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UFC 245: Colby Covington, le combattant que vous adorerez détester

Colby Covington

Colby Covington - AFP

Ancien champion intérimaire, Colby Covington défie Kamaru Usman pour la ceinture des welters ce samedi à Las Vegas lors de l’événement UFC 245. L’occasion d’un focus sur Covington, personnage clivant à souhait qui a su transformer sa personnalité il y a deux ans pour devenir un "méchant" et faire plus parler de lui. Entre insultes à tout un pays, clashs avec ses coéquipiers ou soutien affiché au président Donald Trump. Portrait.

Il y a pire point de comparaison. Dans les dernières années de sa carrière, Floyd Mayweather Jr répétait souvent cette punchline: "Qu’ils achètent pour me voir perdre ou gagner, je m’en fous, l’important est qu’ils achètent!" Fidèle à sa réputation, "Money" considérait qu’il n’y avait pas de mauvaise publicité tant qu’il s’agissait de vendre des pay-per-views. Peu importe qu’on ne l’aime pas tant que ça rapporte, quoi. Un discours qui définit mieux que tout autre les deux dernières années de Colby Covington. Opposé ce samedi soir à Las Vegas au champion des welters Kamaru Usman dans le combat principal de l’événement UFC 245, le combattant américain sait que beaucoup de personnes se caleront sur leur siège ou devant l’écran dans l’espoir de le voir mordre la poussière. Il faut dire qu’il l’a bien cherché. "Chaos" (son surnom), trente-et-un ans, est sans doute le personnage le plus détesté de l’univers UFC. Et même du MMA dans son ensemble. 

"L’équivalent humain d’une section de commentaires sous une vidéo YouTube"

Un homme que tout le monde adore détester et qui a tout fait pour. La plume de Damon Martin résume le tout pour MMA Fighting: "Il est l’équivalent humain d’une section de commentaires sous une vidéo YouTube", un combattant clivant car "d’accord qu’il est mieux d’être détesté que sans importance", capable d’insulter tout un pays ou de manquer de respect aux morts pour mieux se "vendre". La chose a débuté il y a deux ans. Pour mieux comprendre, retour en arrière. Excellent lutteur au lycée puis à l’université, où il a notamment partagé une chambre avec un certain Jon Jones, le Californien entame sa transition pour le MMA en 2011, quand il rejoint la célèbre American Top Team en Floride après avoir répondu à une petite annonce recherchant des lutteurs pour améliorer la qualité de l’équipe dans cette discipline. Les débuts pros se font en février 2012, dans une petite promotion régionale (Midtown Productions). D’autres petites organisations suivront, Fight Time, CFA, AFC, pour le mener à 5-0. Le premier moment de bascule.

Il traite le Brésil de "déchetterie"

Alors que Dan Lambert, fondateur de l’American Top Team, le pense trop vert pour rejoindre la grande UFC, Covington passe par un autre manager pour lui trouver une place sur la carte de l’UFC Fight Night 48 à Macao, où des combattants en manque d’expérience sont recherchés pour faire face à des locaux. Trop vert? Il termine le Mongole Anying Wang dès la première reprise! "C’est presque comme s’il avait eu besoin d’une plus grosse scène pour le motiver à montrer ce qu’il avait vraiment dans le ventre", se souvient Lambert pour MMA Fighting. La lumière le transcende. Il poussera le concept bien plus loin plus tard. Après trois victoires, l’Américain connaît son premier coup d’arrêt à l’UFC en décembre 2015, soumis sur un étranglement "guillotine" du Brésilien Warlley Alves. Quatre nouvelles victoires suivent. Mais on ne parle pas vraiment de lui pour le titre ou de gros combats et ses bourses ne sont pas au niveau qu’il attend. Pire, l’UFC pense même à le couper.

Colby Covington (à droite) face au champion des welters Kamaru Usman
Colby Covington (à droite) face au champion des welters Kamaru Usman © DR

Opposé à la légende locale Demian Maia en octobre 2017 à Sao Paulo, Brésil, Covington est sur le dernier combat de son contrat. Et il est prévenu. "Avant Maia, ils avaient dit à mon manager Dan Lambert qu’ils n’allaient pas me signer de nouveau contrat, a-t-il raconté au micro de la journaliste conservatrice (vous verrez que ça a son importance) Candace Owens. Ils n’aimaient pas mon style, ils n’aimaient pas le fait que je ne sois pas assez divertissant et amusant, ma personnalité. C’était avant que je comprenne cet aspect du business." Son entrée se fait sous les "Tu vas mourir!" de la foule brésilienne. Il va leur rendre la monnaie de leur pièce. Le spécialiste de la lutte domine Maia et s’impose à la décision. Avant de se lâcher au micro. Il traite le Brésil de "déchetterie" et ses habitants de "crasseux animaux". Pas besoin de traduction, le public a compris et le bombarde de huées énormes. La première pierre de sa nouvelle personnalité façon bâton de TNT.

