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Toulouse: les Bleus, son amitié avec Ntamack… les confessions de Matthis Lebel

Double champion du monde U20, l’ailier du Stade Toulousain Matthis Lebel revient à Marcoussis pour espérer cette fois-ci revêtir le maillot de la grande équipe de France, après deux convocations l’an passé dans un groupe élargi. Révélation de la saison dernière, avec 15 essais marqués, il veut suivre le chemin de ses coéquipiers chez les jeunes et vivre des émotions avec son grand ami Romain Ntamack. L’enfant de Lombez Samatan a hâte d’en découdre.

Matthis Lebel, vous êtes double champion du monde U20 en 2018 et 2019. Marcoussis vous a-t-il manqué depuis ?

Marcoussis ça manque ? (Il rigole) Il y a un moment où on y allait beaucoup avec les équipes de France jeunes et on se disait qu’on avait envie de changer d’air ! Mais au final, on a toujours la banane d’y aller, de retrouver les mecs des autres clubs et le personnel de Marcoussis, tous les gens qui travaillent là-bas. C’est quand même de bons souvenirs

Est-ce une période qui vous a marqué ?

C’est un passage qui a fait beaucoup, beaucoup de bien. A titre individuel, forcément c’était incroyable. De réussir à gagner une première Coupe du monde en France et ensuite une deuxième en Argentine, forcément, c’est des moments inoubliables. Sur un plan national, ça a ouvert les yeux sur le potentiel des joueurs en France. Ça a fait bouger les choses au niveau des jeunes, on voit le nombre de joueurs qui jouent en Top 14, c’est incroyable. C’est génial pour tout le monde donc ça a été deux années vraiment enrichissantes et magnifiques.

Nombre de coéquipiers de l’époque comme Gros, Bamba, Geraci, Azagoh, Woki, Ntamack, Carbonel, Vincent, Barassi ont connu une ou plusieurs sélections avant vous. Cela vous a-t-il questionné ?

Non, on ne se compare pas mais je me suis simplement dit que c’était incroyable. Après, ils le méritent, ils ont travaillé dur pour, ils ont du potentiel et ils l’ont montré. Et de son côté, on se dit qu’on va aussi travailler dur pour un jour remettre le maillot avec les copains. Et comme on a moins de chance de jouer ensemble puisque chacun a son club, la seule possibilité ; si on veut encore écrire des pages de notre histoire ensemble, c’est de se retrouver chez les grands. Donc on en a envie, on en rêve et on travaille très, très dur pour. Des fois ça arrive, des fois ça n’arrive pas…

Les avez-vous parfois enviés ?

Non, je ne les enviais pas. J’étais même très content pour eux. Je suis très proche de la plupart d’entre eux. Que ce soit Romain (Ntamack), Louis Carbonel, Arthur Vincent, « JB » Gros. Ce sont des mecs avec qui je m’entends très bien. Je suis leur premier supporter. Après il y avait un peu l’instinct de compétition qui me disait de travailler et de tout faire pour un jour les rejoindre et jouer avec "mes potes". Donc je ne dirais pas que je les ai enviés mais ça m’a poussé à essayer de donner encore plus pour un jour être avec eux.

La France dispose-t-elle d’une génération en or ?

Je ne sais pas ce qui se fait dans les autres pays mais en tous cas mais il y a une génération où on s’entend tous bien. Après il y a aussi les « un peu plus grands » avec les Gaël Fickou, Cyril Baille, Julien Marchand, « Toto » Dupont… au final ça reste assez jeune mais il y a une belle osmose entre ceux un peu plus expérimentés et des jeunes qui sont plein de fougue. L’avantage, c’est qu’on s’entend bien. Tout le monde a la banane quand il se retrouve donc tu peux faire vraiment de belles choses je pense.

"Quand ton nom ressort souvent, mine de rien, tu commences à y croire"

Votre nom circule depuis un moment pour rejoindre le XV de France. Cela a-t-il eu des conséquences sur votre jeu ?

Ça a joué un peu. Après, je ne suis pas du genre à me prendre la tête ou à me voir plus beau que je suis. Mais c’est sûr que quand ton nom ressort souvent, mine de rien, tu commences à y croire et t’as envie de donner raison aux gens qui parle de toi. Donc au final tu essayes de faire le petit truc en plus sur le terrain, sauf que si ça ne se passe pas bien tu peux vite te retrouver à faire des matchs qui ne te ressemblent pas. Donc il faut réussir à jongler un peu pour ne pas te cramer les ailes avant même d’y être arrivé. Donc c’est vrai que c’était un peu particulier comme début de saison. Mais bon, petit à petit on va remettre les choses dans l’ordre et ça va le faire.

