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Finale Montpellier-Castres, Pierre-Yves Revol: "Ce club a une identité très forte"

EXCLU RMC SPORT. Avant la finale du Top 14 entre Montpellier et Castres ce samedi (20h45), le président du club tarnais Pierre-Yves Revol souligne l’ADN du CO et en fait même un atout dans la quête d’un cinquième Bouclier de Brennus.

Pierre-Yves Revol, le fossé est-il si important entre Castres et Montpellier?

Je ne sais pas si on joue sur cet écart, mais je crois que cela correspond à une certaine réalité. D’un côté, on a une modeste sous-préfecture, enclavée et difficile d’accès, de 40 000 habitants. De l’autre, on a une grande métropole et l’une des plus grandes villes de France. En étant objectif et sans aucune jalousie, le MHR est un club qui consacre des moyens plus importants pour le rugby que le nôtre. Nous avons le onzième budget du Top 14 et une masse salariale autour de la neuvième ou dixième position. Les moyens des clubs sont différents. Mais dire cela, ce n’est pas jouer un rôle et certains en rajoutent peut-être un petit peu. Nous, on ne se plaint pas de notre sort et nous décrivons une situation objective. Nous sommes très contents des moyens à notre disposition et nous sommes très heureux d’avoir un groupe comme Pierre Fabre qui nous soutient avec une très grande fidélité depuis près de 30 ans. Depuis cinq ans, les moyens sont importants mais stables et ne sont pas destinés à augmenter parce que nous gardons un budget raisonnable.

Justement, quel est l’apport du groupe Fabre?

En tout cas, il n’est pas démesuré parce que le CO est très loin de la limite du salary cap. Contrairement aux grands clubs de France qui ont atteint ce salary cap et qui se demandent souvent comment ne pas le dépasser. On dit même que certains le dépassent alors que nous, nous en sommes assez éloignés. De plus, il n’y a aucun contrat parallèle de droit à l’image pour rémunérer des joueurs, contrairement à de nombreux clubs. Et cela, parce que je souhaite que la gestion du club reste parfaitement transparente. Nous avons des devoirs vis-à-vis du groupe Fabre et je ne veux pas prendre le moindre risque d’avoir des rémunérations plus ou moins occultes en complément des salaires. Au Castres Olympique, les joueurs perçoivent des salaires. Point barre.

D'autres clubs utilisent des rémunérations complémentaires?

Oui ! Parfois de façon très officielle et très transparente, et donc très légale. Mais souvent, ces rémunérations complémentaires concernent des joueurs de très haut-niveau et des internationaux qui font des opérations de relations publiques et autres. A Castres, nous avons peu de joueurs de ce type et donc on ne pratique pas de droit à l’image et le budget du club est parfaitement transparent.

Ce statut de petit Poucet, est-ce que cela permet au groupe d’être plus uni?

Ce statut ce n’est pas une posture. C’est la réalité du club et son identité. Oui, Castres est le club d’une petite ville. Oui, ce club essaye d’avoir une ambiance très familiale. Oui, les joueurs demeurent très proches du public. Au retour de Lyon (après la demi-finale, ndlr) ils sont allés boire un pot avec les supporters. Pas pendant des heures, mais ils ont passé une heure avec les supporters. Oui, ce club a une identité très forte qui se transmet de génération en génération. A Lyon, il y avait des joueurs sacrés champions de France en 1993, d’autres tirés en 2013, qui communiaient avec l’équipe actuelle. Je ne pense pas que cela soit très fréquent dans le rugby professionnel. Même ceux qui partent conservent un attachement au club. Et tout cela ce n’est pas feint. C’est une réalité. Nous essayons de cultiver le collectif et le mettre au-dessus de tout. Cela permet sans doute au club de se transcender pour certaines occasions. Ce club est un peu différent par la force des choses, mais nous respectons les autres modèles. Je ne me projette pas dans le modèle du rugby actuel, pour des raisons financières et des limites à ne pas dépasser, mais aussi parce que ce n’est pas dans notre ADN. Fabre soutient le rugby pour fédérer ses collaborateurs et pour promouvoir sa région. Ce qui nous guide, c’est une démarche citoyenne.

Ressentez-vous déjà le soutien d’une partie du rugby français? 

Nous serons très heureux si une partie importante du rugby français est derrière nous samedi. Mais il faut relativiser parce que même si c’est le cas, cela ne changera pas la donne sur le plan sportif. Mais c’est toujours agréable d’être soutenu. Le rugby des terroirs et des provinces, celui des sous-préfecture voire celui des préfectures, sera peut-être plus naturellement enclin à nous soutenir parce que les uns et les autres peuvent retrouver dans notre club des valeurs voisines des leurs. Mais ce n’est pas pour autant que l’on est en dehors du système professionnel. Même si nos moyens restent raisonnables, nos joueurs sont bien rémunérés et évoluent dans un environnement pro. Il ne faut pas caricaturer et dire que nous sommes des amateurs chez les pros.

Quelles sont vos chances de l’emporter en finale?

Il y a un favori très logique et c’est Montpellier. Nous sommes tout à fait conscients que cette dernière marche va être très difficile à franchir. Cela sera plus dur que les matchs précédents. Mais si je suis sûr d’une chose, c’est que notre groupe donnera le maximum pour ses supporters et le club. Le groupe se montrera à la hauteur de l’événement. Est-ce que cela sera suffisant pour renverser tous les pronostics? Réponse samedi soir.

Etes-vous bluffé par votre groupe?

Je ne sais pas s’il me bluffe mais en tout cas, il me plait. Il me plait parce qu’en trois ans, Christophe Urios a réussi à façonner un groupe d’une très grande homogénéité, comme on en a rarement eu. Ce n’est probablement pas le groupe que j’ai connu avec le plus de talent, mais c’est peut-être celui qui a le plus de richesse humaine et dont la force collective est la plus importante. Peut-être même plus que le groupe titré en 2013.

Allez-vous poursuivre l’aventure avec Christophe Urios?

Elle va déjà se poursuivre l’année prochaine puisque Christophe Urios est sous contrat pour la saison 2018-2019. On fera tout pour qu’elle se prolonge un peu plus. Il correspond parfaitement à l’ADN de notre club et il le sait. S’il le souhaite, je pense que oui, on pourra prolonger cette aventure qui vaut le coup d’être vécue.

Rodrigo Capo Ortega est-il l’âme de cette équipe?

C’est un cas, car c’est l’un des rares joueurs de la génération actuelle à avoir fait toute sa carrière au club. D’ailleurs, il va la poursuivre encore la saison prochaine et je ne sais pas s’il n’envisagerait pas de la poursuivre encore au-delà. Forcément, il symbolise le club. Aurélien Rougerie a arrêté sa carrière récemment et Rodrigo Capo Ortega fait aussi partie de ces joueurs qui, dans le monde professionnel, sont restés fidèles à un club. Il est arrivé de Fédérale 1, de Millau, et il ne s’est jamais posé la question sur un éventuel départ. Il est attaché au club comme sans doute peu de joueurs le sont. En plus, c’est un joueur entier et forcément très apprécié par le public. Il représente une partie non-négligeable de l’âme du club et de l’équipe actuelle.

JGL avec Wilfried Templier à Castres