Allumer des feux partout pour exister

"Tout le monde m’a dit que j’étais raciste pour avoir dit ça et moi je me disais: 'Brésilien n’est pas une race...', poursuit-t-il dans The Candace Owens Show. Pour les animaux, c’était une citation du film Maman j’ai raté l’avion!. Je devais perdre mon job mais quand cette interview est devenue virale, l’UFC s’est dit qu’elle devait absolument me garder. C’est ce qui a sauvé ma carrière, c’était un tournant. Je leur ai prouvé qu’ils avaient tort, que je pouvais être divertissant." "J’avais besoin d’un changement", complète-t-il pour BT Sport. Covington comprend qu’emprunter aux catcheurs de la WWE, qui s’invectivent à coups de "promos" scriptées, ne peut que lui être positif. Il ne va pas faire semblant. Depuis Sao Paulo, c’est un festival. Raconter toutes les histoires en détails serait plus proche de l’essai littéraire que de l’article. Mais il faut les rappeler pour saisir combien le garçon a emprunté l’idée d’allumer des feux de partout pour exister. 

Il insulte... un mort

Son ancien colocataire Jon Jones? Il raconte qu’il est "l’homme le plus sale" qu’il ait connu et "ne prenait pas de douches". Et quand "Bones" balance sur Twitter un "Robbie a laissé tomber le monde" après la défaite de Robbie Lawler face à Covington, ce dernier n’y va pas par quatre chemins: "Il sait de quoi il parle. (...) C’est la plus grosse merde du monde du sport." L’ancien champion des moyens devenu consultant télé Michael Bisping qui a été victime d’un détachement de la rétine et a un œil de verre? "Tu ne devrais pas te montrer avec un seul œil", lui répond-il lorsque le Britannique l’interroge. Glenn Robinson, fondateur de l’équipe des Blackzilians à laquelle appartient Kamaru Usman? Il l’insulte lors de la conférence de presse de l’UFC 245 (où il a également accusé Usman de dopage)... alors que l’homme est décédé depuis un an en raison d’une crise cardiaque!

L’ancien champion des welters Matt Hughes, proche de Robbie Lawler? Quand Covington bat ce dernier, il lâche au micro: "Parlons de la leçon que Robbie aurait dû apprendre de son pote Matt: il faut s’écarter des rails quand le train arrive lancé sur toi". Une référence à un accident de juin 2017 quand Hughes avait été gravement blessé après avoir vu son camion percuté par un train sur un passage à niveau. Qui poussera Lawler à se plaindre de "ces gars qui franchissent la ligne mais que les médias adorent à cause de ça". Quelques jours après, au lieu de s’excuser, il enfonce le clou en évoquant les problèmes judiciaires de Hughes avec sa propre famille pour justifier ses paroles. Vous avez dit exécrable? Même ses partenaires de salle ne sont pas épargnés. Dustin Poirier, l’ancien champion des welters Tyron Woodley et le "Baddest Motherfucker" Jorge Masvidal, qui l’avait un temps accueilli sur son canapé et prétend l'avoir plus d'une fois aidé à éviter une correction dans la rue et avec qui de possibles retrouvailles dans l’Octogone font saliver d’avance, tous membres de American Top Team, ont été la cible de sa grande gueule ces derniers mois.

En conflit avec son patron

Il a menacé Joe Rogan, commentateur star de l’UFC, de le gifler. Il est venu embrouiller Usman et son manager, le sulfureux Ali Abdelaziz, dans un casino. Il est aussi dans une guéguerre verbale avec son propre employeur, Dana White, patron exécutif de l'UFC, qu’il est venu invectiver à une table de l’hôtel-casino The Palms de Las Vegas (une scène filmée) pour lui demander des explications sur sa décision de faire passer Usman avant lui pour affronter l’ancien champion Tyron Woodley. Après avoir remporté le titre intérimaire contre Rafael dos Anjos en juin 2018, tout semblait en effet écrit pour le voir défier Woodley à l’UFC 228, en septembre de la même année. Mais Covington, qui venait de subir une opération nasale, a décliné, le Britannique Darren Till prenant sa place. Et l’UFC lui a retiré son titre intérimaire (ce qui ne l’empêche pas de balader la ceinture avec lui depuis, ce qui en énerve beaucoup) derrière cette explication signée White: "Quand l’opportunité est là, il faut ouvrir la porte et la saisir". "C’est de la corruption et il faut que ça cesse", avait répondu le combattant américain. Le mal était fait, l’hostilité installée. Jusqu’à voir aujourd’hui Covington menacer de frapper White avec la ceinture si ce dernier ose venir lui poser autour de la taille s’il bat Usman lors de l’UFC 245. Ou encore menacer de rejoindre... le catch et la WWE, ce qui irait bien avec sa personnalité depuis deux ans. 

