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Crétier : « La Streif, une autre planète »

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Champion olympique et troisième de la descente de Kitzbühel en 1998, Jean-Luc Crétier explique en quoi la Streif est une piste qui ne ressemble à aucune autre sur le Cirque Blanc.

Qu’est-ce qui vaut à Kitzbühel son titre de Mecque du ski ?
Tout est différent et surdimensionné à Kitzbühel. Il y a beaucoup de passages délicats sur cette Streif et 20 000 personnes vous attendent dans l’aire d’arrivée. Même si vous êtes concentré sur la descente, vous entendez cette clameur. Ça vous projette sur une autre planète. Inscrire son nom sur une liste de départ de Kitzbühel est le souhait le plus cher de tout coureur qui décide de faire une carrière.

Que ressent-on dans le portillon de départ ?
Beaucoup de choses, mais on sent surtout qu’on n’a pas le droit à l’erreur. La piste est intransigeante, ce qui augmente sensiblement le niveau de stress. Le rictus qu’on aperçoit sur le visage des skieurs est totalement différent en haut de la Streif. Il est beaucoup plus intense.

Vous souvenez-vous de votre première descente à Kitzbühel ?
Bien sûr. C’était en 1987. Je me souviens de mon stress dès le matin à l’inspection. A l’époque, la piste était encore damée aux pieds puis aux skis par l’armée. Il y avait des barrières en frêne à la place de certains filets maintenant. En course, j’avais pris une gifle mémorable et je m’étais promis de revenir et de faire mieux. C’est ce que j’ai réussi à faire en terminant troisième en 1998. C’est tellement mémorable que, même vingt ans après, je peux raconter la descente dans tous ses détails.

« En bas, une seule envie : remonter »

A ce propos, quels sont les passages clés du parcours ?
Une fois dans la cabane de départ, vous n’avez qu’une pensée en tête : bien se souvenir du tracé pour ne pas faire d’erreur. Dès le déclenchement du portillon, vous êtes dans le vif du sujet puisque vous atteignez les 120km/h au bout de quatre secondes. Vous avez ensuite le saut de la Souricière, qui porte bien son nom puisque vous décollez sur 40 ou 50m, pour atterrir sur une pente quasiment à la verticale. Puis vient un S très délicat puisque c’est toujours verglacé et qu’il y a peu de visibilité. A ce moment-là, vous frôlez le filet et si vous le touchez avec le bâton, vous êtes mal barré ! Ensuite, il y a un petit temps mort avec un virage à gauche où il faut bien chercher la vitesse. C’est le moment où les muscles se tétanisent, juste avant de sauter dans un dévers qui secoue énormément. Le reste ressemble un peu à ce qu’on trouve le reste dans la saison jusqu’à l’ « Hausberg », où ça devient délicat. Vous rentrez dans la dernière partie par un énorme dévers, très travaillé, où vous piochez dans vos réserves. Si tout s’est bien passé, vous avez le saut qui vous emmène au mur d’arrivée, la compression au pied du mur et la grosse bosse avant l’arrivée. Et là, on est en bas et on n’a qu’une envie, c’est de remonter et de recommencer le lendemain.

La piste est-elle moins périlleuse qu’à votre époque ?
Oui, notamment grâce aux nouvelles mesures de sécurité. Les barrières en frêne ont laissé place à des filets de protection. Les murs sont désormais damés par des machines. C’est aussi redevenu une descente « normale » parce que le matériel a changé. Le risque est atténué mais le mythe Kitzbühel existe toujours.

Propos recueillis par Sylvain Coullon