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XV de France: "On a été les rats de laboratoire", confie Guilhem Guirado

Guilhem Guirado, 74 sélections dont 33 comme capitaine du XV de France, s’est livré à RMC Sport avant le très attendu France-Angleterre de samedi soir. Le talonneur connait bien la génération en place car elle a été lancée peu avant sa retraite internationale. Admiratif, il croit fort au Grand Chelem dans les VI Nations et évoque la priorité désormais donnée à la sélection.

Guilhem, quel regard portez-vous sur cette équipe de France qui est en mesure de réaliser le Grand Chelem samedi soir contre l’Angleterre ?

Comme tout le monde, c’est très enthousiasmant. On est tous content, tous heureux des résultats qui sont au rendez-vous par rapport à ce qu’ils ont ambitionné. Aujourd’hui, tout le monde craint l’équipe de France et c’est quelque chose de très plaisant à voir. Il y a quelque chose de très fort qui se dégage du groupe. J’en connais la plupart parce qu’ils ont commencé quand moi j’étais encore en équipe de France. Je me régale à les suivre, à les supporter. Le XV de France s’est offert une belle finale samedi.

Pendant longtemps, l’équipe de France n’était pas la priorité notamment pendant votre passage en Bleu. Vous vous en étiez beaucoup plaint, vous avez été écouté finalement ?

On a été, un petit peu, les rats de laboratoire. On a vu beaucoup de réformes passer, beaucoup de choses se mettre en place pendant les années de galère. On a l’impression que la solution vient de se trouver avec la priorité donnée à l’équipe de France, les joueurs protégés. Nous, on était sur la brèche tous les week-ends. On avait du mal à garder une équipe stable sur la durée du tournoi. Il y avait en moyenne entre 10 et 15 blessés, on sollicitait entre 30 et 40 joueurs. Cette année le staff a utilisé 25 ou 26 joueurs. Un groupe réduit au final avec beaucoup de monde en début de semaine pour les entraînements. C’est dur pour ceux qui portent le bouclier mais c’est bénéfique pour tout le monde. Cette préparation aide l’équipe de France.

Samedi, c’est donc le Crunch, quel souvenir gardez-vous de cette rencontre particulière ?

Pour moi dans la préparation, ça toujours été un match en marge des autres matchs du 6 nations. On sentait qu’il y avait quelque chose de différent. De par l’histoire, l’éducation, la rivalité. Pendant dix ans, ça toujours été un match compliqué à gérer mais excitant à jouer. Des matches énormes, incroyables à jouer. Des matches qui te font passer d’un côté ou de l’autre. Jamais de demi-mesure. Après des défaites contre l’Angleterre, on a eu des moments critiques, avec des crises après, de grosses pagailles

L’Angleterre a déjà perdu deux fois durant le Tournoi (contre l’Ecosse et l’Irlande), est-ce que l’on doit craindre cette équipe ?

Il faut toujours avoir cette petite peur, cette petite appréhension positive. On peut encore être vulnérable même s’il y a des résultats conséquents. Il faut être modeste mais également ambitieux. Cette équipe dégage beaucoup de force. Même dans les moments durs, ils se sont ressaisis, regroupés et ils ont réussi à reprendre le fil du match. Ça va les aider pour aller chercher ce Grand Chelem. Je pense que l’on est plus en confiance et plus fort que l’Angleterre en ce moment

Douze ans que l’équipe de France attend de gagner un titre, une victoire serait un bon signe à un an de la Coupe du monde…

Oui, gagner un titre ferait du bien à tout le monde. Une grosse dose de confiance. Ça fait deux ans qui ne sont pas loin de gagner le tournoi. Là ça serait triste de tout perdre à la dernière journée. J’espère qu’ils vont concrétiser tout ce qui est fait depuis 4 matches même 7 matches avec cette série de victoire engagée début novembre. Gagner le Tournoi des VI nations c’est un signal envoyé à toutes les équipes avant la Coupe du monde.

Propos recueillis par Julien Landry