"Make America Great Again"

Bref, c’est du grand n’importe quoi. Mais contrôlé. Pour faire parler. "Il fait tout ça car personne ne regardait ses combats et qu'il s'est dit qu'en créant ce personnage, les gens allaient le détester mais le regarder car ils veulent le voir perdre", a résumé Masvidal au micro de The Dan Batard Show pour ESPN. "Pourquoi je suis un sale type? Parce que ça vend", a récemment avoué l'intéressé à un fan. Honnête. Efficace, surtout. Celui qui voulait seulement faire parler de lui pour ses actions dans l’Octogone il y a à peine un peu plus de deux ans a compris combien on parle beaucoup plus de lui maintenant qu’il l’ouvre grand et fort. On pourrait en effet citer moult combattants de grand talent qui passent sous les radars car pas assez grande gueule, pas assez "vendeurs". Certains en profitent pour dessiner une comparaison avec Conor McGregor. Maître du jeu mental, même si ça a fini par lui jouer des tours quand il a franchi la ligne jaune face à Khabib Nurmagomedov, l’Irlandais est le roi quand il s’agit de rentrer dans la tête de l’adversaire (Jose Aldo peut témoigner...). Mais il faut faire un constat: Covington le fait avec beaucoup moins de talent et d’intelligence, de façon pas naturelle, trop jouée, trop répétée. Loin de l’authenticité palpable de Conor ou de l'ancien combattant devenu consultant Chael Sonnen. Comme s’il s’était forcé à ne plus être lui-même pour exister.

Colby Covington
Colby Covington © DR

Jusqu’à ses convictions politiques? On ne l’accusera pas de malhonnêteté à ce point. Mais Colby a vite compris que son soutien à Donald Trump, président clivant qui divise le peuple américain, pouvait nourrir son personnage de méchant sans limite sur le trash-talking. A chaque occasion possible, il porte la célèbre casquette rouge "Make America Great Again". Il vient en conférence de presse avec le livre du fils de Trump, qui a assisté à son combat contre Lawler avec son frère (il a encore visité les deux il y a quelques jours), pour en faire la promotion. Il est encouragé par Donald sur Twitter avant ses combats, reçoit des coups de fil du président après ses victoires – "J’ai senti votre poignée de main et si vous me frappez une fois, je vais finir KO", lui lançait-il au téléphone après son succès sur Dos Anjos – et a été invité à la Maison-Blanche. Trump a même utilisé son nom ces derniers jours pour envoyer une pique... au mouvement antifa, qui selon lui ne s'attaquerait jamais à un combattant comme lui! "Trump refait de ce pays un grand pays et je vais refaire des welters de l’UFC une grande catégorie", répète-t-il aussi tel un slogan de campagne.

Il assume dans l'Octogone

Sa communication est à l’avenant. Depuis deux ans, Covington joue beaucoup sur la fibre patriotique et le drapeau sur les réseaux sociaux. Il pose aussi très régulièrement avec de très jolies jeunes femmes en petites tenues, clichés accompagnés de remarques sur les "losers" qui ne pourront jamais les conquérir. Encore une performance théâtrale, à croire l’interview de Masvidal avec Ariel Helwani pour ESPN il y a quelques semaines: "En vérité, il n’a pas autant de succès avec les filles. Depuis quand est-ce cool de dire à tout le monde ce que tu fais avec des filles? Pour ensuite parler mal des femmes... (...) Je suis surpris qu’il agisse comme un lâche juste pour faire parler. Le personnage qu’il joue, ce soi-disant sex-symbol ou le fait qu’il n’ait pas de sentiments, c’est totalement faux! Les gens sont prêts à vendre leur âme pour de l’argent." Mais il faut assumer dans l’Octogone. Comme McGregor avant lui, Covington sait faire. L’Américain, infatigable lutteur qui sait vous noyer sous son volume, reste sur sept victoires de rang. Et s’il est critiqué pour ne pas assez finir ses adversaires avant la limite, la domination qu’il montre sur la plupart de ses combats est suffisante pour reconnaître ses immenses qualités de combattant.

"Tout ça pour un like ou quelques ventes de pay-per-view en plus..."

