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Worley : « J’avais un mauvais pressentiment »

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Victime d’une grave blessure au genou mardi à Courchevel, Tessa Worley est forfait pour les Jeux. Malgré son rêve brisé, c’est très souriante que la Française s’est présentée devant la presse ce mercredi, déjà tournée vers son opération.

Tessa, au lendemain de votre chute, commencez-vous à digérer ?

Je commence un peu à digérer, à accepter la blessure. Ça va prendre un certain temps parce qu’en quelques secondes, tous nos projets s’effondrent, il faut en refaire de nouveaux, se fixer de nouveaux objectifs, notamment par rapport à la rééducation. Mais aujourd’hui, ça va. Je pense qu’il y aura forcément des hauts et des bas, on verra. C’est sûr que c’est une grosse déception, parce qu’il y avait des objectifs importants pour moi cette saison. Les Jeux, c’est tous les quatre ans, donc il va falloir que je sois patiente (elle est âgée de 24 ans, ndlr). 

Vous êtes victime d'une rupture du ligament antérieur du genou droit. Quand allez-vous vous faire opérer ?

On a pris la décision ce matin : je vais me faire opérer le 2 janvier. Ca me laisse un peu de temps pour faire un peu de kiné, me remettre de tout ça et attaquer le protocole de rééducation habituel par la suite.

Ne préfériez-vous pas vous faire opérer immédiatement après la blessure ?

Ce n’était pas forcément une bonne chose à faire, puis j’ai du temps. On est en décembre et de toute façon, ma saison est foutue. Ça va me permettre d’arriver à le digérer comme il faut, à me préparer pour l’opération qui n’est quand même pas quelque chose de banal. Ensuite, j’attaquerai 2014 avec un genou tout neuf et des objectifs bien précis. Je vais profiter de ces quelques jours pour couper un peu, puisqu’on a eu un gros enchaînement de courses dernièrement. 

Après la chute, avez-vous immédiatement senti que votre saison était compromise ?

Je ne suis pas médecin, donc je ne savais pas, mais on sent beaucoup de choses et j’avais un mauvais pressentiment. Malgré ça, on a toujours espoir que ça soit bien moins grave que ce que l’on pense. J’ai espéré jusqu’au bout mais le diagnostic est tombé clairement. Après ça, le coup dur est là, mais je me suis assez vite projetée sur le reste : l’opération, la rééducation, pour revenir à mon meilleur niveau, voire plus forte, et dans les meilleures conditions. J’ai de longs mois devant moi, la saison 2014-2015 est encore loin, ça me laisse du temps pour revenir en bonne santé.

« Le moral est à peu près bon »

Arrivez-vous à comprendre ce qu'il s'est passé au moment de la chute ?

J’ai une petite idée. Mais ça s’est passé tellement vite que ce n’est pas évident de voir précisément. Mon ski a continué la courbe alors que moi j’étais complètement en arrière et mon corps n’est pas allé dans le même sens. Ca a fait une rotation du genou, et j’ai senti qu’à l’intérieur, ce n’était pas tout à fait normal (rires).

S'agit-il de votre première blessure ?

C’est ma première grosse blessure en ski. Je me suis fait mal à l’épaule déjà mais ça ne nécessitait jamais de chirurgie ou quoi que ce soit, et je n’ai jamais eu de longs arrêts de la compétition comme ça.

Avez-vous reçu des messages de soutien ?

J’ai eu énormément de messages, ça m’a beaucoup touchée. Notamment de nombreux skieurs français qui sont passés par là récemment, ou des skieurs étrangers, c’est très émouvant. Puis les proches, les fans, la famille, on se sent soutenue et ça fait du bien au moral. Ça donne envie de revenir et de faire tout le boulot qui m’attend comme il faut, pour moi et pour eux.

Aujourd'hui, comment qualifieriez-vous votre moral ?

Le moral est à peu près bon, il tient le coup. De se rendre compte qu’on rate certaines choses, c’est ça le plus difficile mais j’ai mon propre chemin à faire, qui ne sera pas les compétitions. Ce sera la rééducation et il faudra que je sois concentrée sur ça, avec de nouveaux objectifs pour revenir en bonne santé.

Allez-vous quand même regarder les Jeux ?

Je n’en ai aucune idée (sourire). Ce n’est pas évident de se dire qu’on va rater un événement auquel on rêvait. Ce qui est sûr, c’est que je suis à fond derrière les filles de mon groupe, et que j’aime regarder le ski, donc on va voir comment ça se passe.

Commencez-vous à penser aux Jeux de 2018, avec une envie de revanche ?

C’est très loin. Mes pensées sont sur les semaines à venir, l’opération. Il faut vivre au jour le jour.

A 24 ans, malgré cette blessure, vous avez encore votre carrière devant vous...

C’est un côté positif dans mon malheur, c’est certain. Evidemment, c’est une blessure dont je me serais largement passée, je faisais partie des skieurs qui n’avaient pas encore goûté à ça. Mais le fait que ma carrière puisse continuer pendant des années me permet de voir l’avenir, et c’est d’autant plus important de me soigner vraiment correctement.

« Je vais prendre le temps qu'il faudra pour revenir »

Aviez-vous déjà pensé à la blessure par le passé ?

On sait que ça arrive très souvent. Moi, malgré tout, je ne me sentais… pas invincible mais j’y pensais très rarement, surtout pas quand je skiais, et je pensais pouvoir y échapper. Mais le mauvais sort arrive comme ça, il n’y a pas trop d’explication.

Maintenant que vous l'avez vécu, pensez-vous que votre approche va changer par la suite ?

Je ne sais pas. Le long processus de rééducation se fait physiquement mais aussi mentalement et je pense que c’est une partie importante. J’ai envie de travailler dur pour ne pas avoir d’appréhension par rapport à ça. Mais je suis encore loin de tout ça (sourire).

N'est-ce pas d'autant plus difficile à vivre que cette chute intervient deux jours après votre victoire en géant à Saint-Morritz ?

C’est le sport de haut niveau qui veut ça, on passe par toutes les émotions possibles. Je n’aurais pas imaginé dimanche après-midi me retrouver aujourd’hui dans cette situation-là, mais on passe par des hauts et on peut arriver à des bas très très vite. Il faut savoir rebondir dans ces moments-là, tout simplement. 

Quand espérez-vous revenir ?

Aucune idée vraiment. C’est très prématuré de parler de ça maintenant, je vais déjà me faire opérer. Forcément, quand on est écartée, on a envie de revenir au plus vite, mais mon envie principale c’est de revenir forte, en confiance, avec un genou solide et d’être capable d’aller chercher des podiums, donc je vais prendre le temps qu’il faudra.

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Propos recueillis par Edward Jay