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France-Angleterre: pourquoi on appelle ça le crunch?

ANGLETERRE FRANCE AFP

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Samedi, lors de la 4e journée du Tournoi des VI Nations, la France accueille l’Angleterre, au stade de France (17h45). Une rencontre à la saveur particulière qui a hérité d’un surnom toute aussi spécial: le crunch. Explications.

Le football a deux Clasicos, en Espagne et en Argentine. En rugby, c’est le crunch. Littéralement craquement ou crissement. Mais lorsqu’il s’agit d’un France-Angleterre de l’ovalie, cette expression évoque le duel acharné entre les deux nations. Plusieurs explications circulent sur l’origine exacte de ce terme. Pour certains, il aurait une origine historique. Après avoir été ennemis lors de certains conflits, les deux nations ont enterré la hache de guerre. Mais la rivalité se serait déplacée sur les terrains de rugby, à 15 contre 15. D’autres préfèrent s’appuyer sur des dates précises. En 1906 a lieu le premier match France-Angleterre au Parc des Princes. C’est le match pour déterminer la suprématie de l’hémisphère nord. Depuis lors, l’opposition aurait été affublée de cette dénomination qui sent la poudre. Mais il se pourrait bien que ce soit la presse britannique qui ait en fait lancé les hostilités. Au début des années 90, le duel est à son paroxysme. Les journalistes anglais veulent alors "feuilletonner" cette bataille des tranchées. Et ça marche: atmosphère électrique, plaquages destructeurs, déclarations provocatrices et essais d’anthologie. Des combats âpres et intenses, comme le rugby les aime. L’expression est inscrite dans le marbre pour l’éternité.

Un surnom, des matchs de légende

Richard Dourthe résumait cette opposition assez simplement: "le crunch, c’est le crunch". Un match toujours spécial et qui a souvent livré des scenarii spectaculaires. En 1991, la France s’incline 21-19 en terre anglaise pour le dernier match du Tournoi. Elle terminera deuxième derrière son ennemi juré, mais ce match aura été le théâtre de "l’essai du siècle", inscrit par Philippe Saint-André. Suite à un renvoi, les Français relancent depuis leurs 22 et remontent tout le terrain pour inscrire un essai de 80m, entre les poteaux. L’année suivante, la rencontre est bien moins idyllique. Au Parc des Princes, la France chute lourdement 31-13 mais termine surtout la rencontre à 13. Après les exclusions de Lascube et… Vincent Moscato. Plus près de nous, en 2005, les Bleus avaient signé une remontada digne du Barça. Menés 17-6 à la mi-temps, les coéquipiers de Dimitri Yachvili réalisent une seconde période de rêve et l’emportent finalement 18-17, grâce au Yach’, auteur de tous les points de son équipe. Et que dire de 2015. L’un des matchs les plus prolifiques de l’histoire du tournoi. Un score final de 55-35 en faveur des Anglais et 12 essais au total. Mais un petit lot de consolation pour les Français: c’est l’Irlande qui remportera finalement cette édition 2015, au détriment de l’équipe de Dylan Hartley.

Pas de victoire française depuis 2014

Ces dernières années, la rivalité a souvent tourné à l’avantage des Anglais. La France reste d’ailleurs sur trois défaites de rang dans le tournoi. L’an dernier, pour son match d’ouverture dans l’antre du rugby anglais, la France avait mené pendant près de 70 minutes de jeu avant de s’écrouler dans les dix dernières minutes pour finalement mourir à 3 points (19-16). Il faut remonter en 2014 pour trouver trace d’une victoire tricolore C’était aussi en match d‘ouverture. Les Bleus l’avaient emporté dans les dernières minutes sur un essai de Gaël Fickou. Cette année, les Bleus d'un Jacques Brunel comparé hier à Mohamed Ali par son homologue anglais Eddie Jones, comptent une victoire pour deux défaites dans ce tournoi. Les Bleus n’abordent pas forcément ce crunch 2018 dans la peau du favori mais pour le sélectionneur français cette rencontre n’a rien perdu de son piment: "Il faut que l’équipe de France soit à son meilleur niveau pour que l’on continue à perpétuer cette rivalité qui dure depuis des années. Ce moment important, il est différent, ce match contre les Anglais est différent et il l’a toujours été." Rendez-vous est donc pris demain à l’heure du thé, en espérant que ce crunch ne se transforme pas en "good game" asséné plus ou moins ironiquement par le capitaine anglais à son homologue français au coup de sifflet final.

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G. Monnot