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Clarey, le salaire de la peur

Johan Clarey

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Johan Clarey fait son retour ce samedi (12h30) sur la descente de Wengen, où il a décroché le titre honorifique du skieur le plus rapide du monde (161,9 km/h). Une vitesse forcément synonyme de peur pour les descendeurs.

L’athlétisme a Usain Bolt, le ski alpin possède Johan Clarey. Le skieur le plus rapide au monde retrouvera ce samedi à 12h30 la piste de son exploit : le Lauberhorn de Wengen (Suisse). L’année dernière, le Français avait été flashé à 161,9 km/h sur la descente la plus longue du circuit (4 415m) et avait ainsi effacé la marque du Suisse Carlo Janka (158,77 km/h). Mais être le descendeur le plus rapide de l’histoire n’est pas forcément synonyme de podium. Le « bip bip » du ski avait en effet dû se contenter de la 5e place d’une course remportée par l’Italien Christof Innerhoffer. Aujourd’hui, Johan Clarey revient dans la station suisse avec ce statut « qui (l’)amuse plus qu’autre chose. »

« Beaucoup de gens m’en parlent, même plus que si j’avais gagné la course ! Entre 150 et 160 km/h, il n’y a pas d’énormes différences au niveau des sensations. On sent que ça pousse énormément. Cette année, je ne pense pas que ça soit aussi rapide car l’an dernier, c’était vraiment spécial. » La piste du Lauberhorn ne devrait en effet pas être aussi glacée que l’an passé, ce qui devrait préserver le record symbolique du Français. Mais ça n’empêchera pas Johan Clarey et sa bande d’aller vite, très vite, comme bien souvent en descente. Comme toute personne censée, le Français ne cache d’ailleurs pas avoir une petite crainte au départ d’une épreuve de vitesse. Et la peur de la chute est encore plus grande pour un skieur comme Johan Clarey, revenu d’une blessure au dos qui l’avait privé des derniers Mondiaux à Schladming. Il avait alors réfléchi à mettre un terme à sa carrière…

Clarey : « Ma mère ne m'a jamais regardé à la télé »

« On vit avec cette peur tout le temps. Dans le tracé, parfois, il y a des flashs où on se dit que ça va très vite. C’est impressionnant. Mais on est tellement concentré qu’on vit le moment présent. Moi, ça fait 12 ans que je suis sur le circuit Coupe du monde et ça fait 12 ans que j’ai ça dans un coin de la tête. La chute, on sait qu’elle est souvent très grave et qu’elle a des conséquences plutôt fâcheuses. Après, il ne faut pas y penser tout le temps, car sinon on n’arrive plus à prendre les risques qu’il faut. Et pour être devant en Coupe du monde, il faut prendre des risques. Si on skie en dedans, on peut reculer très, très vite. » Le skieur de la Clusaz se libère donc de cette peur. Et la transmet à … ses proches, loin d’être rassurés par ces folles vitesses.

« C’est horrible pour eux. Ma mère n’a jamais regardé une manche de Coupe du monde à la télé. Elle refuse de le faire et de toute façon, elle ne peut pas. Elle trouve ça trop dur à regarder pour elle et elle me l’a toujours fait savoir. Mais elle m’a quand même toujours soutenu. C’est dur pour mes proches, c’est sûr. Moi, je n’aimerais pas que mes futurs enfants fassent ce métier car je pense que c’est difficile à vivre. » Nul doute que la pression sera encore plus grande dans trois semaines quand Johan Clarey prendra le départ de la descente olympique de Sotchi. En attendant, le Français, 3e à Val Gardena fin décembre, s’élancera ce samedi à Wengen avec l’ambition d’aller chercher la toute première victoire de sa carrière en Coupe du monde. Et de renforcer un peu plus son lien avec le Lauberhorn…

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Alexandre Mispelon avec Georges Quirino et à Wengen