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Castres, un "club virtuellement en Top 14", peste son président

Le Castres Olympique sera encore une fois un outsider de cette saison de Top 14. Champion de France en 2018 pour la cinquième fois de son histoire, le club tarnais peine toutefois, au grand dam de son président, à se faire une place médiatique parmi les gros bras du championnat. Entre regrets d’un manque de reconnaissance et contentement d’une discrétion qui colle bien à l’esprit local.

Pierre-Yves Revol était cette semaine un président agacé. En conférence de presse, il avait pris soin d’imprimer certaines coupures de presse. Le souci ? Un sondage des entraîneurs des clubs du Top 14 dont un seul voyait le CO parmi les six qualifiés potentiels et surtout une interview du patron du rugby à Canal Plus, Eric Bayle, le tout chez nos confrères de Midi Olympique, qui avait omis de citer Castres parmi les équipe qui pouvait avoir les honneurs d’une programmation le dimanche soir en prime time. Dans cette nouvelle case télévisuelle trois étoiles du diffuseur, et ce, en nommant pourtant des clubs qui pouvaient faire figure de surprises. Mais pas de Castres, crime de lèse-majesté à la forte résonance dans le Tarn…

"Les observateurs considèrent que le CO est un club qui figure virtuellement dans le Top 14. Quand Eric Bayle cite les équipes qui sont susceptibles d’évoluer en prime time le dimanche soir, il parle du Racing, Toulouse, Clermont, Lyon, Toulon, Bordeaux, La Rochelle, Montpellier ou du Stade Français. Mais il dit aussi que s’il y a une équipe surprise, comme Brive, Pau, Agen ou Bayonne, qui était en tête, alors il se poserait la question d’une diffusion en prime time. Il cite treize clubs, sur quatorze, et pas le CO ! Donc nous sommes absents, inconnus au bataillon, comme déjà relégués en D2".

Pourtant, Castres se retrouve en tout de même en "back-up" du prime time sur la 2e journée, au cas où la rencontre Toulon-Lyon serait reportée… "Ce qui est déjà un premier pas pour un club qui n’existe pas", grince Revol. Mais on se retrouve là avec un problème récurrent des Castrais, qu’on peut aussi imaginer comme un simple oubli sans voir plus loin dans ce cas très précis : leur relatif manque de reconnaissance. Mais ce n’est pas nouveau. Déjà, avant leur titre acquis en 2013, les entraîneurs de l’époque, Laurent Travers et Laurent Labit, pestaient parfois sur le désintérêt des médias. Des années plus tard, et malgré un nouveau Bouclier de Brennus en 2018, le refrain refait surface.

"Le profil bas, ça a toujours été notre credo ici"

Et Revol saisit l’occasion avec sarcasme quand on lui parle de ses ambitions : "Puisqu’un seul entraîneur du Top 14 nous voit nous qualifier et même un autre être parmi les relégués, nous serions très prétentieux si on affichait une ambition trop importante ! Ce qui est marrant, c’est qu’au cours des dix dernières années, le CO s’est qualifié huit fois pour les phases finales. Alors il n’y a pas de corrélation, mais c’est un peu notre lot, notre vocation que de n’être jamais cités, jamais attendus. Mais on s’en accommode pas mal et encore une fois, notre objectif va être d’essayer de surprendre. Et peut-être qu’encore une fois, certains vont redécouvrir le Castres Olympique." On leur fait confiance pour cela…

Le président n’hésite pas à avancer que Castres est un endroit enclavé, une sous-préfecture au milieu des grandes villes de ce Top 14 et des gros bras, le 11e budget et la 11e masse salariale du championnat. Justement les arguments dont il se servait en 2018 (!), pour habilement jouer les petits poucets lors des phases finales. Avec la réussite et le bonheur que l’on sait. Si on avoue que la reconnaissance n’est peut-être pas à la hauteur de la qualité du club, la complainte n’est pas toujours recevable. Quand on vient le glisser au capitaine Mathieu Babillot, il affiche un grand sourire et souffle longuement. "Franchement c’est la même question chaque année. Forcément ça ne fait pas plaisir de ne pas être considéré. Mais le profil bas, ça a toujours été notre credo ici".

De là à penser que ça sied à merveille à ce club et sa philosophie, il n’y a qu’un pas. "Nous avons une équipe, un groupe, qui travaillent très dur, poursuit Babillot. Et dans l’ombre. Généralement, ça nous réussit plutôt bien c’est vrai. Mais voilà, c’est la même question chaque année et on a l’habitude !". Il faudra alors au CO refaire parler de lui sur le terrain. Toujours prouver. Et profiter, comme une manière presque sociologique, de l’effet Covid ? "Il n’y a pas que la France des villes, il y a la France des territoires conclue Pierre-Yves Revol. Et cette France, on l’a peut-être un peu redécouverte. Beaucoup sont venus en vacances en province, à la campagne à la montagne. Peut-être qu’on va redécouvrir le Castres Olympique de la même manière". L’invitation est lancée.

Wilfried Templier