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Montpellier: "Avoir une vraie identité d’équipe", annonce Saint-André qui va rejoindre le MHR

Exclu RMC SPORT - Philippe Saint-André, l’ancien sélectionneur du XV de France et consultant de RMC Sport, rejoindra Montpellier en tant que directeur du rugby fin février ou début mars. Il nous explique pourquoi il a décidé de se lancer dans cette aventure.

Philippe Saint-André, pourquoi allez-vous rejoindre Montpellier dans quelques semaines?

D’abord parce que le projet est plus qu’intéressant. Le président Mohed Altrad investit depuis longtemps dans son club. Il a mis en place des structures qu’il faut faire évoluer. Il y a un entraîneur français, Xavier Garbajosa, qui est sûrement un des plus doués de sa génération. Mais beaucoup de particularités au Top 14 existent, en particulier les JIFF (les joueurs issus des filières de formation) et le salary cap. Même si des choses ont déjà été mises en place, il y a un gros travail à réaliser sur l’organisation, l’institution, la structure du club et le centre de formation qui doit être le vivier du club. Le club cherchait un directeur du rugby, un rôle que j’ai déjà occupé à Gloucester, à Sale et plus ou moins à Toulon.

C’est-à-dire?

Il y a un alignement des planètes à une période où j’étais disponible avec l’envie de repartir sur un projet solide. Ce club est ancré mais il est jeune. L’important sera de bien le faire évoluer, et d’abord de bien finir la saison puis tout mettre en place pour avoir des structures encore plus solides et faire en sorte que l’institution soit importante, que l’équipe joue encore plus en équipe mais aussi réaliser un travail de maillage avec les supporters, l’association et les clubs amateurs. C’est un travail passionnant que je connais bien. Je suis motivé et déterminé pour essayer d’apporter mon expérience au club de Montpellier et donner tous les atouts au staff pour qu’il soit le plus performant possible.

La vie de club vous manquait-elle?

Après avoir entraîné pendant 18 ans d’affilée et avoir été sectionneur, j’avais choisi de faire un break de quelques mois. RMC m’a donné l’opportunité d’être consultant, et j’ai passé de très bons moments. Mais c’est vrai que depuis douze ou quinze mois, ça me titillait de plus en plus. J’avais vraiment besoin de m’investir à nouveau dans un club professionnel avec de l’envie et de la grinta! (Sourire)

Quel a été le discours du président Mohed Altrad?

Je le connais depuis pas mal d’années. Etonnamment, on avait failli partir ensemble puisqu’il avait failli racheter le club de Gloucester où je devais faire partie du projet en tant que directeur du rugby. Cela n’a pas pu se faire par rapport à des aspects administratifs, puisque Mohed Altrad ne pouvait pas à la fois détenir un club en France et en Angleterre. Au mois de décembre, il m’a appelé. Après avoir eu Jake White, un Sud-Africain, puis un entraîneur néo-zélandais avec Vern Cotter, la configuration des JIFF et du rugby français nécessite d’avoir une vision à long terme. On ne va pas effacer tout le travail fait en amont. Mais il faut travailler sur le plan de succession, il est important d’investir sur les jeunes, la formation. On peut voir que Montpellier a déjà bien travaillé avec cinq joueurs du club retenus dans le groupe remanié et jeune de l’équipe de France.

Faut-il reconstruire une équipe?

Comme on a pu le voir depuis quelques mois, le meilleur recrutement est de conserver ses meilleurs joueurs, tes jeunes joueurs et tes JIFF. C’est ce que le club est en train de faire depuis quelques mois. C’est sûr qu’il faudra trouver une osmose pour bien terminer la saison qui est importante. Montpellier est à la bagarre pour finir dans les six premiers mais la compétition est forte. Il faut préparer l’avenir. Beaucoup de joueurs qui ont été importants vont partir. Il faut restructurer en étant cohérent dans le recrutement et en conservant tes meilleurs joueurs. On doit encore travailler pour avoir une vraie identité d’équipe.

"Si un joueur veut venir, c’est pour le projet sportif"

Vous devrez aussi composer avec l’obligation de respecter le salary cap…

Bien sûr. Cela fait partie de mon job. C’est primordial. Clermont-Ferrand est dans le même cas, tout comme le Stade Français. Tu dois être cohérent sur la masse salariale en te séparant de joueurs qui peuvent être importants. Mais il faut respecter les règles. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’avoir un plan de succession avec des jeunes joueurs. On va vraiment encore plus optimiser le centre de formation et le groupe des moins de 21 ans. L’identité est plus importante que les personnes. Je suis là pour essayer de mettre en place des bases encore plus solides pour les prochaines années.

Quel regard portiez-vous sur Montpellier avant de signer?

Il y a souvent un faux procès fait sur Montpellier. On peut se rendre compte qu’il y a beaucoup plus de joueurs JIFF peuvent le croire. Le club a cinq éléments dans la première liste de 42 joueurs et il a recruté des joueurs français comme Vincent Rattez. Xavier Garbajosa fait un travail dans ce sens-là et on va continuer. On ne veut pas faire n’importe quoi. Si un joueur veut venir, c’est pour le projet sportif. C’est la priorité.

Vous ne serez pas sur le terrain mais bien directeur du rugby…

Je ne dis pas que je ne serai jamais sur le terrain. Je serai là en appui de Xavier pour lui amener ma vision et mon expérience. Mais je le redis, Xavier est sûrement un des entraineurs les plus doués de sa génération. Il a besoin de se concentrer uniquement sur le terrain.

Comme vous l’avez souvent fait dans votre carrière de technicien, vous allez arriver en cours de saison pour déjà imprimer votre marque et travailler sur le prochain exercice…

Oui, que ce soit à Sale, Bourgoin ou Toulon, je suis toujours arrivé dans la période du mois de février. Il est important de ressentir le club, le vestiaire, les structures, l’organisation et l’ADN du club. Sur les renégociations de contrat et le recrutement, tout se fait très en amont. Ce club a des moyens mais il faut encore davantage valoriser ses atouts.

Avez-vous le sentiment d’être attendu et ressentez-vous une certaine pression?

Bien sûr. Pendant quelques années, je n’ai pas coupé du rugby en ayant la chance de travailler pour RMC, mais aussi en faisant des piges pour le Canada en tant que consultant, et j’avais une académie sur la formation des joueurs. Il faut se remettre en question en permanence pour évoluer sans copier les autres. Je suis très motivé et très content de travailler avec Xavier Garbajosa, Mohed Altrad et toutes les personnes qui composent ce club.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud