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Julia Simon raconte sa folle victoire: "J’ai été la chercher avec les tripes"

Grâce à un dernier tir debout monstrueux, Julia Simon a dominé toutes les favorites ce dimanche lors de la mass start d'Oberhof (Allemagne) pour décrocher le deuxième succès de sa carrière en Coupe du monde de biathlon. La Française raconte ce petit miracle.

Elle ne s’est même pas rendue compte qu’elle jouait la victoire après le dernier tir. Julia Simon, arrivée 11e sur le pas de tir, a profité des erreurs des leaders et s’est appuyée sur un dernier tir supersonique pour aller décrocher ce dimanche la deuxième victoire de sa carrière sur la mass start d’Oberhof, en Allemagne. Un succès après une lutte intense avec l’Allemande Francziska Preuss dans le dernier tour. A 24 ans, la biathlète des Saisies a mis de longues secondes à récupérer de son effort avant de savourer cette victoire, trois jours après avoir coulé sur le sprint (59e).

Julia Simon, arrivez-vous à décrire votre état de douleur physique?

Il n’y a plus rien. Tu es au bout. Franchement, je ne pouvais pas faire un mètre de plus. J’étais à deux doigts de ne même pas passer la ligne, juste de faire passer le transpondeur sur la chaussure. C’était vraiment dur, c’est une piste tellement exigeante. C’est difficile à décrire mais j’ai eu du mal à me relever, j’étais vidée de toute énergie. J’ai été la chercher avec les tripes.

Cette victoire arrive quelques jours après un sprint complètement manqué (59e avec 5/10 au tir dont 4 fautes sur le couché), comment avez-vous fait pour repartir de l’avant après cela et gagner ce dimanche?

Je ne vous cache pas que c’était compliqué, que c’est dur d’avoir des objectifs et de se rendre compte qu’on n’arrive pas à les atteindre, qu’on n’arrive pas à mettre en place les choses pour les atteindre et c’est surtout ça qui est difficile. J’étais un petit peu perdue, je ne comprenais pas pourquoi ce tir couché ne passait pas. Mais j’ai un bon entourage avec des personnes qui sont là pour me remettre sur le droit chemin, me secouer quand il faut, pour me mettre en confiance quand j’en ai besoin. C’est un travail d’équipe.

C’est beaucoup de discussion avec Paulo (Jean-Paul Giaccino, l’entraîneur du tir, ndlr), Fred (Fred Jean, l’entraîneur des filles), Lionel (Lionel Laurent, ancien biathlète et entraîneur aujourd’hui responsable médias) aussi qui a un œil extérieur. C’était dur de se relancer mais je suis vraiment très contente. J’avais des idées noires après ce sprint, je voulais arrêter le biathlon et partir sur le ski de fond, j’en avais marre d’aller poncer l’anneau de pénalité (la boucle de 150m à parcourir après une erreur sur le tir).

Finalement, aujourd’hui, j’ai réussi à me relancer et c’est aussi ça qui fait la beauté du biathlon. C’est de passer du fond du classement au top en l’espace de trois jours.

Cette victoire vous permet de prendre les commandes du classement général de la spécialité (à égalité avec Marte Olsbu Roiseland), c’est un objectif, ce petit globe?

Vous me l’apprenez… Ça fait plaisir, ce n’est pas une finalité en soi parce qu’il en reste encore et la plus importante sera aux Mondiaux. Après, c’est une super belle course que j’adore. J’adore le contact, j’adore le premier tour, c’était électrique ça passait un peu de partout. C’est génial, c’est ce que j’aime, tout le monde veut être devant, tout le monde veut se replacer. C’est une course qui me correspond bien. C’est classe, c’est stylé… Je porterai le maillot rouge sur la prochaine mass start. Je vais avoir à cœur de le défendre c’est sûr. C’est un honneur de pouvoir le porter et je vais faire tout ce qui est possible pour le défendre.

Depuis le début de saison, vous jouez les montagnes russes avec des bons résultats et des gros trous d’air. C’est épuisant?

Je pense que je suis quelqu’un qui s’est construit dans la difficulté, dans les blessures. Toujours dans le "provoque moi et je reviendrai encore plus forte". Mais c’est épuisant. C’est épuisant de devoir toujours prouver à tout le monde que j’ai ma place, que je mérite d’être ici. Et c’est surtout épuisant de devoir me prouver à moi-même que j’ai le niveau. Je m’entraîne tout l’été pour "perfer" et j’ai toujours besoin de me prouver… C’est une éternelle remise en question et parfois j’aimerais avoir un peu plus de sérénité, pouvoir me reposer un peu sur mes capacités.

Mais ces courses où je passe au travers m’obligent à me remettre en question continuellement. C’est éprouvant, ça prend de l’énergie et c’est là-dessus que je dois travailler je le sais. Je suis une athlète avec des hauts et des bas et j’aimerais être dans le futur une biathlète capable de jouer le général. Dans quelques années, dans trois ou quatre ans. Donc il faut gagner en régularité. Mais je travaille dessus et j’ai bon espoir pour la suite.

Julien Richard