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Mondiaux : dans la peau d’un descendeur

Le Suisse Carlo Janka à l'entraînement à Schaldming

Le Suisse Carlo Janka à l'entraînement à Schaldming - -

Adrien Théaux et David Poisson s’élanceront en descente samedi (11h), à Schladming. Les deux Français nous ont laissé partager leur quotidien l’espace d’une journée et admirer l’envers du décor d’une discipline de force bien plus fine qu’il n’y paraît.

Samedi matin, au départ de la descente de Schaldming, le cahier des charges sera simple pour Adrien Théaux et David Poisson : tout envoyer pendant deux minutes, pour aller chercher un podium sur la piste autrichienne. Tout envoyer en espérant que les jambes suivent et que l’exceptionnelle débauche d’énergie que nécessite la discipline soit couronnée d’un certain métal à l’arrivée. A partir de 11h, il ne sera plus le temps de calculer. Skier, résister et espérer, pour valider un travail de longue haleine qui, en amont, n’a rien laissé au hasard. « On fait tous entre 85 et 95 kg, et dans les courbes, on prend des charges de 4-5G. Il faut qu’on soit capables de supporter des pressions de 400 à 450 kg. » Toute la problématique de la descente, résumée en quelques mots par David Poisson. Une discipline où la recherche de la courbe optimale n’a de sens que si les muscles tiennent le choc.

Etre prêt le jour J nécessite donc une préparation colossale. En dehors des deux descentes d’entraînement de jeudi et vendredi, les deux skieurs ne ménagent pas leur peine. « C’est impossible d’être bon en course sans avoir une excellente condition physique avec des qualités bien spécifiques et très très très bien développées, explique Nicolas Cabaret, leur préparateur. On s’attache essentiellement à un travail d’endurance de force. L’idée c’est de travailler sur la répétition de l’effort, pour qu’ils puissent être puissants du début à la fin de la course. » 15h, dans le gymnase de leur hôtel, les tricolores enchaînent donc les exercices. Souplesse, gainage, abdos, pompes, montées et descentes de marches à toute vitesse. Il faut souffrir pour être rapide.

L’importance du détail

D’abord le corps, puis la tête. A la vidéo, Poisson analyse pendant 45 minutes son entraînement et les descentes de ses concurrents. Segment après segment, il pioche le meilleur de chacun des skieurs, pour se faire une idée de « la trajectoire parfaite ». « Je prends les meilleurs de la manche pour avoir une vue d’ensemble sur ce qu’ils ont fait, poursuit-il. Ça peut être hyper-bénéfique s’il y a un endroit où tu ne te sens pas top. La vidéo, c’est un outil indispensable. On se fait une idée des meilleures lignes. Et ça permet de mettre des images sur des sensations et de valider ou pas certaines choses avec l’entraîneur. »

Et pendant que les athlètes peaufinent leurs courbes, dans une grange, à 1 km de là, un autre élément clé de la course se décide. Dans le ski-room, David Bouchardie, le technicien français, s’affaire. Dix, douze heures par jour parfois, il teste le matériel, affine les réglages, pour préparer les skis les plus rapides possibles. « Avec David, on est une équipe, raconte Théaux. Sans lui, on ne peut rien faire. Si on n’a pas la bonne paire de skis, même si on fait la course parfaite, on ne pourra pas gagner. C’est un travail très long, mais c’est hyper important pour nous d’avoir des fusées au pied. Quels skis iront vite sur telle ou telle neige. Il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en compte et qui sont déterminants ».

« Il y a une relation de confiance entre nous, enchaîne Poisson. On sait qu’au départ, on aura les meilleurs skis possibles et ça fait partie intégrante du résultat. Ça ne pourra pas te faire mieux skier, mais ça peut te faire gagner une course. Et puis au départ, il nous accompagne, ce sont ses encouragements que l’on entend en dernier avant de s’élancer. C’est comme un mini-team dans le team. » C’est donc cette somme de détails qui pourront permettre aux Français d’espérer frapper un grand coup dans ces Mondiaux. La travail en amont est là, reste à confirmer sur la piste de tels efforts. Cette fois, enfin, sans calculer.

Alexis Toledano avec Georges Quirino