RMC Sport

Agression sexuelle dans le patinage: Sarah Abitbol réclame le départ de Didier Gailhaguet

Invitée dimanche sur le plateau de BFMTV, l’ancienne championne de patinage artistique, Sarah Abitbol, est revenue sur ses accusions de viols à l’égard de son ancien entraîneur, Gilles Beyer. Désireuse de briser la loi du silence dans son sport, la patineuse espère aussi que le président de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet, sera écarté de ses fonctions.

Briser l’omerta. "Aujourd’hui, ma plus belle victoire c’est ma prise de parole." Dans "Un si long silence", Sarah Abitbol, ex-championne de patinage artistique, révèle avoir été victime d’abus sexuels par son entraîneur lorsqu’elle était adolescente. Celle qui fut sacrée dix fois championne de France et fut plusieurs fois médaillée aux championnats d’Europe et du monde accuse de viol Gilles Beyer entre 1990 et 1992, alors qu'elle était âgée de 15 à 17 ans.

"On se dit: 'Il ne va pas revenir'"

"La première fois, il m’a réveillé avec sa lampe torche", a raconté l’ancienne championne, invitée ce dimanche sur le plateau de BFMTV. "Il me demande si ça ne me fait pas bizarre que je sois assis sur le lit. Puis il s’approche et petit à petit, il se passe ce qu’il s'est passé. On se dit: 'Il ne va pas revenir'. Il y a quand même 15 ou 20 filles dans les boxes, quelqu’un va quand même se réveiller, aller aux toilettes…Mais non. Personne ne s'est réveillé. Moi, par contre, j’ai été réveillée par mon agresseur plusieurs fois pour qu’il fasse ces horribles choses."

Alors âgée de 15 ans, elle écrit son traumatisme dans les dernières pages d’un carnet à travers des messages codés. Des lettres représentant les actes odieux de son agresseur présumé. Elle n'a rouvert ce carnet qu'au mois de juin dernier. En 2004, elle ose en parler "à demi-mots" à ses parents et son fiancé. "Mais le couvercle s’est refermé." Elle contacte aussi l’ancien ministre des Sports, Jean-François Lamour (entre 2002 et 2004). "Peut-être qu’il n’a pris la mesure de mon appel", glisse Sarah Abitbol.

"Il faudrait que Gailhaguet parte"

Aujourd’hui, alors que les langues commencent à se délier dans le monde du sport, l’ancienne patineuse parvient à prononcer le mot "viol". "Mais seulement depuis une semaine." Elle a refusé les excuses de Gilles Beyer. "Il a à demi-mot considéré qu’il avait agi. C’est un petit soulagement. Ça l’est aussi pour le club. Je ne pouvais plus vivre avec ce sentiment de complicité de par mon silence. Qu’il ne soit plus en place c’est déjà très bien pour les enfants. Mais moi je ne parle pas de rapports 'inappropriés', mais de viol. Je venais d’avoir 15 ans." Sarah Abitbol se bat pour que les faits, à ce jour prescrits, soient jugés.

L’ancienne patineuse veut aussi faire bouger les lignes. En haut lieu, elle espère voir Didier Gailhaguet, le président de Fédération des sports de glace, en poste depuis plus de 20 ans, quitter ses fonctions. "Il faudrait qu’il parte, que des mesures soient prises", juge-t-elle. "Avec tous les sportifs, On a lancé une pétition contre le président de la Fédération parce qu’il était impossible qu’il ne soit pas au courant de ces affaires. C’est inadmissible pour les futurs patineurs et nos enfants." Didier Gailhaguet sera convoqué ce lundi par la ministre des Sports Roxana Maracineanu.

ABr