C’est quoi le monde du rugby de Matthis Lebel ?

Mon monde du rugby, c’est quand même se rappeler que je viens de Lombez-Samatan. C’est une partie à laquelle je tiens beaucoup. Il y a aussi toutes les rencontres que j’ai pu faire et les amitiés que j’ai pu garder avec des mecs comme Romain (Ntamack), Guillaume Marchand ou Lucas Tauzin. Et après, j’en parle souvent avec mes parents, j’ai la chance de vivre quelque chose de fantastique où tout est beau, tout est rose. Même si on fait des fois des mauvais matchs, on a retrouvé le public, on a la chance de jouer dans des stades pleins, de jouer pour un club qui me tient à cœur. Mais je ne l’oublierai jamais, et il ne faut pas oublier d’où on vient, mon premier maillot c’était à Lombez-Samatan. Et je me fais un plaisir, je me régale d’aller voir des matchs de Lombez le week-end. Revoir les copains, discuter avec eux, revoir ses proches. Donc voilà, un monde féérique, mais il faut savoir quand même d’où on vient. Dès que je peux, j’essaye d’aller faire un coucou à l’école de rugby, voir les jeunes. Je ne dis pas que je le fais toutes les semaines, mais si je peux aller le faire de temps en temps, je le fais avec grand plaisir.

Est-ce que l’avis de votre père, Mickaël, ancien joueur d’Auch et entraîneur à Lombez-Samatan, compte ?

Oui, énormément. Surtout quand j’étais beaucoup plus jeune, lors de mes premières années au Stade Toulousain. Peut-être parce qu’il connaissait les exigences du haut niveau, même si ce n’était que l’école de rugby du Stade Toulousain. Mais pour moi c’était déjà énorme ! Là, il m’avait pris beaucoup en main. Après, j’ai appris à me découvrir, quand je suis rentré dans le circuit, que ce soit au pôle espoir, chez les équipes de France jeunes. Là, il était plus accompagnateur qu’à me tirer, tirer, tirer. Mais par exemple, lors du confinement, il a repris la casquette du préparateur parce qu’on a eu plus de temps à passer ensemble. Sinon il m’accompagne beaucoup sur des débriefs de matchs, quand ça va ou quand ça ne va pas. Donc on arrive à se juger, à jongler pour créer une belle alchimie entre nous. Il me dit les choses, en bien ou en mal. En mal ça fait toujours du bien à entendre et il n’a pas peur de le dire. Quand je ne suis pas content de moi, il arrive à ressortir une ou deux actions dans le match où j’ai été pas mal pour que je ne me mette pas la tête au fond du sac non plus.

"Avec Romain, on sait qu’on en rêvait"

Vous avez évoqué votre amitié avec Romain Ntamack, nouée depuis que vous avez évolué ensemble dans les catégories jeunes. Vous étiez vous dit un jour que vous pourriez évoluer ensemble sous le maillot bleu ?

(Il rigole) Sans trahir de secret on va dire… je ne dirai pas qu’on se l’était dit ou qu’on s’en était fait la promesse mais en tout cas on en a déjà parlé, on sait qu’on en rêvait. Mais c’était des rêves de gamins, quand on a 13 ans. Mais tu ne te dis pas que huit ou neuf ans après, même si c’est pas encore fait… mais en tous cas on sera allé quand même le plus haut possible ensemble. Ça tu ne peux pas l’imaginer quand tu as 13 ans. Alors si ça arrive, on sera tous les deux très, très contents.

A quoi ressemblaient vos dialogues sur le sujet à l’époque ?

(Son rire redouble) Quand on était jeunes ? Pfff… C’était des trucs qu’on se dit quand on est gamins, la lumière éteinte avant de dormir ! On se dit "t’imagines, un jour, si ça arrive ? Et puis, écoute, s’il faut ça va arriver et ça sera drôle d’en reparler. Après, lui est bien plus avancé que moi. Moi, il me reste encore un peu de boulot je pense.

Vous avez une relation forte ?

Oui on s’entend très bien. Dès que je suis arrivé au Stade Toulousain on s’est bien entendu rugbystiquement et après en dehors à force de se découvrir. Après on a eu la chance que son père et mon père se connaissent plus ou moins via le rugby. Ça a peut-être simplifié les choses. Après, les choses se sont faites naturellement et maintenant, on est vraiment fusionnels.

Propos recueillis par Wilfried Templier à Toulouse