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Top 14 – Coronavirus: "J’aurais aimé bien finir" explique Capo Ortega

Rodrigo Capo Ortega, le 2e ligne emblématique du Castres Olympique doit prendre sa retraite sportive à la fin de la saison. A 39 ans, après dix-huit saisons passées sous le même maillot, l’actuel doyen du Top 14 doute qu’il pourra faire ses adieux sur les terrains à cause de la crise du Covid-19. Actuellement confiné dans sa maison aux alentours de Castres, avec sa femme et ses deux enfants, il avoue sa frustration. Tout en relativisant sa situation.

Comment vivez-vous le confinement actuel?

Au début, personne n’était conscient de l’ampleur qu’allait prendre ce virus. La première semaine, on s’est dit, "top, on est chez soi, tranquille, ça va passer". Mais après que le président de la République ait parlé, après qu’il ait annoncé que c’était quelque chose de sérieux, l’ambiance est tombée pour beaucoup. Plus le temps passe et plus le confinement risque de ses prolonger. On peut avoir une saison blanche… mais après il faut relativiser les choses. Ne pas être égoïste, regarder un peu à côté de soi ce qu’il se passe et ce qu’il se passe est vraiment grave. On se rend compte qu’on a la chance d’être en bonne santé, en famille pour ceux qui en ont et il faut prendre les choses telles qu’elles sont.

Comment vous entretenez-vous pendant cette période?

On a un planning à disposition avec des exercices à faire. Des courses, du vélo pour ceux qui en ont, de la musculation. On a des options pour faire des choses, même sans matériel. L’entraînement n’est pas le même bien sûr. C’est pour ça que dans l’absolu, si on reprenait, ce que j’espère au plus profond de moi, il faudra faire un travail de pré-saison. Car ça ressemble un peu à une intersaison actuellement, même si ce n’est pas les vacances! Tu ne peux pas prendre l’avion, partir à la mer, sortir… là tu es enfermé chez toi et c’est vrai que par moment, ton cerveau, il carbure, mais pas trop bien!

A quoi ressemble vos journées?

Ma journée type? On se lève vers huit heures et demi avec les enfants. On prend le petit-déjeuner ensemble. On leur fait faire les devoirs puis on sort un peu jouer. On déjeune et après, vers 14h, on se fait un petit temps calme. L’après-midi, un peu d’entraînement et vers 18h, j’allume un feu et on parle, on joue aux jeux de société. Le dîner, un petit film le soir et voilà!

A 39 ans, vous avez récemment annoncé la fin de votre carrière à l’issue de l’actuelle saison. La suite est donc vraiment importante pour vous. Quelle est votre plus grande crainte?

Que le championnat ne reprenne pas bien sûr. J’aurais voulu, et je pense que je le mérite, une belle fin. Dix-huit ans en tant que joueur professionnel, dans un même club, qui est celui de ma ville. J’aurais aimé bien finir. Mais bon, je sais que si ça ne se fait pas, ça se fera peut-être pas comme je l’aurai souhaité, mais d’une autre façon. Ça se fera. En parlant avec le président Pierre-Yves Revol, il me le dit: "tu feras ton dernier match à Pierre Fabre, ne t’inquiètes pas". Peut-être que ce ne sera pas en championnat, que ce sera quelque chose de plus intime.

Une sorte de jubilé?

Je ne sais pas… c’est trop tôt pour en parler. On verra. Aujourd’hui je vis au jour le jour et j’essaye de ne pas me projeter, à penser à des choses qui ne se passeront pas comme je vais le prévoir. C’est la meilleure façon de profiter du moment présent.

"Si j’avais fait une saison de plus, je me serai menti à moi-même" 

Si jamais le Castres Olympique ne jouait pas cette saison, est-ce que cela pourrait changer quelque chose à votre décision de raccrocher les crampons ? Ou est-ce définitif?

Non, non. Je pense que ma décision est prise. La saison prochaine, j’aurai un poste d’ambassadeur du club, j’aurai mes fonctions au club. Différentes. Cette année je m’étais mis comme objectif de retrouver mon niveau de 2018 (il était capitaine en finale lors du dernier titre de champion du CO cette année-là), mais je n’ai pas réussi. Ma tête me disait "oui", me poussait à faire tout pour, mais je sentais que mon corps commençait à me lâcher. Et si j’avais fait une saison de plus, je me serai menti à moi-même et à beaucoup de monde. Je ne suis pas un tricheur. Quand je fais les choses, je les fais à 100% ou je ne préfère pas les faire.

Est-ce que du coup vous vous tenez au courant des avancées, des échanges entre présidents de club auprès du vôtre, Pierre-Yves Revol?

Oui, oui. On est au courant. On a eu une conférence téléphonique mercredi soir durant laquelle Pierre-Yves nous a tenu informé de ce qu’il se disait. C’est bien qu’il prenne cette initiative d’être transparent avec nous.

Le dernier match que vous avez disputé, c’était le 1er mars au stade Chaban Delmas face à l’UBB de Christophe Urios (défaite 26-24). Vous souvenez-vous du premier?

Oui. C’était à Grenoble, en 2002. On avait perdu. Je venais d’arriver à Castres, j’avais joué deux matchs en Espoirs. On m’a pris dans le groupe pour Grenoble. J’étais déjà super content d’être dans le groupe! Je ne pensais pas jouer. Et quand ils ont donné l’équipe, moi qui n’avait joué que 2e ligne ou 3e ligne centre, j’entends que je suis titulaire en 3e ligne aile! Un poste où je n’avais jamais joué! Mais ça c’était bien passé. Et le match d’après, on recevait Biarritz, le champion de France en titre et j’ai débuté de nouveau. J’ai joué 3e ligne aile lors de ces deux premières saisons à Castres. Du coup, j’avais signé un contrat d’une année plus une autre optionnelle et finalement, au bout de deux mois, ils m’ont fait signer un nouveau contrat de quatre ans.

"Je suis persuadé que les choses n’arrivent pas sans raison"

Quelle est votre meilleur souvenir sous le maillot castrais?

La finale 2018. 2013 avait été un moment énorme, je m’en souviendrais toute ma vie. (Il soupire) Mais je pense qu’en 2018, toutes les conditions sont réunies: la façon dont nous sommes arrivés en finale, le fait que je sois capitaine au Stade de France. C’est aussi, des trois finales que j’ai joué (2013, 2014 et donc 2018, NDLR), celle où j’ai le mieux joué. Ce qu’on a vécu, c’était super.

D’autres joueurs, tels que votre coéquipier à Castres Christophe Samson, le Clermontois Davit Zirakashvili, le Rochelais Brock James, pourraient aussi arrêter sans pouvoir refouler les terrains. Vous ne vous êtes pas appelés?

Non (il rigole). Mais le rugby est un sport où tu peux joueur contre des mecs et le jour où tu les vois en dehors, tu passes un super moment avec eux. C’est réjouissant.

On va vous souhaiter de vous revoir sur les terrains. C’est peut-être encore possible. Vous êtes très croyant n’est-ce pas?

Oui. Très croyant. Et je suis persuadé que les choses n’arrivent pas sans raison. Donc je vis le présent au jour le jour. A fond. La seule personne qui connaît le futur c’est le barbu qui est en haut. Et c’est lui qui décide.

Et vous n’avez pas vu de signes, il ne vous a pas appelé?

Non, non. Pas pour le moment. Mais si ça arrive, je vous tiens au courant (rires)!

Propos recueillis par Wilfried Templier