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Talès : « On ne peut pas dire qu’on est là par hasard »

Rémi Talès, l'ouvreur du Castres Olympique

Rémi Talès, l'ouvreur du Castres Olympique - -

Face à Toulon samedi, Rémi Talès vise un 2e sacre consécutif en Top 14. Le capitaine de Castres s’est livré pour RMC Sport sur la réussite du CO, la dernière de Wilkinson et son statut d’ouvreur n°1 un des Bleus, qu’il rejoindra en Australie.

Rémi Talès, considérez-vous comme un exploit de revenir avec Castres au Stade de France pour une nouvelle finale, comme la saison passée ?

Oui, je pense que c’est un exploit. On se qualifie in extremis face à Bayonne, on perd sans même prendre un point de bonus (23-13). C’est vrai que se retrouver en finale, c’était inenvisageable il y a un mois. Après, c’est la force de notre groupe. Quand plus personne ne nous attend, on arrive à relever la tête et à faire de grosses performances. En barrage à Clermont (16-22), il n’y avait que nous qui croyions en nous ! Et on a su tirer notre force de ce caractère-là.

Etes-vous vraiment outsider face à Toulon ?

Vu l’équipe que nous avons sur le papier par rapport à Toulon, forcément, il y a moins de joueurs connus, moins d’expérience. Donc sur cet aspect-là, oui nous sommes outsiders. Après, on a une grande force, c’est notre équipe, notre collectif et ça fait quand même maintenant cinq ans que le Castres Olympique fait les phases finales. Ce sera la deuxième finale consécutive. Donc on ne peut pas non plus tout le temps dire qu’on est là par hasard.

Pouvez-vous nous décrypter ce groupe castrais ?

Il est difficile à cerner ! (sourire) Parce qu’on est capable de faire des grandes choses comme passer à travers sur un match ! Mais voilà, je pense qu’on ne doute jamais, même quand on loupe un match. On est sûr de notre force et on sait que le match d’après, on va relever la tête et produire autre chose. Et surtout, il y a une grosse confiance envers son coéquipier et quand il y en a un qui est en difficulté, on arrive toujours à se mobiliser pour lui et à le remettre en confiance. Je pense que c’est une grosse force qui nous anime et qui nous pousse à aller de l’avant.

Il y a des rôles bien définis dans ce groupe ?

Oui, il y a des leaders de vestiaires. On est quatre capitaines (lui, Capo Ortega, Caballero et Cabannes, ndlr) à gérer la saison avec le staff et le groupe. Après, il y a des leaders de vie qui s’occupent des repas et des amendes. C’est un groupe qui vit bien ensemble, qui a l’habitude de fonctionner ensemble, qui a ses repères. Et c’est sûr qu’aujourd’hui, c’est ce qui fait notre force.

C'est quoi un club tranquille ?

C’est un club comme Castres, discret médiatiquement. Le club ne fait pas trop de « com » sur nous. On avance discrètement, dans notre coin. Au Lévezou, où on s’entraîne, il doit y avoir quarante spectateurs qui viennent nous voir toute la semaine. Donc on est entre nous, on vit entre nous et on fait notre truc pour nous. Il n’y a pas de grosses sorties médiatiques, pas de grosse pression de résultat et c’est ce qui fait la différence avec d’autres clubs.

Avec Toulon par exemple ?

C’est sûr que ce sont deux équipes totalement différentes d’un point de vue médiatique. A Toulon, les joueurs qui composent l’équipe font que les médias s’intéressent beaucoup plus à eux qu’à nous, ce qui est tout à fait logique. Et ça, on ne le revendique pas. Après, c’est sûr que ce sont deux modes de fonctionnement différents, mais chacun a ses avantages et ses défauts.

Est-ce que votre succès est aussi celui du nouveau staff ?

Bien sûr. Il faut souligner le travail de Serge (Milhas) et David (Darricarrère). On sait tous ce qu’avaient fait leurs prédécesseurs Laurent Labit et Laurent Travers. Reprendre une équipe qui vient d’être championne de France, je pense que c’est très compliqué. Avec en plus un nouveau manager, Matthias Rolland, qui vient de juste de passer de joueur à manager. C’était vraiment un gros challenge pour eux. Ils ont su très bien gérer la chose. Ils ont laissé le fonctionnement qui était en place et petit à petit, ils ont mis leur patte et c’est vrai qu’aujourd’hui, c’est bien pour eux qu’on soit en finale.

Est-ce qu'on a plus de pression quand on est l'ouvreur numéro un de l'équipe de France* ?

On en a un peu plus (sourire). C’est vrai qu’on attend forcément plus de moi, alors que je suis toujours le même joueur. Donc de temps en temps, c’est vrai que ça met un peu de pression supplémentaire. Mais j’essaie de faire abstraction de ça et de rester le joueur que je suis et que j’étais avant d’être en équipe de France.

*Le 7 mai dernier, le sélectionneur du XV de France Philippe Saint André a déclaré que Rémi Talès était le demi d’ouverture numéro un.

Avez-vous un statut à assumer ?

C’est compliqué à dire. Après, oui, forcément j’ai un nouveau statut. Je suis aussi capitaine à Castres. Donc je me dois de montrer l’exemple et d’être un maximum irréprochable lors des matchs. Et c’est vrai que de temps en temps, c’est difficile, avec l’enchaînement des matchs, de passer de l’équipe de France au club. Pour moi, c’était nouveau. Donc forcément, j’ai eu des hauts et des bas cette saison et de temps en temps, ça m’a mis une pression supplémentaire. Je l’ai aussi ressenti au niveau du discours des coachs et du président, qui attendent plus de moi du fait de mon statut en équipe de France. Mais bon, j’ai essayé de ne pas y penser, de faire mon jeu et d’amener l’équipe le plus haut possible.

En finale, ce samedi (21h), vous allez affronter Jonny Wilkinson pour son dernier match. Que représente-t-il à vos yeux ?

Déjà, c’est la référence au poste d’ouvreur sur les quinze dernières années. Même s’il a connu pas mal de blessures, il a été régulier au très haut niveau. Il inspire le respect, de par sa carrière et sa qualité de joueur. Et pouvoir l’affronter pour sa dernière, c’est quelque chose de fabuleux pour moi. J’ai des souvenirs de son drop en finale de la Coupe du monde 2003 et me retrouver face à lui, c’est quelque chose de très important. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il aura vraiment marqué l’histoire du rugby mondial.

Propos recueillis par Wilfried Templier