulentes car cela concerne Teddy Thomas ?

Parce que c’est lui, parce que le Racing suscite aussi parfois de l’énervement. Comme je disais, Teddy attire énormément la lumière. Quand il fait quelque chose, c’est décuplé. Comme je disais, je pourrais citer plein d’autres joueurs. On en fait un peu trop sur lui. Quand il marque un essai et qu’il fait un petit cœur pour un petit malade, on dit qu’il se la pète, alors que c’est une pensée positive. A chaque fois, c’est démesuré sur lui. C’est vrai qu’en soi, il ne doit pas faire ce geste. On ne va pas dire qu’il a raison de le faire mais on en fait des caisses alors qu’il y a eu des trucs bien pires. J’ai entendu que ça n’était jamais arrivé dans le rugby, on va ressortir les vidéos et on va en montrer 40 des trucs comme ça. Des gestes comme ça, des chambrages, ça arrive très souvent, mais quand c’est Teddy, c’est décuplé. C’est petit de dire des trucs comme ça.

L’avez-vous réconforté depuis dimanche ?

C’est quelqu’un de fort. Ça le touche forcément. Surtout que, comme je disais, je pourrais citer des centaines d’actions comme celles-ci où des joueurs chambrent. Certes, il ne doit pas le faire, c’est vrai. Ça n’a pas sa place dans le rugby, un sport avec beaucoup d’humilité et de respect pour l’adversaire. Mais ça peut arriver parfois de perdre le fil et de faire une bêtise. Il s’est excusé. Basta, et on passe à autre chose. Il n’y pas eu mort d’homme, il n’a pas craché sur quelqu’un, il n’a pas parlé mal à quelqu’un. En soi, il n’a pas fait quelque chose de très grave. Ce n’est pas bien mais ce n’est pas non plus l’affaire du siècle. Il faut vite passer à autre chose. Il s’est excusé et je pense qu’il regrette d’avoir chambré. Santi Cordero a répondu de la meilleure des manières sur le terrain en marquant des essais. Je pense qu’il est désolé de ça et on n’en parlera plus.

La défaite est avant tout collective…

Bien évidemment. Elle est totalement collective. Teddy est peut-être le meilleur joueur de l’équipe sur ce match. On devrait parler de la défaite plutôt que de ce geste.

Le déplacement à Castres samedi après-midi doit-il vous permettre de vous rassurer avant de débuter la Coupe d’Europe ?

Bien sûr. Il y a surtout besoin de prendre des points et de rester dans les six. Castres est un concurrent direct, une équipe redoutable qui est en forme. On sait que ça va être très dur mais on doit prendre des points. On manque encore de régularité mais on sait qu’il y aura des hauts et des bas dans la saison. Aujourd’hui, on est un peu dans le creux de la vague, mas je suis sûr qu’on va se relever. C’est à la fin qu’il faudra être bon

Propos recueillis par Jean-François Paturaud