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Killy : « Allais, notre père à tous »

Emile Allais

Emile Allais - -

Emile Allais, le père du ski français est décédé à l’âge de 100 ans ce mercredi. Le monde de l’or blanc lui rend un hommage appuyé. Tous les médaillés tricolores évoquent la perte d’un père, premier français champion du monde. Témoignages.

Jean-Claude Killy, triple champion olympique de ski alpin en 1968

« Je ressens une infinie tristesse. Nous étions habitués à l’avoir tout le temps là. Il nous a montré la route de la modernité. Dans tout ce qui touche nos métiers, c’était un pionner. Il a perfectionné ou il a créée. Par exemple, le dessin des pistes ou l’entretien de la neige, mais aussi dans la manière de skier, car il y avait une forte influence autrichienne à l’époque… C’était totalement d’avant-garde. On a eu beaucoup de chance d’avoir eu des gens comme lui. Il pensait toujours au futur, pour tout le monde. Il avait beaucoup de succès dans tout ce qu’il faisait (…) un état d’esprit jeune, créatif. Ce n’était pas un homme d’affaires, un homme d’argent. (…) Le skieur grand public lui doit un matériel plus facile, plus tolérant mais aussi la sécurité, l’accueil dans les stations, le damage des pistes… C’est quand même un peu notre père à tous. Il a vécu avec une incroyable passion, totale et profonde, pour le ski. »

Jean-Luc Crétier, champion olympique de descente à Nagano (1998) et membre de la Dream Team RMC Sport

« C’est un grand coup de pied dans les fesses, j’ai un peu de mal à trouver mes mots parce que c’est quand même une figure légendaire du monde du ski. Derrière lui, il y a plusieurs générations de sportifs qui vont être blessés par rapport à sa carrière. Sans compter toute une génération de moniteurs aussi, puisqu’il ne faut pas oublier que c’était le créateur des écoles de ski. Donc c’est vrai que le monde de la montagne est en deuil. C’est comme si l’on perdait un père, tout simplement. Il a ouvert un savoir-faire français que l’on a pu exploiter, et que l’on voit maintenant à travers toutes nos stations, tous nos domaines skiables, tous nos champions. C’est vrai qu’il a fait des émules dans toutes les générations qui ont suivi. On perd véritablement la figure emblématique du monde du sport et du ski français. »

Christel Pascal, vice-championne du monde de slalom en 2001 et membre de la Dream Team RMC Sport

« C’est vraiment une figure du ski français qui s’éteint, une très grosse perte dans le milieu du ski, on est vraiment tous très attristés après avoir pu fêter très chaleureusement ses 100 ans à Megève l’hiver dernier. C’est plus qu’un pionnier, c’est une légende. On ne peut pas parler ski sans penser à ce grand nom. Au-delà du pionnier, ça a été un très très grand monsieur qui a énormément apporté au ski français et mondial. C’est quelqu’un qui a ouvert la voie grâce à son palmarès. Avec sa grande intelligence, il a su construire énormément de choses dans le milieu du ski, a su faire évoluer le monde du ski. C’est vrai qu’au-delà des médailles, on se rappelle énormément de l’homme, de l’humain qu’il était. »

Michel Vion, président de la Fédération française de ski

« C’était une personne incontournable. Aujourd’hui, nous sommes tous très tristes. Le dernier souvenir que j’ai de lui, c’est l’anniversaire de ses 100 ans, fêté ensemble en février dernier à Megève, sa station. Tout le ski français était réuni. Il était en bonne forme, c’était une journée mémorable. (…) Il avait beaucoup de malice, était toujours disponible, avait toujours une expertise. C’était une « bonne » personne. C’était aussi un précurseur sur le matériel, sur les écoles de ski français, avec l’organisation que l’on connait aujourd’hui, soit 17 000 moniteurs. (…) C’était le parrain un petit peu, la personne référente. Il avait donné le bon tempo, et il avait cette vision de ce que devait être le ski en France. En tant que champion, il avait aussi sa manière de voir les choses. C’était un esprit visionnaire, pionner, ramené d’Amérique. Toutes générations confondues, il reste l’image du ski français, le premier champion du monde, français. »