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Carillo, la vie d’après

François Carillo

François Carillo - -

Victime d’un arrêt cardiaque le 22 décembre dernier, François Carillo n’a toujours pas repris le rugby. En pleine rééducation, le troisième ligne de l’Aviron Bayonnais reste au contact du groupe basque. Sans aucune garantie de pouvoir pratiquer de nouveau son métier.

22 décembre 2012. Nous sommes à quelques minutes du coup d’envoi de la rencontre entre l’Aviron Bayonnais et Mont-de-Marsan, comptant pour la 13e journée du Top 14. Présent comme 24e homme, François Carillo s’échauffe. Normalement. Jusqu’au moment où les Bayonnais répètent une touche. Le troisième ligne souffle à deux de ses coéquipiers, l’ancien capitaine Marc Baget et Abdel Boutaty, « qu’il ne se sent pas très bien. » L’instant d’après, le jeune homme de 25 ans s’effondre sur la pelouse de Jean Dauger, face contre terre. Victime d’un arrêt cardiaque. « Je me rappelle de l’échauffement, de quasiment tout jusqu’au malaise, raconte l’intéressé. Après, plus rien pendant 3 ou 4 jours. Ça a duré 10 secondes. Pendant 10 secondes, je n’étais pas bien, j’avais des vertiges, je voyais un peu flou. »

La suite ? L’intervention rapide de ses coéquipiers, qui le placent en position latérale de sécurité et lui évitent d’avaler sa langue avant l’arrivée des secours. « On a pris sa tête dans nos bras, on est resté près de lui. La position latérale de sécurité l’a peut-être aidé, le protège-dents aussi », confesse Baget, qui refuse l’étiquette du héros. Puis l’évacuation avec un masque à oxygène sur le visage, direction le service de réanimation de l’hôpital de Bayonne. Enfin, le réveil le 24 au matin, avant une semaine d’hospitalisation et un retour à domicile le 31 décembre. Et depuis ? De la rééducation à la clinique de Paulmy, au service réadaptation cardio-vasculaire : « De 8h30 à 11h30, je suis à la clinique avec des journées bien remplies et toutes sortes d’activités, raconte Carillo. Je fais du vélo, j’ai commencé à courir sur le tapis, on m’a autorisé à aller nager. Mais l’après-midi, j’ai un peu une vie de retraité. »

« Toujours un doute »

Une vie qu’il occupe désormais tous les après-midis en rendant visite à ses collègues à l’entraînement. « C’est important qu’il vienne nous voir, lâche Marc Baget. Il y a des liens forts entre nous. Quand l’un d’entre nous est touché, c’est important de retisser ses liens. » Des liens forcément bouleversés aujourd’hui. Marqué par l’incident, le groupe bayonnais peine encore à se lâcher totalement avec son coéquipier. « On attend d’abord que lui le prenne avec dérision, poursuit Baget. Il y a quelques répliques assez drôles qui fusent comme « A quoi ressemble Jésus ? ». On en rigole mais avec beaucoup de délicatesse car on a conscience que ce sont des choses qui doivent marquer.»

Pas au point, non plus, de verser dans la surprotection, ce à quoi veille attentivement l’entraîneur bayonnais Christian Lanta. « Il ne faut qu’il se sente handicapé. Il faut trouver le juste équilibre mais sans en faire trop non plus… Je le trouve de mieux en mieux, il a repris des activités et il retrouvera un équilibre très facilement. » Un équilibre qui passe évidemment par le toucher du ballon ovale. Actuellement en arrêt de travail, François Carillo, sous contrat à l’Aviron jusqu’en juin prochain, ne sait pas de quoi son futur sera fait. L’envie est là mais… « Pour l’instant, il y a toujours un doute, avoue Carillo. Il y a l’envie qui revient, j’ai repris de l’assurance, petit à petit l’appréhension s’en va. Je vais repasser une batterie d’examens en mars pour faire l’état des lieux et on verra. La décision ne m’appartient pas. Je ne me projette pas trop, je me mets à fond dans ma « rééduc ». Si cela sourit, tant mieux. »

A.D avec O.S