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Manificat : « On a hâte d’être à Sotchi »

Maurice Manificat

Maurice Manificat - -

EN PISTE POUR SOTCHI. A 88 jours des JO, Maurice Manificat peaufine sa préparation avant d’attaquer la Coupe du monde, le 29 novembre à Kuusamo. Invité de l’Intégrale Sport sur RMC, le fondeur tricolore raconte les détails de son avant-saison.

Maurice Manificat, que pensez-vous de l'envoi de la flamme olympique dans l'espace ?

J’aurais bien voulu voir ça. Je n’ai pas pu voir les images car je viens de rentrer de stage. C’est assez impressionnant, mais c’est du bling-bling, c’est de la com’. Mais ça reste extraordinaire.

Avez-vous déjà hâte d'être à Sotchi ?

Sotchi, ça paraît encore un peu loin. Il faut attendre que la saison démarre et qu’on engrange un peu de confiance en Coupe du monde. C’est surtout la neige qui nous manque. On aura deux semaines et demie pour tout donner aux JO. On a hâte d’y être.

Vous avez un peu retrouvé la neige en stage à Prémanon (Jura) ...

Je viens de rentrer. On avait un tas de neige, qui avait été stocké depuis le printemps. C’est une technique qui commence à être bien rodée. Ils mettent de la sciure dessus et ils stockent le tas à un endroit où il n’y a pas trop de soleil pour que ça ne chauffe pas trop. Ils arrivent à bien la conserver car il n’y a qu’une perte de 30%. Du coup, on a pu skier deux jours dessus. C’était surprenant car la neige était assez bonne. On a pu faire une séance d’intensité à la fin du stage. Ils ont bien travaillé dessus car elle était bien tassée. Ce n’est pas la neige qu’on aura en Scandinavie la semaine prochaine, mais ça permet d’avoir déjà le toucher de la neige.

On sait que les skieurs alpins vont dans l'Hémisphère Sud pour s'entraîner l'été. En ski de fond, comment faites-vous ?

On est un sport non-stop. A l’année, on a un mois de repos en avril. Puis, on reprend la préparation dès le mois de mai. Nous, on est un sport d’endurance. Et on a la chance de pouvoir pratiquer beaucoup de sport, comme du vélo, du ski-roues, de la course à pied, de la musculation. Et on va aussi faire du ski sur glacier. Certaines équipes vont en Nouvelle-Zélande car il y a de bonnes conditions. Nous, on ne va pas dans l’Hémisphère Sud, on reste en Europe. Cette année, on est allé en Autriche et on a fait Tignes. On a des glaciers en Europe qui nous permettent de skier et d’avoir le contact avec la neige.

« Le ski de fond, c'est comme le cyclisme »

En ski alpin, on dit que la technique est plus importante que le physique. Qu'en est-il en ski de fond ?

C’est délicat comme question. On est un sport d’endurance, il faut donc quand même une grosse caisse. Dès fois, on trouve que certains skient mal et pourtant ils sont super forts… Après, je pense que pour tous les sports d’hiver, la technique est importante. D’ailleurs, on peut dissocier des styles différents pour chaque skieur et des techniques différentes selon les nations. Mais il faut avant tout un gros physique et un gros mental. C’est comme dans le cyclisme, il faut un gros cœur et des gros poumons.

Quel est votre programme pour les prochaines semaines ?

On attaque le 29 novembre en Finlande. Du coup, avec l’équipe de France, on va monter la semaine prochaine en Suède pour finir la préparation et faire des petites courses, des sortes de pré-Coupes du monde (des courses FIS). On pourra y finaliser notre technique et notre forme.

A Prémanon, vous avez utilisé les chambres hypoxiques. Pouvez-vous expliquer en quoi cela consiste ?

Ces chambres hypoxiques permettent de simuler des hautes altitudes. L’altitude est utilisée dans beaucoup de sports d’endurance. Ça peut se faire de manière normale, en allant dans les stations en haute altitude. Par exemple, quand on va à Tignes, on dort à 2 200 mètres d’altitude. L’inconvénient, c’est que les entraînements se déroulent aussi en altitude, avec un glacier à 3 000m. Ça crée beaucoup de contraintes physiologiques. L’important, c’est vraiment de dormir en altitude. Ça crée beaucoup d’adaptation et c’est assez fatiguant. Et donc l’intérêt des chambres à Prémanon, c’est de dormir à une altitude simulée à 2 700m. Quand on rentre dans la chambre, on ne sent rien et on n’est pas essoufflé. On ressent l’effet quand on sort de la chambre car le corps s’adapte au changement de taux d’oxygène. Mais l’entraînement à Prémanon se fait à 1 000m pour éviter d’ajouter des contraintes à l’altitude.

Quels sont les bienfaits de l'altitude ?

Il y a plusieurs effets. Le corps compense la perte d’oxygène en fabriquant plus de globules rouges, plus d’hémoglobine. Ensuite, il y a aussi une adaptation au niveau musculaire. Les muscles vont être capables de réagir beaucoup plus à une augmentation d’acidité dans le sang. Je pense à l’acide lactique, bien connu de tous les sportifs. C’est donc censé améliorer le recyclage de cet acide. C’est une manière naturelle d’adapter son corps.

On dit aussi que ça sert à stimuler la production d'érythropoïétine, c'est-à-dire de la fameuse EPO. Mais là, c'est de l'EPO naturelle...

Il faut savoir qu’à la base, l’EPO est une molécule présente dans le corps chez tout le monde. C’est naturel. Après, certains la détournent. Les laboratoires pharmaceutiques peuvent la détourner pour lui donner un usage purement pathologique, pour les gens qui sont atteints de maladie. L’entraînement en altitude permet au corps de produire plus d’érythropoïétine naturellement.

Certains estiment que cela peut être considéré comme du dopage...

Quand on discute avec des Italiens, ils nous disent qu’ils aimeraient bien en faire, mais en Italie cette technique est considérée comme dopante. L'Agence mondiale antidopage (AMA) ne le reconnaît pas comme méthode dopante, mais certains pays, comme l’Italie, estiment que c’est illicite. Moi, je pense que ça reste une méthode naturelle, surtout que c’est un travail et un entraînement de longue haleine. On ne va pas être adapté en une seule journée. Et il suffit que ça se passe mal, qu’on soit trop fatigué, pour que le stage ne fonctionne pas. L’effet de ce stage, je ne vais le ressentir qu’au début de la saison.

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La rédaction