RMC Sport

Mondiaux de ski: Pinturault veut enfin devenir un géant

Déjà double médaillé à Cortina d’Ampezzo (bronze en Super-G et argent en Combiné), Alexis Pinturault s’aligne ce vendredi en slalom géant pour tenter de conquérir son premier titre de champion du monde dans une discipline phare. Il reste sur trois victoires sur le circuit principal dans cette spécialité, considérée par les puristes comme l'essence du ski alpin. 

La sérénité, le sourire "bleu masqué" et les yeux pétillants (malgré un Prosecco protocolaire boudé) d'Alexis Pinturault, quelques minutes après s’être fait subtiliser d'un cheveu sa couronne mondiale sur le combiné, en disaient long lundi après-midi sur ce que le champion français est vraiment venu chercher ce mois-ci dans les Dolomites. Des médailles bien sûr - pour l’instant il en a deux - mais aussi et surtout un titre mondial dans une discipline majeure (géant ou slalom). Une douceur à laquelle il n’a pour l’instant jamais eu l’honneur de goûter depuis le début de sa riche carrière, et un motif de critiques récurrent de la part des observateurs les moins bienveillants. 

Reparti dans la foulée de sa médaille d’argent vers son camp de base hivernal d’Altermarkt-Im-Pongau, non loin de Schladming en Autriche en compagnie de son épouse Romane et de Joia, Laika de Yakoutie suiveuse assidue des performances de son maître, Alexis Pinturault aura pu se reposer pendant deux jours et refaire un peu de géant à l’entraînement sur les pentes glacées de Reiteralm. "Ça me fait beaucoup de bien de couper de l’ambiance mondiaux, explique le champion français. Les mondiaux c’est fabuleux quand on y est mais ça prend aussi beaucoup d’énergie. Ça me fait du bien de rentrer à la maison, de me détendre, de penser à autre chose." 

Pinturault: "S’il faut choisir une médaille d’or, oui celle en géant me tient à cœur"

Une coupure nécessaire pour recharger les batteries donc avant l’échéance majeure de vendredi. Car ne nous y trompons pas, bien plus que l'or mondial du combiné en 2019 à Are (discipline en voie de disparition), ce titre en géant est probablement celui qui le fait le plus rêver. "S’il faut choisir une médaille d’or, oui celle en géant me tient à cœur" reconnaît le numéro 1 mondial. "J’aimerais pouvoir le faire, le géant c’est une de mes disciplines les plus fortes, une discipline historique, avec une forte rivalité."

Une concurrence que Pinturault a d’ailleurs relativement bien muselée cet hiver en Coupe du Monde. Après un démarrage en mode diesel lors des trois premiers géants de la saison (4e, 5e et 5e), le skieur licencié à Courchevel a montré qu’il était bien le patron de la discipline en s’imposant sur la mythique Gran Risa d’Alta Badia juste avant Noël, puis en réalisant un fabuleux doublé début janvier sur la Chuenisbärgli d’Adelboden, la Mecque du slalom géant, portant à 17 le nombre de ses victoires au plus haut niveau dans la spécialité. 

"Cette saison, il a encore passé un cap dans la justesse, notamment sur neiges agressives, il avait tendance à se tromper avant là-dessus, maintenant il ne se trompe plus" observe Fred Perrin, entraîneur du groupe technique de l’équipe de France. "Ce qu’il a fait en géant avant les Mondiaux lui permet de marquer son territoire. Mais attention, il va y avoir un paquet de morts de faim. Il ne faudra pas se mettre en position de confort car tout le monde va oser."

Odermatt le rival, l'étoile montante du ski mondial


A commencer par les autres cadors de la discipline, eux aussi en droit de rêver au vu de leurs performances depuis le début de la saison. Marco Odermatt notamment, l’étoile montante du ski mondial. Le Suisse, vainqueur à Santa Caterina début décembre a une science de la course et un toucher de neige exceptionnel. "Il caresse la neige, va vite, glisse et ne force jamais avec son ski", analyse Fred Perrin. Tout l’inverse de Filip Zubcic, quatre podiums dont une victoire depuis le début de l’hiver. Attaquant invétéré, le Croate s’appuie sur un gros physique pour mettre de l’engagement dans ses courses. Un ski moins académique mais manifestement très efficace qui pourrait lui aussi mettre en danger Alexis Pinturault sur la piste Labirinti de Cortina d'Ampezzo.  

Dans les outsiders, citons également l’Helvète, Loïc Meillard, troisième à Adelboden en janvier, fin technicien au joli toucher de neige, ou encore Henrik Kristoffersen, champion du monde en titre. L'antipathique Norvégien, dans le dur cet hiver, a quand même montré en gagnant un slalom à Chamonix fin janvier qu’il comptait encore parmi les meilleurs. Son mental à toute épreuve et son attitude guerrière en feront indéniablement un concurrent à surveiller.  

Régulièrement en échec depuis le début de sa carrière dans les grands rendez-vous, Alexis Pinturault a malgré tout déjà conquis deux médailles de bronze mondiales en géant. A Vail en 2015 puis Are en 2019. Et cette année à Cortina, il n’a jamais autant fait figure de favori pour le titre, notamment en l'absence de son meilleur ennemi, le Salzbourgeois Marcel Hirscher, retraité depuis un an et demi. 

Mais quel que soit le métal, si le Savoyard décrochait encore une médaille ce vendredi, il deviendrait le premier français à monter trois fois sur le podium lors de mêmes mondiaux depuis le quadruplé doré de Jean Claude Killy à Grenoble en 1968 (certaines médailles olympiques ayant à l’époque eu aussi valeur de titre mondial). 

Arnaud Souque (à Cortina d'Ampezzo)