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Fourcade-Poirée : «Complètement différents »

Martin Fourcade

Martin Fourcade - -

Ancienne icône et nouvelle star du biathlon français, Raphaël Poirée (37 ans) et Martin Fourcade (23 ans) affichent deux personnalités bien différentes mais se rejoignent sur leur titre de champion du monde et leur passion pour leur sport. Des exemples qui inspirent la relève tricolore, qui s’exprimera ce jeudi aux championnats de France de Contamines-Montjoie, sans Fourcade, forfait.

Raphaël, Martin, comment expliquez-vous que le biathlon français soit aussi performant, malgré le peu de licenciés ?

Raphaël Poirée : Le biathlon français n’a jamais été aussi fort. L’équipe masculine est l’une des meilleures du monde avec les Norvégiens et les Russes. Je pense qu’en France, on met beaucoup l’accent sur le tir, contrairement à la Norvège. On a eu des biathlètes exceptionnels qui ont sûrement inspiré la relève. On fait les choses simplement et ça marche plutôt bien.
Martin Fourcade : Le biathlon français est une petite discipline en termes de licenciés. Mais ce n’est pas la quantité qui fait forcément la qualité. En France, on a une très bonne formation, avec des passionnés qui transmettent leur savoir-faire. On a énormément de chance de sortir des grands sportifs talentueux.

Quelles différences voyez-vous entre vous ?

R.P. : C’est difficile de comparer car on est très différent. On n’est pas du tout de la même génération. Martin (Fourcade) a beaucoup de talent. Il est beaucoup plus puissant que moi. Il a tout pour réussir car il est encore très jeune.
M.F. : Je trouve cette comparaison inutile. On est deux personnes complètement différentes. Par contre, j’apprécie le fait qu’il ait su arrêter tôt sa carrière. C’est un exemple que je suivrai, en arrêtant vers la trentaine, sans m’entêter jusque 45 ans.

Avez-vous un point commun ?

R.P. : On est tous les deux des hommes de la montagne. J’ai plus de points communs avec son frère Simon, avec qui j’ai couru et partagé beaucoup de choses.
M.F. : Notre équipementier (rires) On se rejoint sur le fait de se transcender sur les moments cruciaux. Raphael (Poirée) et mon frère Simon se ressemblent plus.

Qu’est-ce que vous aimez chez l’autre ?

R.P. : Son naturel. C’est une personne de la montagne. Il est proche des gens et ne se prend pas la tête. Il donne l’impression de ne pas être discipliné mais ce n’est qu’une façade. Il sait ce qu’il veut.
M.F. : Sa soif de victoire et son perfectionnisme. Il est allé chercher à l’étranger ce qui se faisait de mieux pour progresser et devenir le meilleur. Il a une superbe carrière.

Qu’aimez-vous le moins chez lui ?

R.P. : Je ne le connais pas assez mais je peux dire qu’il a des faiblesses au tir. Il va devoir le travailler à l’avenir.
M.F. : Son côté solitaire…

De quoi êtes-vous le plus fier ?

R.P. : D’avoir apporté quelque chose à la nouvelle génération. Quand j’étais encore biathlète, on n’avait pas une équipe aussi forte qu’aujourd’hui. Quand j’ai arrêté, une nouvelle équipe a permis d’être construite. S’ils en sont là, c’est peut-être grâce à cette régénération.
M.F. : Je suis vraiment fier de mon titre de champion du monde. Mais aussi de ma deuxième victoire de Coupe du monde à Oslo. C’est un site mythique et toute ma famille était présente. Je venais de décrocher ma médaille aux JO et j’enchaîne avec deux victoires consécutives, à seulement 20 ans. Ça reste vraiment un moment inoubliable. 

Quelle est votre plus grande déception ?

R.P. : Ma plus grande déception est de ne pas avoir apporté mon expérience en tant qu’entraîneur. J’aurais été ravi de prendre une équipe comme celle d’aujourd’hui.
M.F. : Je réponds sans hésiter mon sprint des Jeux olympiques de Vancouver. Je termine au-delà de la 30e place, très loin de mes ambitions.

Avez-vous un biathlète qui vous fait rêver ?

R.P. : Personne ne me fait rêver. Par contre, j’aime bien comment Martin (Fourcade) et Tarjei Boe mènent leur carrière.
M.F. : Le biathlète que j’aspire à devenir.

Quel est votre rêve le plus fou ?

R.P. : Je n’ai pas de rêve car j’ai l’impression de tout avoir. Tout ce que je souhaite, je parviens à le réaliser.
M.F. : Devenir champion olympique.

Que répondez-vous si on vous parle d’Ole Einar Bjoerndalen ?

R.P. : Respect.
M.F. : Maestro.

Que représentent les Jeux olympiques ?

R.P. : La plus grosse erreur de ma carrière. Je ne l’ai pas vécu comme un évènement assez exceptionnel. Je l’ai toujours considéré comme une course comme les autres.
M.F. : L’évènement ultime. C’est la beauté des JO dans notre sport, contrairement au football, rugby ou tennis, où cette compétition est plus accessoire.