Il semble avoir pris le bon créneau pour lui. Mais finira-t-il par le regretter? Par se rendre compte que ses attaques répétées sur tout le monde le coupent de certains anciens amis et l’enferment dans une bulle de plus en plus difficile à percer? "A un moment, je l’aurais considéré comme un vrai ami, témoigne Masvidal. Mais quand je vois qu’il me manque de respect alors que je n’ai jamais mal parlé de lui, tout ça pour un like ou quelques ventes de pay-per-view en plus... Si tu vends notre amitié aussi vite, ça veut dire qu’on n’a jamais été amis." Le "Baddest motherfucker" ne reviendra pas vers lui. Mais d’autres ne l’abandonneront pas. Car le garçon devenu paria chez certains de ses pairs sait faire le distinguo entre le Covington public, qui a appris à l’ouvrir pour percer, et le Covington privé. Présent presque tous les jours chez American Top Team, sa seule maison depuis le début de sa carrière en MMA, où sa grande éthique de travail est appréciée car il ne refuse jamais d’aider un coéquipier préparant un combat (ce qui n’est pas le cas de tous, il a ainsi attaqué Masvidal sur ce point), il y possède toujours de gros soutiens malgré ses sorties médiatiques contre quelques coéquipiers.

"Colby est un gars que l’on n’entend pas à la salle, indique Dan Lambert pour MMA Fighting. Il baisse la tête et travaille. A part énerver tous les combattants, promoteurs ou fans à travers la planète, il n’a pas vraiment d’autres vices. Il passe juste beaucoup de temps à la salle pour s’améliorer. Il vient travailler et il travaille avec n’importe qui. Il est facile à coacher. Ce qu’il a fait depuis deux ans pour sortir de la meute, je le comprends. Si ça ne tenait qu’à moi, je le ferai concentrer tout ça sur des gens en dehors de notre salle. Mais tant qu’il respecte la salle quand il y est, je peux vivre avec ça et je peux faire en sorte que d’autres vivent avec ça aussi." Si des membres de l’équipe admettent quelques "tensions" à la salle, Dan Lambert explique que tout le monde comprend que se battre là-bas serait contre-productif à tous les niveaux. 

"Dans le fond, c'est une bonne personne"

Même Masvidal, qui avait reproché à Covington de ne pas avoir payé un de leurs coaches communs avant le combat contre Dos Anjos et dit à Lambert que ça allait "mal se passer", ne passera pas à l’acte par respect pour la salle. "Je n’aime pas qu’il combatte des coéquipiers mais je comprends car il gagne de l’argent grâce à ça, appuie Charles Rosa, actuel combattant chez les plumes à l’UFC. C’est respectable, d’un certain point de vue. Avec ça, il a réussi à rencontrer le président, qu’est-ce qu’on peut dire? Dans le fond, c’est une bonne personne." Ancien combattant UFC, Gleison Tibau confirme: "Je n’ai rien de mauvais à dire sur ce gars". Tibau est pourtant brésilien. Le pays qui haït Covington. Celui de Fabricio Werdum, qui l’a attaqué au... boomerang dans les coulisses d’un show en Australie après ses insultes au peuple brésilien post-Maia. 

"Il est venu nous voir avec les autres Brésiliens pour nous dire qu’il disait juste tout ça pour l’argent"

Dans le passionnant article de MMA Fighting, un combattant brésilien de American Top Team qui préfère rester anonyme refuse ainsi de le soutenir publiquement car cela pourrait lui porter préjudice: "Je lui ai déjà dit que c’était un gars cool et que je l’aimais mais que je ne pouvais plus le dire publiquement car lui est aux Etats-Unis sans danger. La réalité au Brésil est différente. Les gens le détestent là-bas. Il était question qu’il revienne combattre ici et dans les médias, un des plus gros dealers de drogue locaux demandait sa tête! Il disait qu’il donnerait de l’argent à celui qui ramènerait sa tête! Je l’aiderai chaque fois qu’il en aura besoin mais quand la caméra arrive, je dois m’écarter de lui et il le comprend." Pour Tibau, qui parle à visage découvert, il faut juste savoir faire la différence: "Colby respecte tout le monde et m’a toujours respecté. Il est venu nous voir avec les autres Brésiliens pour nous dire qu’il disait juste tout ça pour l’argent. Je le comprends. Antonio 'Big Foot' Silva l’a pris personnellement, avec émotion. Il m’a dit: 'Comment tu peux dire de bonnes choses sur quelqu’un qui a si mal parlé de notre pays?' Mais de ce que je sais, il ne fait ça que pour gagner le plus d’argent possible." Floyd Mayweather apprécierait.

Alexandre HERBINET (@LexaB)