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Amodio, chronique d’une spirale négative

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Treizième des « Europe » après un programme libre raté (20e), Florent Amodio vit une descente aux enfers sportive à trois semaines des JO. Avec en filigrane la séparation douloureuse avec son ancien coach… qui gère désormais Brian Joubert.

L’espoir de médaille s’est mué en point d’interrogation. Champion d’Europe en 2011, encore troisième au plan continental en 2012, Florent Amodio a longtemps représenté une belle chance de breloque à Sotchi. Jusqu’à cette année. Quelques mois, depuis cet été, synonymes de descente aux enfers sportive pour le patineur français. Et pour point d’orgue négatif une indigne treizième place aux « Europe » de Budapest, ce samedi, à l’issue d’un programme libre catastrophique (20e). Les nerfs à fleur de peau, forcément. « C’est très, très dur, lâchait-il les yeux rougis. Sans prétention, ce n’est pas ma place. Il faut que je digère ça. »

Le garçon en a encore gros sur le cœur. « Il y a d’autres choses qui ont joué cette semaine, enchaîne Amodio. Je ne me suis pas senti à ma place en équipe de France, pas senti comme un athlète français qui peut briller aux JO et qui arrive avec une armada derrière lui. Je ne me suis pas senti comme une star, pas senti comme le numéro 1 français. » La rivalité avec Brian Joubert nimbe le discours. Avec, en arrière-plan, une histoire de coach façon « Dallas on Ice ». Tout débute l’été dernier quand ce dernier se sépare de son coach depuis trois ans, le Russe Nikolaï Morozov. Didier Gailhaguet, le président de la Fédération française des sports de glace, raconte : « Ça l’a marqué psychologiquement. Et comme par hasard, Morozov a ensuite proposé ses services à Brian Joubert. Il y aurait une petite marque de nuisance que ça ne m’étonnerait pas. »

Gailhaguet : « Morozov, c'est Machiavel »

Gailhaguet en a trop dit sur ce « clash total », cette « altercation violente ». Ou pas assez. « Morozov reste un formidable entraîneur. Mais c’est aussi un Machiavel, poursuit-il. Florent était allé à New York retrouver Morozov qui était à Los Angeles et avait oublié de le prévenir. On lui dit d’y aller à "LA" mais là-bas, il n’a pas fait deux heures avant de reprendre sa voiture et d’aller coucher sur le parking de l’aéroport. Pour que ce garçon plein de bon sens se trouve face à cette situation, il y a quand même un problème. Morozov ne s’en rappelle pas, il a un trou de mémoire. Florent ne l’a pas. Et après, peut-être parce qu’il a moins d’athlètes en ce moment ou que ça peut porter préjudice à Florent, il appelle Brian Joubert (dont il s’était déjà occupé entre 2002 et 2006, ndlr) et lui dit qu’il veut l’entraîner. La ficelle est grosse. »

De quoi tendre les relations entre les deux patineurs, qui se respectent mais sont loin d’être les meilleurs amis. « Dans son discours, on comprend une forme de rivalité avec Brian, confirme le DTN Xavier Sendra. La bascule de son ancien entraîneur avec Brian l’a bien déstabilisé. Sans oublier qu’ici, à Budapest (cadre des championnats d’Europe, ndlr), Brian est une star. Et Florent, qui aime la lumière, se sent un peu derrière. » Spirale psychologique négative. Pas aidée par les complications autour de son nouveau coach. Après avoir été aidé par les anciens champions Stéphane Lambiel et Alexei Yagudin puis avoir rejoint Katia Krier à Paris, un accord à mi-temps est trouvé en septembre avec Shanetta Folle, qui se partage entre Amodio et la Japonaise Mao Asada. « Au moment des "Europe ", son entraîneur principal n’est pas présent, elle est aux championnats du Japon, explique Gailhaguet. Ce n’est pas la préparation idéale. » A trois semaines des JO, Amodio peut-il la faire basculer dans le bon sens ? « On va être à son écoute pour trouver des solutions et lui redonner le sourire », annonce Sendra. « On a une sorte de verrou psychologique à faire sauter », confirme Gailhaguet. Le mot de la fin est pour Joubert, rival mais sympa : « Je suis triste pour lui. J’espère qu’il va en tirer des leçons et réagir. » Très vite, si possible.

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Alexandre Herbinet avec Julien Richard à Budapest