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Laporte : « J’en ai marre de cet esprit anti-anglais ! »

Bernard Laporte

Bernard Laporte - -

Malgré le début de Tournoi cauchemardesque du XV de France, Bernard Laporte estime que les Bleus auront leur chance, samedi, à Twickenham (18h). L’ancien sélectionneur estime par ailleurs que la querelle ancestrale entre la France et la perfide Albion est dépassée.

Bernard, estimez-vous que la France sauverait son Tournoi en s’imposant à Twickenham ?

Ça veut dire quoi sauver le Tournoi ? Ça, c’est juste de la com’. C’est très français, ça ! On pense qu’on est champions du monde quand on gagne trois matches, et qu’on est les plus mauvais quand on en perd deux… Si on gagne, on dit qu’on sauve tout. Mais non, on ne sauve rien du tout ! Ca redonnerait du positif au rugby français, ça c’est une chose. Mais après avoir perdu contre l’Italie et les Gallois, non, ça ne sauve rien. Simplement, ça redonnerait de l’allant, et on en a besoin.

Vu ce que l’équipe a montré lors des deux premiers matches, pensez-vous qu’elle ait le potentiel pour l’emporter ?

Les matches se suivent et ne se ressemblent pas. C’est ce que je disais après novembre. On a fait une tournée qui faisait plaisir à voir, mais on n’est jamais sûrs de rien. Avec ce que j’avais vu, je pensais bien que l’Angleterre serait favorite du Tournoi. Je les avais trouvés copieux en automne, malgré deux défaites. Et nous, on n’est pas devenus nuls. Ca tient à rien, des matches. Si en Italie, l’essai de Huget est accordé, peut-être qu’on leur passe trente points. Il n’y a que les Blacks qui sont au-dessus. Après, tout le monde se vaut. De temps en temps, il y a une équipe qui se détache un peu. Peut-être que l’Angleterre est un peu supérieure. Mais on a le potentiel pour les contrecarrer, j’en suis sûr. Je ne parie pas sur une défaite de la France, c’est certain.

La rivalité entre les deux équipes peut-elle transcender les Bleus ?

Ils n’ont pas besoin de ça. Les joueurs sont intelligents et surtout professionnels. Il y a des confrontations franco-anglaises en Coupe d’Europe, les joueurs se connaissent, se côtoient, se rencontrent. Aujourd’hui, il y a des Anglais en France. Moi j’en ai six à Toulon. C’est sûr que ce n’est pas simple de gagner à Twickenham. Mais on s’en fout qu’on n’ait pas gagné là-bas depuis un moment. On s’en fout de la rivalité. On veut gagner pour gagner, pour arrêter de perdre, et retrouver de la dynamique. Le passé, c’est le passé. Ce qui est important, c’est de battre cette équipe anglaise qui est jeune, et qui peut être fragile. J’en parlais avec Jonny Wilkinson… Il me disait que l’équipe est prometteuse, mais jeune. Jouer la France avec cette pression, parce qu’ils ont le Grand Chelem en ligne de mire, ça peut leur jouer des tours.

Empêcher les Anglais de faire le Grand Chelem, ce n’est pas un levier supplémentaire ?

On s’en fout que les Anglais ou les Gallois fassent Grand Chelem. Ce n’est plus notre souci. Quand c’est eux qui le font, ce n’est pas nous, c’est juste ça qui est pénible. C’est tout. J’en ai marre de cet esprit anti-anglais ! J’en ai six dans mon équipe, et puis ils sont sympas. Qu’on les tape samedi et ils auront l’air encore plus sympas !

Selon vous, Philippe Saint-André doit-il changer toute son équipe ?

Pas nécessairement. Je crois qu’il y aura aussi un esprit de revanche. Ce sont les sélectionneurs qui ont les clés. Changer pour changer, ça ne sert à rien. Il faut grandir, essayer de faire un bon match. Le Tournoi ne sera pas gagné, mais ce n’est pas la fin du monde. Il faut continuer à bâtir, à construire, et ce n’est en mettant plein de nouveaux qu’il faut le faire. Il n’y a pas que ce match-là, il en reste trois pour faire des changements, voir des joueurs, en revoir d’autres. Il faut y aller à dose homéopathique.

Vincent Clerc peut-il endosser le costume de sauveur ?

Il joue trois-quarts aile, il est dépendant de beaucoup de choses. C’est un très grand joueur, je n’ai pas besoin de le dire. Mais si on attend après lui pour que l’équipe gagne, c’est perdu d’avance. Est-ce qu’on va gagner le combat, les duels, est-ce qu’on va les mettre sous pression ou subir défensivement ? Que Vincent Clerc puisse faire la différence sur un ballon, c’est une évidence, il l’a déjà fait. Mais il faut que les autres fassent ce qu’il faut avant. Ca va dépendre de tout le monde.

Moscato Show et R.M.